Serbie-Albanie
La rencontre entre la Serbie et l'Albanie avait été interrompue après de graves incidents | ALEXANDAR DJOROVICH / RIA NOVOSTI

Les tensions de retour autour d'Albanie-Serbie

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Un an après un match interrompu à Belgrade suite à des violences, un bus de l'équipe serbe a été caillassé mercredi soir sur la route vers Tirana, relançant les tensions entre les deux pays qui s'affrontent jeudi en qualifications pour l'Euro-2016. Aucun membre de la délégation n'a été blessé, a indiqué le président de la FSS, Tomislav Karadzic.

Cet incident a déclenché l'ire de la Fédération serbe de football (FSS) et  des ministres serbes des Sports et des Affaires Etrangères, ce dernier ayant  remis une note de protestation à l'ambassade albanaise à Belgrade. "Je condamne le vandalisme des supporters albanais à Tirana. Par chance, il  n'y a pas eu de conséquences mais c'est grave", a dit le ministre des Sports  Vanja Udovicic. La police albanaise a, de son côté, tenté de minimiser l'ampleur de  l'incident, dans un communiqué. "Une petite fissure a été constatée sur l'autobus (...) ce qui laisse  penser qu'elle a été causée par un jet de pierre lancé de loin",  affirme-t-elle, assurant aussi "enquêter sur les circonstances afin de  découvrir l'auteur de cet acte". Le climat s'est donc brusquement électrisé,  avant même le début du match..

La rencontre prévue jeudi à Elbasan, à 50 km au sud de Tirana, est pourtant  entourée de mesures de sécurité draconiennes, car son enjeu dépasse largement  le cadre du football. 1.500 policiers seront déployés pour assurer le bon déroulement de la  rencontre et 350 autres seront chargés d'encadrer la délégation serbe. Les  billets sont personnalisés et portent un message appelant au "fair play, au  respect de l'adversaire". Comme à l'aller, cette rencontre sera disputée en l'absence de supporteurs  adverses.

L'Albanie rêve de l'Euro

Ces mesures symbolisent la volonté des Albanais d'éviter tout incident  susceptible d'envenimer à nouveau les relations entre les deux pays et de nuire  du même coup au rêve d'une qualification à l'Euro-2016. Mais le caillassage du  bus serbe pourrait bien entacher cette bonne volonté. Troisième du groupe I, l'Albanie se déplacera en Arménie le 11 octobre pour  son dernier match, alors que le deuxième, le Danemark, affrontera le leader, le  Portugal. Les joueurs albanais ont même lancé un appel relayé par les médias: "Non au  racisme, respectez les hymnes, ne provoquez pas d'incidents". Un appel qui  semble donc ne pas avoir été entendu.

Côté adverse, l'esprit est revanchard car la Serbie n'a plus aucune chance  de qualification. Et elle n'a pas digéré la sanction prise en juillet par le  Tribunal arbitral du sport (TAS), qui lui avait infligé une défaite par forfait  pour le match aller (0-3) à cause des incidents. "Nous voulons tous gâcher leurs plans, les battre et faire en sorte qu'ils  ne se qualifient pas", a déclaré le gardien de but serbe Vladimir Stojkovic.

Point de départ de cette querelle diplomatico-sportive, un incident  rarissime. A l'aller à Belgrade, un drone avait survolé le stade. Il traînait  derrière lui un drapeau frappé d'une carte de la "Grande Albanie", projet  nationaliste visant à regrouper dans un même État les communautés albanaises  des Balkans. Le responsable de cet incident, Ismail Morina, 33 ans, ne sera pas au stade  d'Elbasan bien qu'il en ait eu la ferme intention. La police l'a arrêté à  Tirana dans la nuit de mardi à mercredi pour port illégal d'arme.

Différends historiques

Ce survol avait provoqué une explosion de colère chez les supporteurs  serbes, dont certains avaient lancé des fumigènes et d'autres objets sur le  terrain. Une énorme bousculade s'était produite, avec l'envahissement de la  pelouse et des scènes de pugilat entre joueurs et spectateurs. Le match avait  finalement été arrêté à la 41e minute, alors que le score était de 0-0. Les autorités serbes avaient condamné le survol du drone et dénoncé une  "provocation politique préméditée". A l'inverse, Tirana estimait que les  incidents avaient commencé bien avant, quand des supporteurs serbes avaient  scandé "Mort aux Albanais".

Serbes et Albanais entretiennent des relations historiquement hostiles.  Dernier différend en date, le Kosovo, ex-province serbe peuplée en majorité  d'Albanais qui a proclamé unilatéralement son indépendance en février 2008. L'affaire du drone avait ravivé ces tensions: prévue avant qu'éclatent ces  incidents, la visite du Premier ministre albanais Edi Rama à Belgrade, la  première d'un chef de gouvernement albanais en Serbie en 68 ans, avait été  reportée de trois semaines.

AFP