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Le 29 juin 2008, l'Espagne triomphe en finale de l'Euro, battant l'Allemagne 1-0. | AFP-Fife

L'Espagne veut rester maître de l'Euro

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A l'heure où l'Espagne se trouve en grande difficulté économique, son équipe nationale de football elle, remet son titre en jeu lors d'un Euro 2012 qui verra s'affronter 16 nations dont la France.

Ce grand rendez-vous continental soulève quelques incertitudes à commencer par la forme des forces en présence, l'aptitude des Bleus à effacer des mémoires la débâcle du Mondial, les doutes qui subsistent autour de l'organisation de l'événement...

16 nations pour un titre

Les Bleus avaient connu un inédit doublé Coupe du monde 1998- Euro 2000, et l'Espagne déjà auteur d'un doublé Euro 2008-Coupe du monde 2010, rêve de réaliser un incroyable triplé. Avec sa génération de vedettes plus mature encore, un milieu de terrain qui fait mourir d'envie la plupart des sélections, et un groupe C à sa portée, l'Espagne peut poursuivre son règne. Ses premiers adversaires n'ont qu'à bien se tenir, avec une Italie qui doit composer avec l'affaire des matches truqués, une Croatie à la peine depuis l'Euro 2008 et une formation de l'Eire qui n'a pu régénérer ses talents. Il reste néanmoins quelques incertitudes, avec les absences de joueurs tels que Villa ou Puyol, et les résultats moins éclatants de ses deux clubs vitrines que sont le Real Madrid et le FC Barcelone en Coupe d'Europe.

"Et à la fin, c'est l'Allemagne qui gagne"

"Le football est un jeu simple : 22 hommes courent après un ballon durant 90 minutes, et à la fin, c'est toujours l'Allemagne qui gagne". La formule est de Gary Lineker, et elle pourrait bien donner de nouveau raison à l'ancien international anglais. Car même si la Mannschaft n'a pas trop brillé lors de ses matches de préparation, son palmarès et surtout ses performances en compétition ont démontré qu'elle faisait figure de challenger N.1 à l'Espagne. Vainqueur à trois reprises de l'Euro en 1972, 1980 et 1996, l'équipe d'Allemagne aimerait bien prendre sa revanche de 2008, elle qui abordera un redoutable groupe B avec une relative sérénité face au Portugal, au Danemark et aux Pays-Bas. Si ces derniers, finalistes malheureux du dernier Mondial, font également partie des candidats au titre, les autres postulants sont bien difficiles à déterminer.

Et pourquoi pas la France ?

Impossible n'est pas français. Le sport tricolore l'a démontré si souvent que cette séduisante équipe de l'ère Laurent Blanc pourrait pourquoi pas démontré qu'une fois encore, la France ne montre son meilleur visage que lorsqu'elle se trouve dos au mur. Le Mondial 2010 en passe d'être évacué des mémoires, l'équipe de France se prépare à affronter des adversaires à sa portée, avec l'Angleterre, l'Ukraine puis la Suède. Contrairement aux années précédentes, ce sont davantage les qualités offensives qu'une défense hésitante qui font penser qu'un joli parcours du groupe tricolore est possible. Avec un Benzema au sommet de sa forme, un Ribéry voire un Malouda retrouvés, une génération 1987 (Ben Arfa, Nasri et Ménez) que l'Angleterre nous envie, et un sélectionneur qui fait pour une fois l'unanimité, la France a peut-être une carte à jouer… Il reste à se rassurer dans le secteur défensif, mais le football actuel très inspiré du jeu à l'espagnole n'est-il pas ainsi fait ? Et comme le Danemark il y a 20 ans, et la Grèce en 2004, nul n'est à l'abri d'une surprise comme par exemple la Russie, qui a bénéficié d'un groupe A largement à sa portée. Demi-finaliste il y a quatre ans (battue par l'Espagne, la Russie est en confiance avec une défense n'ayant concédé que quatre buts en 10 rencontres. Et offensivement, le 3-0 infligé à l'Italie a de quoi donner des satisfactions à l'entraîneur néerlandais Dick Advocaat.

L'UEFA croise les doigts

Au-delà des données purement sportives, l'UEFA aimerait bien se réjouir d'une réussite de cet Euro en coulisses. Car de la désignation de la co-organisation accordée à la Pologne et à l'Ukraine le 18 avril 2007, à ce vendredi 8 juin, de nombreuses péripéties ont émaillé la préparation de l'événement. Si l'UEFA a bien voulu ouvrir la compétition à l'Europe de l'Est, malgré la position moins favorable de son président Michel Platini (qui préférait l'Italie), cette décision a engendré de nombreuses difficultés, à la fois organisationnelles, financières, et plus récemment politiques. Confier un tel événement à deux nations au lien d'une est déjà compliqué, et le confier à deux pays qui n'ont plus grand chose en commun l'est davantage encore... Si la Pologne peut se targuer d'être pratiquement le meilleur élève de la zone Euro grâce à une économie florissante, pour l'Ukraine, la donne est bien différente. Techniquement, le dossier ukraino-polonais partait de très loin avec aucun des huit stades opérationnel il y a encore cinq ans et un système de transports qu'il fallait revoir entièrement.

Bientôt l'Euro 2016 !

Malgré d'intenses pressions venues de toutes parts, Michel Platini a toutefois tenu à maintenir l'organisation à ces deux pays. Le Président de l'UEFA n'a toutefois pas manqué de fustiger certains agissements, notamment des prix hallucinants des hébergements pratiqués en Ukraine. "Il y a des bandits et des escrocs qui veulent gagner beaucoup d'argent à l'occasion de cet Euro", avait ainsi estimé Platini au sujet du prix des chambres d'hôtels. Et plus récemment encore, certains dirigeants politiques européens dont le président français François Hollande ont brandi la menace d'un boycott des tribunes. Ils manifestent contre la situation très préoccupante de l'opposante au régime ukrainien Ioulia Timochenko, emprisonnée –dans des conditions jugées condamnables- par le pouvoir en place. Pour ne rien arranger, il pourrait également être question de problèmes de racisme et d'éventuels paris truqués… Mais d'autres pays organisateurs ont auparavant reçu des attaques de ce style, sans pour autant que l'événement ne se soit mal passé. Et dans quatre ans, ce sera au tour de la France de subir cette pression, elle qui accueillera ce Championnat d'Europe en 2016, avec cette fois 24 participants.

Romain Bonte