Qualifications Euro 2020: France – Turquie, match crucial et tensions palpables

Publié le , modifié le

Auteur·e : Romain Bonte
Antoine Griezmann face à Mahmut Tekdemir, le 7 juin dernier à Konya
Antoine Griezmann face à Mahmut Tekdemir, le 7 juin dernier à Konya. | AFP

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Dans une atmosphère très particulière au Stade de France, le France-Turquie de ce soir (20h45) s'annonce compliqué à gérer à la fois sur et en dehors du terrain. D'un point de vue purement sportif, il s'agit de la finale du groupe H, avec à la clé une qualification possible dès ce soir pour l'Euro 2020. Mais aujourd'hui, c'est d'avantage l'environnement de la rencontre qui est préoccupant.

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Environ 30 000 supporters turcs sont attendus au Stade de France. L'engouement autour de l'équipe nationale et du football en général, a toujours été important aussi bien en Turquie que pour sa diaspora. Venant essentiellement de Turquie, de France, mais aussi d'Allemagne, les fervents supporters turcs devraient occuper une grande partie des tribunes. Leur venue dans les stades de l'hexagone a souvent été tumultueuse, comme lors du match (peu) amical France – Turquie (1-0) disputé à Lyon en 2009, interrompu après des jets de projectiles et des craquages de fumigènes. Sans parler du très chaotique Lyon-Besiktas (2-1) de 2017, les autorités avaient depuis longtemps coché la rencontre de ce soir comme un match à risques.

Paris-Ankara, l'autre match

Mais au-delà de la gestion des supporters, c'est un contexte géopolitique extrêmement tendu entre Paris et Ankara qui inquiète. Depuis mercredi et le déclenchement par le président turc Recep Tayyip Erdogan d'une opération militaire contre une milice kurde en Syrie, les relations franco-turques se sont encore tendues. L'Elysée a dénoncé une "offensive unilatérale" et suspendu ses ventes d'armes vers la Turquie et des manifestations en soutien aux Kurdes de Syrie ont déjà eu lieu.

Ce France-Turquie n'arrive donc pas au meilleur moment, et la sphère politique commence à s'en mêler, à l'instar du député UDI, Jean-Christophe Lagarde. Ce dernier a tout simplement appelé à l'annulation de la rencontre. "On ne peut décemment accueillir demain au Stade de France ceux qui saluent le massacre de nos alliés kurdes!", a estimé le président du groupe d'études sur les Kurdes à l'Assemblée. D'autres voix s'élèvent et réclament également l'annulation pure et simple du match, comme celle de député LR Eric Ciotti qui a appelé lundi sur LCI le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner à "prendre ses responsabilités" et à "suspendre" ce match.

Jean-Christophe Lagarde a en outre évoqué le salut militaire des footballeurs turcs après leur but face à l'Albanie vendredi. Le geste doit être examiné par l'UEFA, mais il risque de rajouter de l'huile sur un feu déjà bien brûlant. Dans les tribunes du stade, sont attendus le ministre turc de la Justice ainsi que l'ambassadeur à Paris, a indiqué une source diplomatique turque citée par l'AFP. La Ministre des Sports Roxana Maracineanu a également prévu de se rendre au match, à l'inverse du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian

"Le foot c'est la fraternité"

"Les problèmes géopolitiques, ils sont là. Que cela ait des conséquences? Forcément, sur l'environnement du match. Mais on ne va pas penser à cela", a préféré indiqué Didier Deschamps. De son côté, le sélectionneur turc Senol Günes a tenté de rassurer à sa manière. "Le foot, c'est la fraternité, le beau jeu, c'est un sport où tout le monde est rassemblé. J'espère que les supporters seront dans un esprit de fraternité", a-t-il indiqué, tout en expliquant que son équipe "encourageait ses soldats".

La préfecture a prévu un "dispositif de sécurisation générale pour prévenir les troubles à l'ordre public avant, pendant et après la rencontre". Les effectifs de sécurité ont été augmentés, passant de 1 200 à 1 400. Après la Marseillaise sifflée à Konya au match aller, et surtout la défaite 2-0, les Bleus se préparent donc à vivre un match très particulier. "C'est l'occasion de montrer un autre visage et devant notre public de nous qualifier", a souhaité le capitaine Raphaël Varane, qui se dit également "prêt à se transcender" face aux supporters turcs. Faut-il rappeler que la Turquie se trouve actuellement en tête du groupe H, ne devançant la France que grâce à sa victoire en juin dernier. Un succès des Bleus leur assurerait une qualification pour l'Euro 2020. Un nul pourrait également leur suffire si l'Islande perd ou fait match nul contre Andorre. Place au jeu.