Marseille théâtre de nouvelles violences entre supporteurs avant Angleterre-Russie

Marseille théâtre de nouvelles violences entre supporteurs avant Angleterre-Russie

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A l'approche du match à hauts risques au Vélodrome de Marseille entre l'Angleterre et la Russie (ce soir 21h), les violences se succèdent dans la ville entre supporteurs et forces de l'ordre. Un nouveau seuil a été franchi dans la violence cet après-midi, avec une série de heurts entre supporters des deux camps et contre les forces de l'ordre. Trente-et-un blessés auraient été dénombrés dans le centre-ville, dont 3 blessés graves. Un supporteur anglais se trouve entre la vie et la mort.

Selon une source policière, le supporter a reçu vers 17H30 "des coups de barre de fer, vraisemblablement à la tête", et un CRS a tenté de le ranimer sur place avant qu'il ne soit évacué vers l'hôpital. Il a fait un malaise, a été réanimé, mais son pronostic vital est engagé, a complété le préfet de police des Bouches-du-Rhône, Laurent Nunez, venant confirmer une information de La Provence.

Vidéo: Une nouvelle journée de violences à Marseille

"On occupe le terrain. Nous intervenons systématiquement quand il y a des rixes pour les disperser", a déclaré à l'AFP le préfet de police Laurent Nunez. Et les forces de l'ordre son particulièrement sollicitées depuis jeudi, et l'arrivée des premiers groupes de supporteurs dans la cité phocéenne. Mais à quelques heures de la rencontre entre l'Angleterre et la Russie, le flot de supporteurs est bien plus important que les jours passés. Et l'approche du match, ainsi que les divers accrochages des jours passés, n'ont fait qu'amplifier le mouvement. L'UEFA a "fermement condamné des actes de violences" de "gens qui n'ont rien à faire dans le football".

Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a condamné le "comportement irresponsable et délibéré de pseudo-supporters". "Les forces de l'ordre ne sauraient être détournées de leur mission de sécurisation du public par le comportement irresponsable et délibéré de pseudo-supporteurs dont la seule motivation est de troubler l'ordre public et dont le ministre de l'Intérieur condamne les agissements inacceptables", affirme-t-il dans un communiqué, qui confirme qu'"un ressortissant britannique a été grièvement" blessé dans ces affrontements survenus près du Vieux-Port.

"La Fédération anglaise est très déçue par ce qu'il s'est passé et elle condamne ces comportements", a déclaré Mark Whittle, directeur de la communication de la FA, après les échauffourées impliquant des supporters avant le match de l'Euro-2016 Angleterre-Russie (1-1). "C'est aux autorités de rendre justice. Nous, on demande que les supporters se comportent de façon correcte", a conclu le responsable.

Jusqu'à 16h, le calme... avant la tempête​

A la rivalité entre Russes et Anglais, s'est également ajoutée les Marseillais, venus en découdre. Dans de nombreuses rues de la ville, ce sont des scènes de guérilla qui parcourent les rues de la ville, souvent aux abords du Vieux-Port. Bouteilles cassées, chaises utilisées comme projectiles... La violence est extrême. Les commerçants en sont réduits à se barricader, comme le raconte notre consoeur de France 3 Provence Alpes, Astrid Garaude.

Supporter ensanglanté frappé au sol par d'autres à coups de pieds, chaises de bars qui volent, projectiles lancés sur les forces de l'ordre, nuages de lacrymogènes: la violence a jeté une ombre sur l'Euro en marge d'Angleterre-Russie, l'un des cinq matches de l'Euro classé à risques lors de ce 1er tour. La police - quelque 250 policiers et gendarmes - a fait usage de gaz lacrymogènes et les supporters sont partis en courant dans les rues avoisinnantes, certains continuant à se battre entre eux, en s'arrachant leur T-shirt et en brisant des bouteilles de bière, a constaté l'AFP. La plupart avaient une bouteille à la main, certains des packs entiers.

"Pas de constat d'échec"

Jusqu'à 16H00, le calme régnait sur le Vieux-Port avant ces brusques poussées de violences répétées. Plusieurs bagarres entre supporters de diverses nationalités ont alors éclaté, provoquant l'intervention des forces de l'ordre, aussitôt prises à partie par les supporters. malgré tout cela, le commissaire Antoine Boutonnet, chef de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH) a expliqué: "Il n'y a pas de constat d'échec dans la mesure où l'intervention rapide et efficace des forces de l'ordre a permis de circonscrire les incidents dans le temps et dans l'espace. On a eu affaire à des phénomènes de violences initiés par des mouvements de foule d'une population extrêmement dense au niveau du Vieux-Port avec suralcoolisation de cette population. Ces incidents dans le cadre d'une compétition internationale montrent la nécessité d'une mesure uniforme sur l'ensemble des pays concernés, d'autant que le prochain Euro se déroulera dans (13) différents pays".

Après ses paroles, les faits lui ont donné tort puisque dans le stade Vélodrome, après le nul entre l'Angleterre et la Russie (1-1), des bagarres ont éclaté, créant des mouvements de foules alors que des fumigènes et des pétards avaient été lancés dans les dernières minutes de la rencontre. Dernières images d'une journée bien noire. 

Pour garantir le bon déroulement de l'accès des supporters au Vélodrome, la préfecture de police avait prévu deux itinéraires différents pour Russes et Anglais afin d'"éviter tout trouble à l'ordre public". Mais impossible visiblement d'empêcher les bagarres autour des terrasses de café. Ces scènes renvoient 18 ans en arrière, presque jour pour jour: elles rappellent les violences qui avaient entouré le match Angleterre-Tunisie les 14 et 15 juin 1998 au premier tour du Mondial et avaient impliqué des supporteurs anglais, tunisiens et de jeunes Marseillais.

Un deuxième des cinq matches classés "niveau 3" sur une échelle de risques de 4 aura lieu ce week end: Turquie-Croatie, dimanche au Parc des Princes à Paris (Gr. D). Les trois autres sont Allemagne - Pologne (Gr. C, le 16 juin au Stade de France), Angleterre - Pays de Galles (Gr. B, le 16 juin à Lens) et Ukraine - Pologne (Gr. C, le 21 juin, encore à Marseille).

Marseille n'a pas été la seule ville à connaître des scènes de violences, comme à Nice, où les supporteurs irlandais, dont l''équipe affronte dimanche la Pologne dans l'Allianz Riviera dans le groupe C, ont aussi abusé des boissons et sont passés à la violence.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze