Sir Alex Ferguson
Sir Alex Ferguson | DANIEL MIHAILESCU / AFP

Hommage à Sir Alex Ferguson

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Le manager de Manchester United est au moins autant une institution que son club. A 70 ans, l'Ecossais s'apparente aujourd'hui à une légende vivante pour tous les fans des Red Devils qui lui vouent un culte à nul autre pareil. En 25 ans, Monsieur Ferguson a fait de United la référence anglaise et l'un des meilleurs clubs d'Europe. Cela force le respect.

A 70 ans, l'Ecossais ressemble aujourd'hui à une légende vivante pour tous les fans des Red Devils qui lui vouent un culte à nul autre pareil. En 25 ans, Monsieur Ferguson a fait de United la référence anglaise et l'un des meilleurs clubs d'Europe. Cela force le respect. Le match de samedi contre Sunderland constituera un anniversaire un peu particulier pour Sir Alex Ferguson qui va fêter son quart de siècle à la tête du club le plus aimé (et le plus détesté) des Anglais. En 20 ans, ManU a supplanté Liverpool au sommet du football britannique, et il le doit en grande partie à Ferguson. 

Plus de 20 ans de bonheur

Quand l'Ecossais a repris l'équipe mancunienne fin 1986, les Red Devils oscillaient entre les places d'honneur et le milieu de tableau, loin des deux clubs de Liverpool qui tenaient la barre (Everton et le LFC). Malgré quelques saisons difficiles au début –dont celle de 1989-1990 où Ferguson aurait été démissionné sans un succès inattendu en FA Cup, le MU de Ferguson a commencé a engranger quelques victoires de prestige notamment contre les Reds. La montée en puissance a commencé en 1991 lorsque les Mark Hughes, Bryan Robson et autre Steve Bruce ont remporté la défunte Coupe des coupes en battant le FC Barcelone (2-1). Ce triomphe marquait le retour en force des clubs anglais en Europe, six ans après la tragédie du Heysel.

Mais le vrai décollage des Red Devils va intervenir deux ans plus tard avec l'arrivée d'un certain Eric Cantona. Alex Ferguson, qui s'est rendu compte de l'importance du Français dans le titre glané par Leeds en 1992, l'arrache à la concurrence. L'hégémonie de United sur l'Angleterre peut commencer. En cinq ans, sous la férule de Ferguson laissant une liberté totale à l'artiste, MU enlève quatre titres de champion et deux FA Cup. Avec notamment le gardien danois Peter Schmeichel, Cantona encadre un groupe de jeunes joueurs qui arrivent progressivement à maturité (Beckham, Giggs, Scholes, les frères Neville). Le public d'Old Trafford tombe sous le charme du Frenchie et entonne la Marseillaise à chaque match, ainsi qu'un décapant "Ouh, ah, Cantona". Ferguson boit du petit lait. 

Consécration européenne

A la fin des années 90, Manchester atteint enfin le Graal: le Bayern est terrassé dans les arrêts de jeu au Camp Nou de Barcelone (2-1, buts de Sheringham et Soljkaer) lors d'une finale de Ligue des champions incroyable. Celui qui n'est pas encore Sir Alex touche enfin au but: c'est la consécration pour ce natif de Govan, près de Glasgow, fils d'un ouvrier travaillant dans l'industrie de la construction navale. Neuf ans plus tard, il en gagnera une autre, MU venant à bout de Chelsea aux tirs au but.

Point commun entre les deux sacres continentaux ? United, dominé, n'aurait pas dû gagner. Et c'est bien ça la marque de fabrique la plus visible de Ferguson: l'irrésistible envie de s'imposer de ses troupes. Même sans bien jouer, même dans un jour sans, Manchester United version Ferguson ne lâche jamais rien. Combien de batailles les Mancuniens ont-ils remporté dans les ultimes instants d'un match ? Combien d'égalisations ahurissantes sont-ils allés chercher dans l'extra-time désormais appelé "Fergie time" outre-Manche ? On ne les compte plus. Comme la RFA dans les seventies ou les années 80, MU impressionne pour ses qualités mentales. Quand l'équipe joue bien, elle s'impose neuf fois sur dix. Quand elle joue moyennement, elle réussit à gagner sept fois. Cette haine de la défaite, c'est Alex Ferguson qui lui a inculquée. Le palmarès du coach écossais parle pour lui: une Coupe du monde des clubs, une Coupe intercontinentale, deux Ligue des champions, une Supercoupe d'Europe, une Coupe des Coupes, 12 titres en Premier League, 5 FA Cup, 4 League Cup et 10 Community Shield. N'en jetez plus…

Rusé et loyal

Sir Alex Ferguson n'a jamais été un stratège, un tacticien hors pair qui désarme le camp adverse par sa science du jeu. En Revanche, il connait les footballeurs et les rapports humains comme personne (même si Beckham ne pardonna pas le "coup de chaussure" involontaire du vestiaire un soir de défaite). Fort de ses 25 ans à la tête d'un club haï par ses concurrents mais respecté partout, l'entraîneur britannique peut se vanter d'avoir souvent eu le nez creux en matière de recrutement: de Cantona à Rooney en passant par Ruud van Nistelrooy, Cristiano Ronaldo, Rio Ferdinand, Van der Sar ou Nani, beaucoup en enflammé le "théâtre des rêves". La réussite de Fergie se trouve là, en plus d'avoir su incorporer les meilleurs jeunes de l'Academy en équipe première. 

Sir Alex Ferguson est aujourd'hui l'égal de Sir Matt Busby, le manager écossais à l'origine de l'émergence de MU dans les années 50. Il a même dépassé son illustre prédécesseur le 19 décembre 2010 en nombre de matches passés sur le banc de touche. Son défi actuel ? Repousser le rival local, Manchester City, dont la montée en puissance suscite la jalousie. Mais Ferguson en a vu d'autres: n'est-il pas venu à bout du grand Liverpool, de l'Arsenal d'Arsène Wenger qui l'a longtemps embêté, ou du Chelsea de Roman Abramovich qui change d'entraîneur comme de chemise dès que le vent tourne mal ? Alors qu'il avait sérieusement pensé à raccrocher définitivement il y a quelques années, Sir Alex Ferguson semble vouloir encore faire durer le plaisir. Il est vrai que le temps passe plus vite quand on gagne…