Mario Balotelli et Sergio Ramos
Mario Balotelli et Sergio Ramos | GIUSEPPE CACACE / AFP

L'Espagne historique ou l'Italie éternelle ?

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L'Italie tentera, ce soir à Kiev, de barrer la route à l'Espagne qui n'est plus qu'à une victoire d'un triplé Euro 2008-Coupe du Monde 2010-Euro 2012 jamais réalisé dans l’histoire du football. Toujours présente, la Squadra Azzurra a séduit par la qualité de son jeu offensif alors que la Roja est louée par sa maîtrise tactique. Romantisme italien contre pragmatisme espagnol, deux conceptions mais, au final, un seul vainqueur...

Parier sur l'Espagne en finale de l'Euro n'était pas franchement un placement osé. Miser sur l'Italie, en revanche, relevait plus de la grosse côte. Alors que beaucoup voyaient l'Allemagne ou les Pays-Bas, respectivement finalistes de l'Euro 2008 et de la Coupe du Monde 2010, retenter leur chance face à leur bourreau espagnol, la "Squadra Azzurra" a su déjouer les pronostics, parfois les plus alarmistes, pour tenter de renverser l'invincible "Roja". En dépit d'une préparation perturbée par une nouvelle affaire de matchs truqués, le groupe transalpin a su faire preuve d'une solidarité exemplaire. Peut-être aussi par qu'il sait qu'à chaque fois que l'équipe nationale a été éclaboussé par une affaire de ce genre, il a été sacré (Coupe du monde 1982 et 2006...)

Le maître d'oeuvre de la renaissance italienne s'appelle Cesare Prandelli. Le sélectionneur transalpin ne tient pas à faire profil bas avant d'affronter l'armada espagnole. "Nous sommes en finale, donc nous sommes une des deux meilleures équipes du tournoi, nous devons foncer et jouer pour gagner. Nous sommes la seule équipe à avoir mis un but contre l'Espagne", note-t-il crânement. C'est vrai que pour leur affrontement en phase de poule, l'Italie n'avait pas eu à rougir face à la Roja (1-1). Depuis, l'eau a pas mal coulé sous les ponts ukrainiens et polonais et Prandelli, comme l'Italie, ont certainement gagné en confiance. Une telle double confrontation a déjà eu lieu trois fois dans l'histoire.  Il avait souri à l'Allemagne, vainqueur deux fois de la République Tchèque en  1996 (2-1 et 2-1 au but en or), et à la Grèce contre le Portugal en 2004 (2-1,  1-0). Mais en 1988, les Pays-Bas avaient battu l'URSS en finale (2-0) après avoir  perdu 3-1 la première rencontre.

Pirlo et Xavi, les artistes dissociés

Sous la direction de leur nouvel entraîneur, les Azzurri demeurent invaincus en matchs officiels mais surtout, ils ont réinventé leur identité footballistique. Finis le verrouillage en défense et le froid réalisme devant, place à un football léché et porté vers l'offensive. Symboles de cette nouvelle Italie, l'emblématique Andrea Pirlo tire les ficelles du jeu avec une maestria tout bonnement écoeurante. Le milieu de terrain de la Juve, parfaitement épaulé par le trio De Rossi, Marchisio, Montolivo, joue parfois très bas, parfois en marchant, mais la précision de ses ouvertures demeure mortelle pour les des défenses adverses. Avec un tel archer,  les flèches Cassano et Balotelli ont la dolce vita devant. A eux les espaces et la profondeur, leur qualités techniques (Cassano) et physiques (Balotelli) faisant le reste. Le danger est bien identifié par les espagnols : "Balotelli a vécu deux moments fantastiques et inscrit deux super buts. Clairement, c'est une menace. Comme Cassano. Il faudra les désactiver", prévient Fabregas. Super Mario, propulsé au rang de héros national après son doublé face à l'Allemagne en demi-finale, a d'ores et déjà révélé son objectif pour la rencontre face à l'Espagne : "Ma mère était au stade et mon père devant la télévision, j'ai marqué deux buts devant ma mère, je voudrais en marquer quatre devant mon père à Kiev pour la finale!" Du Balotelli dans le texte...

Les coups de génie de cette létale Italie peuvent-ils entraver la marche victorieuse de l'Espagne ? Rien n'est moins sûr tant la Roja dégage une impression de force tranquille que rien ne semble être en mesure d'ébranler. Le Portugal a bien sûr menacé sérieusement l'édifice en demi-finale mais les hommes de Del Bosque sont encore passés. Comme si c'était écrit à l'avance tant depuis quatre ans l'Espagne domine son sujet avec une forme de logique implacable. Pourtant, à bien y regarder, l'équipe qui épatait le monde par la fluidité de son jeu collectif semble parfois en manque d'inspiration. Imbattable lorsqu'il s'agit de faire circuler le ballon, la Roja peine à accélérer et à déséquilibrer le bloc adverse. L'usure du pouvoir ou des articulations ? La fatigue accumulée au cours d'une saison éprouvante pèse visiblement dans les jambes, et notamment celles de Xavi, bien moins rayonnant qu'à l'accoutumée. Mais la perspective d'un triplé historique devrait suffire aux partenaires de Casillas pour se transcender une dernière fois...

Romain Bonte