Klose Schweinsteiger et Lahm
Klose Schweinsteiger et Lahm | PATRIK STOLLARZ / AFP

L'Allemagne n'a plus la gagne

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Encore présente dans le dernier carré, comme à l'Euro 2008 et aux Coupes du monde 2006 et 2010, l'Allemagne a de nouveau échouer à franchir le dernier palier, défaite cette fois-ci par l'Italie après une demi-finale ratée (2-1). La Mannschaft continue de briller en phase de poules grâce à une génération exceptionnelle de joueurs mais elle n'arrive pas à se transcender dans les matchs capitaux, ce qui faisait jadis sa grande force. Si Joachim Löw s'est clairement trompé dans ses choix tactiques face à l'Italie, le problème ne serait-il pas d'ordre mental ?

"Le football est un jeu qui se joue à onze contre onze et à la fin c'est l'Allemagne qui gagne." La célèbre définition de Gary Lineker a du plomb dans l'aile. Depuis six ans, et l'avènement d'une génération dorée, la Mannschaft échoue régulièrement à une ou deux encablures du sacre. Pas franchement dans les habitudes d'une nation habituée à truster les titres européens (3) et mondiaux (3) depuis des décennies sous le maillot de la RFA puis de l'Allemagne réunifiée. Il faut dire que durant ces périodes de gloire, les équipes emmenées par Rahn, Beckenbauer, Mathhaüs ou Sammer ne s'embarrassaient pas trop de la manière. Pas toujours belles à voir jouer, ces formations impressionnaient par leur rigueur, leur puissance physique et surtout leur soif de vaincre. Des mots qui ont semble-t-il disparu du champ lexical quand il s'agit de définir les hommes de Joachim Löw. Maintenant les adjectifs adéquats seraient plutôt emballant et au final... perdant.

Face à l'Italie, l'Allemagne a déçu c'est une évidence. Incapables de trouver une riposte à l'équation transalpine, les partenaires d'Özil ont tourné le dos à leur formidable parcours en Ukraine et en Pologne où ils étaient arrivés avec un seul objectif: le  titre après avoir porté à 15 - record du monde - leur nombre de victoires consécutives en matches officiels. Jusque-là, Joachim  Löw  avait eu tout bon. Choisir Gomez devant plutôt que  Klose, Hummels plutôt que Mertesacker en défense, Bender pour remplacer  Boateng, suspendu, contre le Danemark, ou même changer toute sa ligne d'attaque  contre la Grèce... Tous ses paris étaient gagnants. La surprise de jeudi - remplacer Reus par Kroos, faire revenir Gomez en  pointe, et Podolski sur l'aile gauche - s'est avérée un désastre qui ternit non seulement le bilan de l'Euro mais la conviction allemande d'être sur la bonne  voie, celle qui mène à un nouveau titre, 16 ans après l'Euro 1996.

"Si nous ne gagnons pas de  titres, on ne pourra pas parler de génération dorée" (Philipp Lahm)

Car l'histoire ne retient que les titres. "Si nous ne gagnons pas de  titres, on ne pourra pas parler de génération dorée à notre propos", disait il y a quelques mois Philipp Lahm, le capitaine. Immédiatement après le match, Löw a joué l'apaisement, affirmant ne pas  voir "de raisons de tout remettre en question". "C'était l'équipe la plus jeune de la compétition, elle peut encore  progresser, et elle va digérer cette défaite pour revenir encore plus forte.  Aujourd'hui elle rate cette possibilité d'aller en finale, mais il y aura  d'autres opportunités", a-t-il assuré. Pour cela, il faudra que l'Allemagne retrouve sa sa haine congénitale de la défaite. Laissés la bride abattue par leur coach, les jeunes Allemands se sont peut-être trop dispersés en dehors du terrain, laissant leur rage de vaincre s'évaporer au contact d'un football plus "romantique" et plus "sexy". S'ils parviennent à préserver cet acquis en y ajoutant un mental d'acier alors oui peut-être ils pourront redonner un jour raison à Gary Lineker. 

Romain Bonte