Abou Diaby saut Uruguay VS France 06 2010
Abou Diaby a été très en vue lors du match Uruguay-France | AFP - Carl de Souza

Le football français dans la panade

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L'équipe de France, vitrine du football tricolore, s'enlise dans la médiocrité depuis quatre ans. Le constat est accablant et rien ne va être simple dans l'optique de l'Euro 2012. Mais l'heure n'est pas à l'introspection. Il convient de mettre le bleu de chauffe afin d'éviter un automne calamiteux après l'été meurtrier. Il n'est peut-être pas trop tard.

L'équipe de France va mal. Battus 1-0 à domicile par la Biélorussie pour le premier match officiel de Laurent Blanc, les Bleus ne parviennent pas à décoller dans cette maudite année 2010. Et ce, quelque soit le sélectionneur. Défaite contre l'Espagne au printemps, bilan médiocre sur les matches de préparation à la Coupe du monde (avec notamment un échec retentissant contre la modeste Chine), fiasco du Mondial (un point pris en trois matches), rentrée ratée en Norvège (2-1), la France avait déjà touché le fond cet été. Le revers concédé aux Biélorusses vendredi soir au Stade de France vient rappeler à tout le monde que le football français est toujours malade et que la convalescence risque d'être assez longue. La France semble désormais bien partie pour devoir batailler jusqu'au bout dans le groupe D pour tenter d'arracher un billet qualificatif pour l'Euro 2012. Et cela ne sera pas facile même si l'homogénéité de ce groupe franchement très moyen (la Bosnie s'est imposée 3-0 au Luxembourg, l'Albanie a accroché la Roumanie, 1-1) pourrait faciliter les desseins d'une équipe de France revigorée.

Pas un grand réservoir

Pour le moment, le constat est là, terrible. La sélection nationale n'est plus une grande équipe et ça dure depuis l'après Mondial 2006. Elle possède de bons joueurs mais aucun grand joueur (de la trempe de Kopa, Platini ou Zidane), figure au 21e rang dans la hiérarchie établie par la FIFA et reste sur deux "Berezina" à l'Euro 2008 et à la Coupe du monde 2010 où le pire n'arriva même pas sur le terrain mais dans un bus. En arrivant à la tête des Bleus, Laurent Blanc s'était fixé deux objectifs clairs. Restaurer l'image des Tricolores et reconquérir les supporters français avec des victoires. Pour l'instant, seule la première partie de la mission semble sur le point de réussir, comme en témoignent le nombre de spectateurs enregistrés au Stade de France pour cette non-affiche (plus de 76 000) ou de téléspectateurs devant l'écran (8 millions). L'attitude des joueurs, souriants et disponibles en dehors du terrain, volontaires et combatifs sur le près, y est pour beaucoup. 

Maintenant, le match de vendredi a montré les limites actuelles des Bleus et notamment quelques carences criantes pour le haut niveau. Derrière, la France n'est pas solide ce qui est problématique quand on veut reconstruire une équipe. Laurent Blanc, qui faisait partie d'un quatuor majeur resté invaincu sous la tunique bleue lorsqu'il a été aligné en compétition officielle (avec Thuram, Desailly et Lizarazu sans oublier Barthez), sait très bien à quel point cela peut-être rédhibitoire d'avoir une défense qui n'affiche pas une sérénité à toute épreuve. Mais le chantier offensif est également à reconstruire et les absences pour blessures ou suspensions de certains, associées à la méforme d'autres, n'ont pas encore permis à Blanc d'y voir plus clair en ce qui concerne le potentiel de cette formation qui part de loin. Il faudrait du temps et des matches amicaux pour bâtir mais les Bleus n'en ont pas. En tous cas, pas dans l'immédiat. Mardi, il faut aller défier la Bosnie à Sarajevo. Puis il s'agira de bien négocier les réceptions de la Roumanie et du Luxembourg en octobre. Ensuite seulement, les "hommes du président" pourront peaufiner les réglages et se mesurer au gratin en novembre à Wembley (contre une Angleterre qui vient d'en passer quatre à la Bulgarie) puis en février à Saint-Denis face au Brésil post-Dunga, lui aussi en reconstruction. L'objectif des Bleus sera de prendre (au moins) 7 points sur ses trois rencontres qualificatives à l'Euro polono-ukrainien (un en Bosnie, six dans un mois à domicile). La tâche ne semble pas insurmontable pour une bonne équipe de France. Mais les Bleus doivent faire davantage preuve de réalisme sans se voiler la face. Ils ne forment pas une grande équipe. Ca va sans le dire mais ca va mieux en le disant. C'est de la lucidité. 

Joueurs surcôtés

L'équipe de France ne dispose pas de "fuoriclasse", de joueur de classe mondiale. Et comme il n'y a pas de Messi, Cristiano Ronaldo, Villa, Iniesta, Rooney ou Robben au sein du groupe, Laurent Blanc devra faire avec pour ces éliminatoires de tous les dangers. Le grand public et la presse (pas exempte de tout reproche sur ce coup-là) se sont peut-être enflammés au sujet de certains joueurs qui n'ont pas confirmé les promesses entrevues ces dernières saisons (Benzema, Ben Arfa, Menez, Nasri, la fameuse génération 1987 qui ferait bien de se poser la question de savoir si elle veut faire une carrière à la Thierry Henry ou à la Nicolas Anelka). Porter aux nues Yohann Gourcuff -et le comparer à Zidane, comme l'ont fait des journaux renommés- constituait a priori une erreur. Elle s'est confirmée. Le Breton est un très bon joueur mais pas (encore ?) un grand joueur. Ribéry et Malouda sont à mettre dans le même panier. Ils possèdent un talent indéniable mais ils n'ont jamais vraiment brillé en bleu (c'est plus facile de flambler, marquer et donner des passes décisives quand on joue au Bayern ou à Chelsea dans des championnats ou les écarts avec les petites équipes sont énormes). Idem pour Evra, Abidal, Sagna ou Clichy qui évoluent dans des équipes (Manchester United, Barcelone, Arsenal) qui attaquent 80% du temps: défensivement, ils ne sont pas extraordinaires et s'ils montent beaucoup et participent au jeu, leurs centres alternent entre le passable et le franchement mauvais. Philippe Mexès, titulaire à l'AS Rome en ce début de saison, avait perdu sa place en début d'année. Il n'a de toutes façons jamais confirmé les immenses espoirs entrevus à l'entame de sa carrière quand de nombreux observateurs le comparaient à Laurent Blanc. 

Et la Ligue 1 ne semble pas avoir en réserve des joueurs susceptibles de faire franchir un vrai palier aux Bleus, du moins dans l'immédiat. Mvila, Hoarau, Rémy, Rami, Valbuena, Sakho, Gameiro restent de bons éléments (comme Alou Diarra, Toulalan ou Gignac) mais on ne voit personne à même de prendre une dimension et un rôle de leader dans les mois à venir. Hormis au poste de gardien où –par tradition- la France s'en sort assez bien, rien n'est franchement folichon. De là à perdre contre la Biélorussie… Blanc devra donc se contenter des "grévistes" sud-africains et des "appelés" pour la Norvège durant encore un petit moment. A moins de piocher chez les (très) jeunes et d'appeler (par exemple) un certain Gaël Kakuta, annoncé comme une (énième) nouvelle perle du football français. Cahmpion d'Europe avec les moins de 19 ans en juillet, il ne joue qu'épisodiquement à Chelsea. Est-ce que ce serait lui rendre service ?