Grèce, Euro
Les Grecs arriveront le mors au dent à Gdansk | Anton Denisov / RIA NOVOSTI/ AFP

Les Grecs veulent une revanche sur l’Allemagne

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A Gdansk, Grèce et Allemagne s’affrontent en quart de finale de l’Euro. Sur le papier, l’Allemagne, invaincue depuis le début de la compétition ne devrait avoir aucun mal à gagner. Mais les critiques dont ils ont fait l’objet motivent les Grecs, tout comme le contexte politique tendu entre les deux pays. L’occasion pour eux de prendre leur revanche sur une Allemagne qui les raille.

Fidèles à leur réputation

Les Grecs n’ont pas changé. Leur jeu n’est pas flamboyant mais leur foi est inébranlable. Opposés à la Pologne en match d’ouverture de l’Euro, les hommes de Fernando Santos résistaient à la furia des locaux, avant de manquer le penalty de la victoire (1-1). Contre la République Tchèque, un début de match manqué dans les grandes largeurs obligeait les Hellènes à s’incliner (2-1). Enfin face à la Russie, un match dans lequel les deux équipes jouaient leur place pour les quarts de finale, personne ne les voyaient s’imposer tant les Russes avaient impressionné. Pourtant, les coéquipiers de Karagounis surprenaient encore une fois leur monde pour s’imposer (1-0) et poursuivre leur route.

L’Allemagne est elle aussi restée fidèle à sa réputation. Pourtant placés dans le « groupe de la mort », les hommes de Joachim Löw n’ont rien laissé à leurs adversaires dans les moments-clés. Pour leur premier match, ils venaient à bout du Portugal dans la difficulté (1-0). Face aux Pays-Bas, encore bousculés, les Allemands parvenaient à gagner (2-1). Avant de prendre le dessus sur le Danemark afin de valider leur qualification (2-1), toujours en ferraillant.

David contre Goliath

Comment oublier le titre des Grecs à l’Euro 2004 ? Sûrement le succès le plus inattendu de l’histoire de l’Euro tant cette équipe n’avait aucune référence au niveau international avant ce coup d’éclat. D’ailleurs, ils ne participent cette année qu’au quatrième championnat d’Europe de leur histoire après deux éliminations au premier tour en 1980 et en 2008, entrecoupées de leur victoire finale au Portugal.

Face à eux, l’Allemagne fait figure d’ogre européen. Vainqueurs de l’Euro en 1972 (victoire sur l’URSS 3-0), 1980 (2-1 contre la Belgique en finale) et 1996 (2-1 face à la République Tchèque), les Allemands cumulent également trois finales ainsi qu’une demi-finale dans la compétition. En 1976, la Tchécoslovaquie les privaient du titre aux tirs aux buts (2-2, 5 t.a.b 3), comme le Danemark en 1992 (2-0) puis l’Espagne en 2008 (1-0). En 1988, les Pays-Bas stoppaient la route de l’Allemagne en demi-finale (2-1) alors qu’elle organisait l’Euro.

La Grèce et l’Allemagne ne se sont croisées qu’une seule fois dans un championnat d’Europe, lors de la phase de groupe en 1980. Leur rencontre s’était soldée par un match nul et vierge.

Une logique qui se heurte à l'honneur

Les chiffres n’incitent guère à l’optimisme côté grec. En huit confrontations avec leur partenaire européen, ils n’ont jamais gagné, cumulant cinq défaites et trois matches nuls. Sans compter que les Allemands ont marqué lors de chacun de leurs dix-neuf derniers matches alors que les Hellènes ont inscrit plus d’un but à une seule reprise sur leurs quinze matches disputés à l’Euro.

Pourtant, les hommes de Fernando Santos veulent y croire. "Bien sûr, nous les respectons mais on n'a pas peur d'eux. Nous les regarderons dans les yeux et nous nous battrons" a dit le milieu Grigoris Makos. "Les gens nous couvrent de boue et ce qui se dit nous attriste. Contre la Russie, on a réussi à les faire taire. Il faut garder le silence et continuer de travailler", a renchéri le défenseur Kyriakos Papadopoulos. Pour leur sélectionneur "les Grecs méritent plus de respect". Sur le papier, la Grèce, 15e du classement Fifa, n'a aucune chance face à l'Allemagne, 3e Fifa, demi-finaliste du  Mondial 2006, finaliste de l'Euro 2008, et encore demi-finaliste du Mondial 2010.

Mais elle a appris à surprendre. Déjà donnée perdante à l’avance contre la Russie, qui proposait l’un des jeux les plus attrayants du tournoi, les coéquipiers de Gekas ont réveillé le souvenir de 2004. Campés sur une défense performante et une attaque ultra-réaliste (3 buts sur 5 tirs cadrés), les Hellènes appliquent les mêmes recettes qu’il y a huit ans. Dans ce contexte, l’absence de leur milieu de terrain et capitaine Giorgos Karagounis, suspendu, a son importance.

Le sélectionneur allemand Joachim Löw ne s’y est d’ailleurs pas trompé. "Il est le lien entre la défense et les attaquants et son absence est préjudiciable pour la Grèce", a-t-il observé. Il tente néanmoins de mettre en garde ses joueurs, que la confiance ne doit pas aveugler. "Ils peuvent très bien défendre (les Grecs, ndlr), ils peuvent se jeter dès que la situation devient dangereuse. Ils sont très coriaces, et il y a un risque de se casser les dents", a lancé le technicien.

Pour lui, malgré leurs trois victoires en groupe, ses protégés doivent encore se perfectionner. "On a parfois laissé trop d'espace au milieu et derrière. Là on peut s'améliorer, car la Grèce fera pareil (que le Danemark, ndlr), essayer constamment de ralentir le jeu. Dans la concrétisation des occasions aussi, on peut s'améliorer. Mais il y a 3 ou 4 ans, je ne suis pas  sûr qu'on aurait gagné ce match". Une expérience utile pour se sortir du piège grec, d’autant que l’effectif allemand est au complet. Mais les Grecs joueront pour laver l’honneur de leurs onze millions de compatriotes. Sous les yeux d’Angela Merkel…

 

Jerome Carrere