Equipe de France, Euro
Benzema, symbole du naufrage des Bleus | JEFF PACHOUD / AFP

Les six raisons d'un naufrage

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Après deux matches à 18h sous la chaleur puis l'orage de Donetsk, la première partition des Bleus en prime time laissait espérer un joli spectacle. Il n'en fût rien. Après deux prestations convaincantes face à l'Angleterre et l'Ukraine, la France a littéralement sombré dans la nuit de Kiev, devant une équipe suédoise puissante et déterminée.

Un état d'esprit défaillant

La qualification acquise à 90%, les Français ont paru bloqués. Incapables de se réveiller ou de se remobiliser face à des Suédois agressifs, les hommes de Laurent Blanc ont constamment subi. Sans remettre en doute leur envie, une forme de suffisance s'est dégagée de la prestation collective des Bleus. Leur tendance à porter le ballon à outrance a donné l'impression de joueurs centrés sur eux-mêmes, laissant le concept "équipe" aux vestiaires. 

Une défense apathique

Depuis le match amical contre l'Islande le 28 mai dernier, la défense, et surtout son axe central, inquiète. Si Mexès avait rassuré depuis le début de l'Euro, à coups de bonnes anticipations et de duels gagnés, Rami continuait de se montrer dilettante. Hier soir, ils ont choisi de conjuguer leur prestation… au pire. Certes, le Valencian n'est pas directement impliqué sur les buts suédois, mais son manque d'impact a laissé d'énormes espaces et beaucoup de temps aux Nordiques pour développer leurs attaques.

Son collègue milanais ne peut pas en dire autant. Dès la 10e minute, il laissait filer Toivonen au but, qui se manquait, après une tentative d'intervention de la tête risible. Puis, à la 54e minute, il choisissait le marquage élastique sur Ibrahimovic, qui avait tout le loisir (et le talent) d'ajuster un ciseau magistral. Pour parachever le tout, après une faute inutile à 70 mètres de ses buts, il écopait d'un carton jaune qui le prive du quart de finale face aux Espagnols. Sur les côtés, Debuchy s'est souvent fait déborder par Wilhelmsson en deuxième période alors que les deux buts sont venus du côté de Clichy.

Un milieu de terrain archi-dominé

Impeccable lors des deux premiers matches, Alou Diarra a levé le pied. Pourtant épaulé par Yann M'Vila, avec pour mission de récupérer le ballon haut puis de le tenir, le Marseillais, comme son coéquipier rennais s'est montré impuissant. Kallstrom et Svensson ont dansé sur le ventre de l'entrejeu français quand les décrochages d'Ibrahimovic lui posaient des problèmes insolubles.

Incapable de ressortir un ballon proprement, à l'image de nombreuses transversales manquées par M'Vila le milieu de terrain des Bleus a failli, plongeant physiquement sur la fin. Il a semblé pâtir de l'absence de Cabaye, surtout que Nasri a trop porté le ballon, incapable d'offrir du liant au jeu et de trouver ses attaquants.

Des remplaçants peu déterminants

La titularisation de Ben Arfa laissait entrevoir certaines promesses, bien déçues ce matin. Le Magpie s'est révélé incapable de créer du danger malgré une frappe lointaine qui méritait meilleur sort. Le retour de M'Vila dans le onze de départ fut également infructueux. Il a semblé affaiblir le rayonnement de Diarra, son compère du milieu, récupérant peu de ballons et se montrant trop emprunté.

L'entrée de Malouda à la 59e n'a pas apporté grand-chose, le Guyanais perdant de nombreux ballons malgré une envie certaine ponctuée par des centres qui n'ont jamais trouvé preneur. Seuls Giroud et Menez ont changé la donne. De la tête et d'une frappe croisée du gauche, ils auraient pu offrir l'égalisation aux Bleus.

Une attaque amorphe

La prestation collective aboutie contre l'Ukraine paraît bien loin. Ce soir-là, à Donetsk, l'équipe de France avait offert une performance pleine d'entrain, de mouvement et d'initiatives, à l'exact opposé de celle d'hier soir. Seul Franck Ribéry a tenté d'impulser de la vitesse à une attaque branchée sur faible voltage.

Benzema n'a jamais pris le dessus sur ses gardes du corps, en témoignent ses frappes toujours contrées. Avec Nasri et Ben Arfa puis Malouda, ils n'ont jamais été dans le même tempo d'où une litanie de passes manquées.

L'arrivée des femmes des joueurs

Si l'homme est faible, le joueur de foot l'est encore plus. "Maintenant on va profiter de nos femmes", a déclaré Hatem Ben Arfa, résumant bien le mal dont ont pu souffrir les Français. Pensant déjà à leur virée en famille, certains d'entre eux avaient peut-être omis qu'il restait un match à jouer. Gageons que la visite de leur chère et tendre leur remettent les idées en place. Afin qu'ils n'oublient pas que dans quatre jours les champions du Monde et d'Europe en titre se présenteront à eux la bave aux lèvres.
 

Jerome Carrere