Le milieu Yoann Gourcuff toujours à la peine
Le milieu Yoann Gourcuff toujours à la peine | FRANCK FIFE / AFP

Les Bleus en demi-teinte

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Un premier match et déjà un premier bilan. Le patron des Bleus a vécu une soirée riche d'enseignements sur son groupe, l'état de fraicheur physique, sur la capacité de certains joueurs à évoluer en équipe, sur le fond de jeu de son équipe, notamment les faiblesses défensives à gommer, lors de la victoire poussive face à l'Islande (3-2). Blanc aura une idée plus précise de son groupe de 23 à livrer mardi et surtout sur les ajustements à faire avant la Serbie.

Les raisons de s'inquiéter

- Un collectif qui ne se trouve pas
Sur le papier, le onze aligné laissait entrevoir un beau football. Cinq éléments à vocation offensive, dont le duo Nasri-Gourcuff dans l'entre-jeu et la première titularisation en équipe de France des quatre surdoués de la génération 87 (Nasri, Ben Arfa, Ménez, Benzema), des latéraux offensifs avec Evra-Debuchy, une charnière qui avait ses preuves. Bref, cette composition, censée privilégier la technique, s'est avérée contre-productive. Par manque de jus? Par manque d'imagination? Par non respect des consignes collectives? Un peu tout à vrai dire. "Avec ce système, on s'expose beaucoup et on a eu du mal à couvrir au milieu", a reconnu Nasri. "Pour être aligné comme ça, il faut savoir trouver un équilibre parce qu'à l'Euro ce sera difficile de revenir après un début de match comme ça."

- Des absences individuelles
Yoann Gourcuff, dont la présence dans la pré-liste fait déjà l'objet de beaucoup de débat, n'a pas été convaincant pour son grand retour en bleu depuis mars 2011. En manque de rythme, il a semblé perdu, il est vrai, à un poste de milieu défensif axial qu'il ne connait pas. En fait, la colonne vertébrale mise par Blanc a été hors sujet. Philippe Mexès, capitaine pour la 2e fois, est trop rapidement sorti d'un match qu'il avait plutôt bien commencé, notamment sur l'ouverture du score. Samir Nasri a été discret dans son rôle de meneur et son association avec Gourcuff, qui avait fait merveille en Angleterre en novembre 2010 (victoire 2-1), a été totalement improductive. Hatem Ben Arfa, volontaire, et Jérémie Ménez, toujours trop perso, se sont montrés plutôt pâles. Pour réduire son groupe de 25 à 23, Blanc prendra sa décision mardi matin.

- Une défense au rabais
Deux buts face à l'Islande, ce n'est pas un gage de solidité. Impliqués sur les buts, Patrice Evra a manqué de jus. Mexès n'a pas respiré la sérénité du défenseur central qui joue au Milan AC. Même si le trio de Lillois Cabaye, Rami, et Debuchy, les deux derniers buteurs, n'a pas failli individuellement, l'ensemble n'a pas donné l'impression de faire bloc. Blanc alignait pourtant une défense-type qui pourrait débuter l'Euro. Avec cinq joueurs offensifs, ce bloc doit se montrer encore plus vigilant. A moins que Blanc revienne à une composition plus défensive avec un milieu défensif de métier supplémentaire (M'Vila?).

Les raisons d'y croire

- Une victoire malgré tout
"Aucune équipe n'est prête aujourd'hui" a souligné Evra. Les Pays-Bas (face à la Bulgarie, 1-2), l'Allemagne (face à la Suisse, 3-5) ont perdu, le Portugal a fait un piteux nul contre la Macédoine (0-0). Comme l'a souligné Blanc, les Bleus ont eu au moins le mérite de préserver leur invincibilité - désormais 19 matches sans défaites - et même de gagner. Blanc a beaucoup insisté sur la nécessité de se mettre dans une dynamique de victoire. Il y a des certes des victoires plus convaincantes. Pour un premier match avec des joueurs en phase de préparation, voire de reprise, après quelques jours de repos, ce n'est pas si mal. 

- Une belle capacité de réaction
Dans ce tableau noir, des joueurs se sont distingués pour aller chercher la victoire après avoir remonté deux buts. Il a fallu l'entrée en jeu de Ribéry, auteur de son premier but en équipe de France depuis avril 2009, et Giroud, passeur décisif pour Rami, voire l'entrée de Valbuena, pour voir les Bleus reprendre des couleurs. L'apport de ces joueurs montre l'existence d'une vraie concurrence au sein de Bleus. Cette réaction démontre surtout les frémissements d'un état d'esprit qui nait rarement dans la facilité, plus souvent dans la difficulté. "C'était difficile mais c'est bien, on a vu un groupe qui n'a rien lâché" a souligné Marvin Martin. Autre point intéressant: ce match mettre fin à tout prise de grosse de tête. Un vrai rappel d'humilité au moment d'affronter l'Angleterre, la Suède et l'Ukraine.

- Encore deux semaines de préparation
Nasri et Mexès en tête, les Bleus l'ont dit: ils avaient les jambes lourdes. Il faut tenir compter de l'hétérogénéité des conditions physiques des joueurs et le stage de huit jours qui a concerné une dizaine de joueurs. L'absence de peps et d'explosivité rappelle que les Bleus sont encore en phase de récupération avant d'entamer un mini-cycle de travail au Touquet pour retrouver des jambes. Blanc et son staff ont encore deux semaines pour redonner du gaz aux joueurs, peaufiner les automatismes, détailler ses directives et trouver le onze-type.Bref, les Bleus doivent se mettre au travail.

Mathieu Baratas