La joie de l'équipe de France durant l'Euro
Paul Pogba et la joie des joueurs tricolores durant la demi-finale de l'Euro contre l'Allemagne | AFP - VALERY HACHE

Euro 2016 - France-Portugal : Le Ballon d'Or, Ronaldo, Deschamps, les enjeux d'une finale

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L’équipe de France de Didier Deschamps espère retrouver l’ivresse de la victoire seize ans après son dernier trophée. Face au Portugal de Cristiano Ronaldo, lui aussi à la poursuite de la consécration avec sa sélection, les Bleus ont rendez-vous avec l’histoire et une occasion unique de rayer (définitivement ?) les moments douloureux de son passé récent.

Tourner le dos aux fantômes du passé

Didier Deschamps et Franck Ribéry discutent à Clairefontaine
Didier Deschamps et Franck Ribéry discutent à Clairefontaine

Depuis 2006 et cette finale perdue autant aux tirs au but que sur un coup de tête mal placé, l’équipe de France vivait de jours sombres. Les quatre dernières années de Raymond Domenech ont été un calvaire qui s’est terminé par une tâche quasi-indélébile (Knysna). Cet épisode du bus, personne ne veut ou n’a pu l’oublier. En conférence de presse samedi, Hugo Lloris et Bacary Sagna, présents en Afrique du Sud, ont eu droit à une piqure de rappel. "On a traversé une crise dans le football français. Ça n'a pas été facile mais on a su le faire étape par étape", a reconnu le gardien français. Il a fallu faire énormément d'efforts, se rapprocher des gens, reprendre les bases. Six ans après, ça prend énormément de temps. On a fait énormément d'effort pour en arriver là. On a envie de montrer une autre image. On ne peut pas changer le passé, mais construire l'avenir", a abondé le défenseur Bacary Sagna.

L’ère Laurent Blanc, malgré la très belle série de matches sans défaite (23), s’achèvera sur un couac à l’Euro 2012 et des mini-scandales (Nasri, Ben Arfa). En nommant Didier Deschamps, Noël Le Graët a voulu s’appuyer sur un pilier de la maison Bleue. Le symbole de la France qui gagne, mais tout ne fut pas facile pour "DD". Les affaires encore et toujours : Ribéry, la sextape et les cas Benzema et Valbuena a tranché, Nasri (encore lui ?), les blessures (Varane, Diarra), les suspensions (Sakho). Pas grand-chose n’a été épargné au sélectionneur qui a pourtant su protéger son groupe et le faire grandir, malgré (grâce ?) les épreuves. Même le chemin jusqu’à la finale aura été compliqué. Critiquée pour son niveau de jeu et ses victoires "petit bras", l’équipe de France n’a pas suscité un enthousiasme débordant jusqu’à ce quart de finale "presque parfait" pour reprendre la une de L’Equipe et cette demi-finale explosive contre l’Allemagne. Enfin la France signait une grosse performance dans un grand match. Le France-Ukraine du barrage en 2013 trouvait un écho. Voilà les Bleus en finale, face à ces Portugais contre qui ils ont la recette. Voilà les Bleus de retrouver la voie des sommets, voie qu’ils avaient perdue depuis quelques années.

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Le Ballon d’Or

Depuis huit ans Lionel Messi et Cristiano Ronaldo se partagent la récompense individuelle suprême pour un joueur de football. Cinq pour l’Argentin, trois pour le Portugais. En 2016, les deux hommes sont encore les grands favoris. La "Pulga", malgré sa condamnation par la justice espagnole, a continué de briller, a remporté la Liga et la Coupe du Roi. Même si cela n’effacera sans doute pas la tristesse d’un nouvel échec en finale avec la sélection argentine. CR7, lui, a soulevé une troisième Ligue des champions. Et le voilà en finale de l’Euro pour la deuxième fois de sa carrière, douze ans après la première. Une victoire et un quatrième Ballon d’or lui tendrait les bras. Une défaite, en revanche, ferait les affaires de … Antoine Griezmann. Le Français est le troisième larron de ce sprint. Etincelant avec l’Atletico Madrid qu’il a mené jusqu’en finale de C1 – où il rate un penalty – le natif de Mâcon est en train de marcher dans les traces de Michel Platini. Le Colchonero en est déjà à six buts en six matches lors de cet Euro : deux doublés contre l’Irlande et l’Allemagne et une prestation de haute volée face aux champions du monde. Jamais depuis Thierry Henry, un attaquant français n’avait été si décisif en compétition internationale. S’il gagne l’Euro et s’il est décisif en finale, Griezmann ne sera pas loin du Ballon d’Or et peut-être sera-t-il le premier à briser l’hégémonie des deux monstres.

Deschamps, la gagne bleue

Le sélectionneur de l'équipe de France, Didier Deschamps
Le sélectionneur de l'équipe de France, Didier Deschamps

Le talisman de l’équipe de France. Didier Deschamps est lié à jamais au maillot tricolore. Premier capitaine à soulever la Coupe du monde, champion d’Europe (2000), Deschamps c’est la gagne. En tant que joueur, il possède le plus beau palmarès du foot français. Des titres partout et neuf finales disputées pour six victoires (Coupe du monde 98, Euro 2000, C1 1993, 1996, Coupe d’Italie 95 et Coupe d’Angleterre 2000). Une bonne habitude qu’il a conservée dès qu’il a troqué son maillot et son short pour le costume d’entraîneur : à Monaco, à la Juventus, à Marseille, il a gagné. Des titres de champion, des coupes, autant de trophées qui ont participé à sa légende.

Deschamps sur un banc, c’est cinq finales pour quatre titres (Coupe de la Ligue 2003, 2010, 2011, 2012) et une défaite (finale de C1 2004). D’une équipe amputée de ses principaux leaders (Varane, Sakho, Benzema, Valbuena), Deschamps a construit un groupe homogène, qui "vit bien" comme le veut le poncif consacré, solidaire et guidé par cette culture de la gagne. Deschamps est le garant de l’esprit collectif, il n’a pas hésité à "couper la tête" de Benzema pour préserver ce fameux esprit. Et si la France l’emportait ce dimanche, Deschamps rejoindrait Berti Vogts dans le clan des vainqueurs de l’Euro en tant que joueur et sélectionneur.

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Ronaldo, enfin la bonne ?

Cristiano Ronaldo est un immense joueur. Sans être dans la forme de sa vie, le Portugais a réussi a hissé son équipe en finale de l’Euro 2016. Auteur de trois buts, dont un doublé déterminant contre la Hongrie et d’une tête après une descente vertigineuse en demie contre le Pays de Galles, Ronaldo ne s’est pas caché et le voilà à une marche de réussir là où Lionel Messi a toujours échoué. L’échec, le Portugais l’a connu alors qu’il n’avait que 19 ans. Dans son pays, l’ailier dribbleur, pas encore buteur, joue sa première finale d’un Euro contre la Grèce. Il finira en larmes.

Suivront d’autres échecs et des déceptions, parfois contre les Bleus (demie du Mondial 2006). Que ce soit au Mondial ou à l’Euro, Ronaldo n’a plus jamais été aussi proche de remporter une grosse compétition. Il pourra s’appuyer sur des signes positifs. Les fantômes allemands qui planaient sur l’équipe de France depuis 1958 ont été balayés par les Bleus jeudi au Vélodrome, ceux tricolores qui rôdent sur le Portugal depuis 1984 pourraient bien subir le même sort.

Benoit Jourdain @BenJourd1

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