Hugo Lloris
La joie du gardien Hugo Lloris | AFP - Patrick Kovarik

Lloris intronisé capitaine des Bleus

Publié le , modifié le

"On peut le penser, oui", a répondu Laurent Blanc interrogé pour savoir si le portier Lyonnais Hugo Lloris de 25 ans aux 30 sélections porterait le brassard cet été. Une réponse affirmative du sélectionneur qui laisse peu de doute après deux ans d'essai. A la veille du match amical contre l'Allemagne, Laurent Blanc lance la compagne européenne. Pour le discret et talentueux gardien, c'est une nouvelle responsabilité à assumer.

A la recherche de son capitaine depuis le début de son mandat, Laurent Blanc a trouvé la personne idéale. Pendant deux ans, il a multiplié les essais: Eric Abidal, Philippe Mexès, Florent Malouda, Samir Nasri, ou encore  Alou Diarra. En vain car pas assez convaincant à ce rôle et aussi à leur poste. Puis il a choisi une des rares joueurs indiscutable sportivement: Hugo Lloris. A seulement 25 ans, le portier lyonnais a déjà été capitaine à six reprises depuis l'arrivée de Laurent  Blanc, dont la 1re fois le 17 novembre 2010 en Angleterre lors de la victoire  (2-1) des Bleus. Jeudi, en annonçant sa liste, Blanc avait expliqué qu'il avait isolé trois  joueurs, Lloris, Eric Abidal et Philippe Mexès, pour avoir une "responsabilité supplémentaire vis-à-vis du groupe".  Les deux derniers seront les vice-capitaines.

Est-ce vraiment une surprise ? Oui et non. oui, car Laurent Blanc n'y était pas favorable. Lors de sa prise de fonctions, le sélectionneur avait indiqué qu'il n'était pas très partant pour un capitaine évoluant au poste de gardien, mais qu'il préférait un joueur de champ. Non, car la quête d'un bon capitaine est difficile car elle dépend de plusieurs critères plus oui moins importants. Le charisme, l'exemplarité, l'expérience, le statut dans le groupe et le niveau de performance individuel sont à prendre en compte. En prenant un titulaire indiscutable et indiscuté, Blanc fait un choix cohérent qui sera mieux accepté par le groupe.

Leader par l'exemple

Pour être capitaine, il faut être légitime auprès de l'entraîneur comme auprès des joueurs. Manifestement aux yeux de Blanc, Lloris concentre toutes les qualités pour s'imposer dans ce rôle.  "J'estime que Hugo présente plus de garanties dans ce rôle", a souligné le sélectionneur, à peine plus disert sur le sujet. "Il portera le  brassard mais n'oublions pas qu'il n'y a pas que lui d'important dans le  groupe. Il a l'air de maîtriser et d'avoir une certaine lucidité importante  pour ce rôle. C'est un vrai choix, pas un choix par défaut". Intelligent, posé, bien élevé, travailleur, le jeune homme de 25 ans est surtout un brillant gardien, souvent excellent, parfois très bon, rarement mauvais. Cette régularité dans l'excellence offre une solide légitimité aux yeux des autres joueurs.

Lloris fait partie de ses leader par l'exemple. A l'image d'un Thierry Dusautoir, capitaine de l'équipe de France de rugby, Lloris est d'un naturel taiseux et de peu de mots devant les médias ou devant les joueurs mais le premier à montrer l'exemple sur le terrain. Du coup, ses mots n'en prennent que plus d'importance et de poids. Le joueur en impose surtout par sa régularité dans l'excellence sur le terrain. En 30 sélections, le joueur n'a jamais déçu. Il a toujours assuré un niveau de performance élevé si bien qu'il n'a jamais vraiment été contesté --peut-être à ses débuts-- malgré la concurrence du très bon portier marseillais Steve Mandanda. Derrière son apparente discrétion se cache une volonté de gagner hors du commun. 

"Avancer"

Malgré son nouveau statut, le joueur est resté fidèle à lui-même. Interrogé sur les raisons qui ont pu pousser Blanc à choisir un homme en apparence "lisse" à l'extérieur, le gardien s'est contenté de sourire avant de conseiller au curieux de poser justement sa question au sélectionneur. "Je n'ai pas à me juger. On va dire que j'ai ma personnalité. C'est une belle marque de confiance qui doit être rendue", a dit Lloris, tout en joie contenue, lui qui n'a jamais rien revendiqué. "Il faut continuer à être soi-même".

Le seul moment où la carapace de l'homme s'est entrouverte, avant de se refermer aussi sec, est venu d'une surprenante question pour savoir si Anelka avait pu trahir le collectif, un terme cher au néo-capitaine, lors d'un Mondial 2010 de  sinistre mémoire. "Je pense que la question est déplacée à la veille d'un tel match et je  n'ai pas forcément envie d'y répondre", a-t-il fini par articuler, passée la  surprise. "Anelka, on l'aime ou pas, il aura fait de très belles choses dans sa  carrière. Mais son histoire avec les Bleus fait partie du passé. Nous on a  envie d'avancer". Espérons que les Bleus aient trouvé enfin leur guide.

Mathieu Baratas