Le geste de Nasri envers les journalistes après son but
Le geste de Nasri envers les journalistes après son but | CARL DE SOUZA / AFP

Nasri banni?

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Samir Nasri risque d'être lourdement sanctionné - deux ans?- après ses écarts de langage et sa mauvaise conduite durant l'Euro. D'autres -Jérémy Ménez, Hatem Ben Arfa, Yann M'vila- aussi dans une moindre mesure. En tout cas, la FFF a toutes les raisons de lancer une procédure disciplinaire dans les prochains jours.

Nasri va-t-il rejoindre Nicolas Anelka, Patrice Evra, Jérémy Toulalan et Franck Ribéry au rayon des joueurs sanctionnés pour mauvaise conduite? La FFF se pose en effet la question après un Euro "acceptable" au niveau sportif. Car, au niveau de l'image, ce n'est pas le même bilan. Le comportement de Nasri fait plus qu'irriter au niveau des instances de la FFF. Les dernières rumeurs font l'état d'une possible sanction de deux ans pour marquer le coup. Ses prédécesseurs en la matière avaient été sanctionnés de 18 matches (Anelka) et de 5 matches (Ribéry, Evra, Toulalan). La comité exécutif de la FFF devrait lancer une procédure disciplinaire dans les prochains jours.

2 ans de suspension?

Après le "ferme ta gueule" adressé à un journaliste de l'Equipe après son but face à l'Angleterre (1-1) lors de l'ouverture de l'Euro, Nasri s'est illustré une fois de plus en s'accrochant avec un journaliste de l'AFP. Interrogé pour savoir  quel était son sentiment après la défaite, Nasri  a refusé de répondre, estimant  que la presse cherchait toujours "à écrire de la merde". Le journaliste l'a alors interrompu pour lui demander de ne pas faire d'amalgame mais le joueur est resté agressif et virulent. Pour couper court à  l'échange, le rédacteur de l'AFP a répliqué: "et bien casse-toi alors si tu n'as rien à dire". C'est à ce moment-là que Nasri  est sorti de ses gonds, usant de propos  grossiers ("Va te faire enculer, va niquer ta mère, sale fils de pute. Tu veux  qu'on s'explique, va te faire enculer. Voilà, comme ça vous pourrez écrire que  je suis mal élevé").

Ces écarts de langages ont réveillé les fantômes de Knysna et viennent surtout brouiller une nouvelle fois l'image des Bleus et de Nasri, déjà associé au conflit de générations qui avait pollué la vie des Bleus à l'Euro 2008. Pris à partie dans le vestiaire par Ribéry et Benzema pour son côté  individualiste et sa propension à ralentir le jeu lors de la défaite face à la Suède, Nasri a aussi perdu sa légitimité sportive. Les insultes en public ne sont que le signe extérieur d'un malaise plus  profond, Nasri  s'étant senti de plus en plus isolé chez les Bleus avant de  finir par perdre sa place de titulaire lors du quart de finale. Un affront que le joueur, acheté à prix d'or par Manchester City à Arsenal durant l'été 2011  (28 millions d'euros) et rémuinéré 10 millions d'euros par an, a sans doute très mal digéré. Au fur et à mesure de l'Euro, il s'est coupé de l'équipe de France. A 25 ans, il lui est reproché une attitude hautaine sur le terrain et en dehors. Si Nasri était suspendu deux ans, jusqu'au 1er juillet 2014, le patron des Bleus Laurent Blanc, qui n'a toujours pas été reconduit à la tête des Bleus, serait ainsi privé d'un joueur qu'il avait érigé en homme de base de son onze. 

Menez, Ben Arfa et M'vila aussi visés

D'autres joueurs sont aussi dans le viseur de la FFR pour des griefs moins graves. Hatem Ben Arfa (accrochage avec Laurent Blanc dans les vestiaires après France-Suède), Jérémy Ménez (geste d'humeur à l'égard d'Hugi Lloris et auteur d'un "Va fanculo" très poétique lors du quart de finale France-Espagne) et Yann M'vila (sortie boudeuse lors du même France-Espagne) risque beaucoup moins gros que leur coéquipier. Mais, là aussi pour l'exemple, ils pourraient être sanctionnés de quelques matches de suspension, de travaux d'intérêt général ou d'une amende. L'arsenal de sanction est large pour montrer que personne ne peut galvauder le maillot de l'équipe de France.

Deux ans après un Mondial 2010 raté et désastreux pour l'image des Bleus, l'Euro 2012 n'a pas forcément arrangé les choses. Un temps restaurée par un début prometteur et une compagne qualificative sobre, l'image de cette jeune équipe de France s'est effondrée en quelques jours. Après l'enthousiasme des deux premiers matches (1-1 contre  Angleterre, succès 2-0 contre l'Ukraine) la France a négligé la Suède, déjà  éliminée mais victorieuse (2-0), puis elle a déçu pour avoir cédé dès la  première occasion, face à l'Espagne, championne du monde et d'Europe en titre  (2-0). Le choix tactique de Blanc de verrouiller le milieu de terrain, qui n'a  pas payé, a troublé. La nonchalance, voire la suffisance, de certains joueurs (Nasri, Ménez) ont encore plus choqué. Première conséquence, les sponsors des Bleus vont faire une économie de 750 000 euros pour compenser une image écornée. Le débat sur la pertinence sur la prime des Bleus (100 000 euros) est relancé par certains politiques. Bref, l'Euro des Bleus n'est pas encore fini.

Mathieu Baratas