Les joueurs Ibrahimovic, Modric, Alaba, Payet durant l'Euro 2016
Les joueurs Ibrahimovic, Modric, Alaba, Payet durant l'Euro 2016 | AFP

Payet, Bale et la Croatie brillent, Ibrahimovic, Muller et Alaba décoivent

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Les gros qui coincent, les petits qui rient, des stars qui peinent et une équipe de France qui assure à défaut de briller, ce premier tour de l’Euro a réservé des surprises. Après la fin du premier tour, c’est l’heure d’un premier bilan.

Les tops

La Croatie, le Pays de Galles, la Pologne, l’Italie ces belles surprises

Dans les groupes B et D, les favoris s’appelaient l’Angleterre et l’Espagne. Mais le Pays de Galles et la Croatie ont déjoué les pronostics. Malgré une défaite dans les ultimes secondes face à l’Angleterre, les Gallois ont réussi un joli coup en dominant la Russie (3-0) dans le dernier match pendant qu’Anglais et Slovaques se neutralisaient. Pour leur premier Euro, les Gallois, bien emmenés par Gareth Bale (voir plus bas) ont réussi un coup de maître en obtenant leur billet pour les 8e de finale. Et leur première place peut leur permettre de rêver à un quart puisqu’ils affronteront en 8e l’Irlande du Nord. L’histoire, la Pologne l’a écrite également en se qualifiant pour la première fois pour les 8e de finale en terminant deuxième du groupe C derrière l’Allemagne. Les coéquipiers de Robert Lewandowski affronteront la Suisse.

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Les Croates, eux, étaient plus attendus car avec Modric, Rakitic, Perisic, Mandzukic, leur sélection est attrayante. Ils l’ont confirmé sur le pré en décrochant la première place au nez et à la barbe de Sergio Ramos et des Espagnols. Deux victoires et un nul (contre la République Tchèque) qui récompensent un jeu offensif et alléchant symbolisé par le virtuose Modric et l’infatigable Rakitic. Comme les Gallois, la sélection au maillot à damiers peut rêver d’un quart voire plus si affinités puisque le haut du tableau est dégagé. En 8e, la Croatie croisera le Portugal. L’Italie qu’on n’attendait pas à pareille fête avec un effectif privé de ses stars et au jeu difficile à décrypter a fait forte impression dans un groupe dense. Sa victoire contre la Belgique a marqué les esprits. Prochain test contre l’Espagne en 8e de finale.

Payet porte les Bleus

Le bilan de l’équipe de France est positif. Au moins sur le plan comptable. Sept points, deux victoires, un nul, quatre buts marqués, un seul encaissé (sur penalty). L’équipe de Didier Deschamps a rempli sa première mission, terminer première d’un groupe à sa portée. En revanche, la forme a été beaucoup moins séduisante. Empruntée dans le jeu, plombée par l’émotion en ouverture, la France n’a dû son salut qu’à un homme Dimitri Payet. Sauveur au pied gauche magique contre la Roumanie, auteur du but du KO contre l’Albanie, l’ancien Marseillais est en pleine confiance et avec un peu plus de réussite, il serait à trois buts en trois matches si sa volée contre la Suisse avait fait trembler les filets au lieu de heurter la barre. Le Réunionnais est l’homme fort des Bleus et la France compte sur lui – mais pas que – pour que la route des Bleus continue.

Iniesta, Bale, Modric, Rakitic, Ronaldo des stars à la hauteur

Cet Euro n’est pas forcément celui des stars, mais plusieurs alignent des prestations conformes à leur statut. A commencer par Gareth Bale, meilleur buteur de la compétition avec trois réalisations dont deux coups-francs. Le Gallois est bien la locomotive que le Pays de Galles attendait. S’il n’est pas toujours convaincant dans le jeu, ses buts en font l’arme offensive numéro 1. Andres Iniesta n’a pas encore marqué, mais le chef d’orchestre de la Roja a rendu deux superbes partitions contre la République Tchèque et la Turquie. Il a été moins influent contre la Croatie et, hasard ou pas, l’Espagne a perdu. Le duo de milieux croates, Luka Modric et Ivan Rakitic (un but), est l’une des principales raisons du superbe parcours de leur sélection. Après un début d’Euro très compliqué où il a manqué d’efficacité, Ronaldo s’est réveillé au meilleur moment pour le Portugal et évite de peu sa place dans la catégorie "flops". Son doublé et sa passe décisive face à la Hongrie ont offert la qualification en huitième de finale où les Portugais affronteront la Croatie.

Les cinq dernières minutes

Pendant cet Euro, il ne faut surtout pas avoir l’idée de partir avant la fin du match. Sur les 36 matches disputés depuis le début de la compétition, 14 ont connu un ou plusieurs buts dans les ultimes minutes. Plus de 30% ! Un chiffre énorme qui dit plusieurs choses : un poncif d’abord qui dit qu’un match de foot n’est jamais fini avant le coup de sifflet de l’arbitre. Cela montre aussi que lors de ce premier tour plutôt fermé en terme de jeu, il ne faut jamais baissé les bras puisque les défenses peuvent finir par craquer. Le coaching a également son importance puisque près de 25% des buts du premier tour ont été inscrits par des remplaçants.

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Les flops

Pogba, Bleu à l’âme

Il était le Français le plus attendu lors de cet Euro. Et peut-être que la pression a été difficile à porter pour Paul Pogba. Le milieu de terrain de la Juventus a été décevant en ouverture contre la Roumanie – comme la plupart des Bleus d’ailleurs -. Il a été l’un des seuls à payer le prix d’une terne prestation.  Deschamps a sanctionné Paul Pogba en le mettant sur le banc contre l’Albanie. Quarante-cinq minutes insipides plus tard, Pogba est revenu sur la pelouse avec l’envie de croquer tout le monde et une frustration à évacuer. Son geste équivoque en direction de la tribune a beaucoup fait parler. Bras d’honneur ? Sarabande ? Le joueur s’est exprimé et la polémique a été tuée dans l’œuf. Face à la Suisse, le milieu de terrain – placé à son vrai poste – est monté en puissance. A-t-il lancé son tournoi ? Il y a deux ans au Mondial, c’est lui qui avait qualifié les Bleus en quarts avec son ouverture du score contre le Nigéria.

Ibrahimovic, Lewandowski, Muller ces stars qui déçoivent

Quel est le point commun entre Ibrahimovic, Muller et Lewandowski ? De grandes stars du football qui n’ont pas encore marqué un seul but lors de cet Euro. Le Suédois a traversé la compétition comme un fantôme. Cet Euro a sonné comme un quart de finale de Ligue des champions pour Zlatan. C’est sur cette élimination au premier tour qu’Ibra a mis un terme à sa carrière internationale. Si l’Allemagne et la Pologne ont fait le boulot en se qualifiant pour les huitièmes de finale, elles ne le doivent pas à leur buteur. Thomas Muller n’a toujours pas marqué dans un Euro – il a touché la barre contre l’Irlande du Nord – alors qu’il est déjà à 10 buts en Coupe du monde. Son compère du Bayern Munich, lui, est moins tranchant qu’en club et qu’en éliminatoires. Mais ces deux-là auront les matches couperet pour se rattraper. Les joueurs du Bayern ont décidément bien du mal à exister lors de cet Euro puisque David Alaba, attendu comme le messie par l’Autriche, n’a pas pesé sur les débats.

Un Euro déséquilibré

L’Euro à 24 équipes à du bon mais les huitièmes de finale qui se profilent donnent du grain à moudre au détracteur de l’ouverture voulue par Michel Platini – ça faisait longtemps qu’on n’avait pas parlé de Platini -.

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Car au petit jeu du meilleur troisième et aux savants calculs de l’UEFA, on risque de se retrouver avec une partie de tableau où la Belgique et la Croatie feront figure de grand favori pour une place en finale et une autre où Espagne, Allemagne, Italie, France, Angleterre – soit les cinq pays européens déjà sacrés champions du monde - vont s’épuiser dans des matches aux couteaux. Tant mieux pour le spectacle mais l’homogénéité du tableau final en prend un coup. Après ce n’est pas la faute de l’UEFA si Sergio Ramos a raté son penalty et si l’Angleterre a été incapable de battre la Slovaquie.

Benoit Jourdain @BenJourd1

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