Nani, Silva, Portugal, Espagne
Nani (à g.) et Silva, joueurs clés de l'affrontement entre voisins ibériques | AFP

Duel ibérique pour une finale

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Le Portugal et l'Espagne s'affronte ce soir à Donetsk en demi-finale de l'Euro 2012. Les coéquipiers de Cristiano Ronaldo se retrouvent face à une armada invaincue depuis 2006 en phases finales de compétitions internationales. Mais comptent sur leur leader et un mental d'acier pour déjouer une fois de plus les pronostics.

Placé dans le groupe des Pays-Bas et de l'Allemagne, peu donnait une chance au Portugal de s'en sortir. Poussifs en qualifications, les hommes de Paulo Bento semblaient condamnés à l'exploit pour voir la phase finale. Opposés à la République Tchèque en quart de finale, ils n'ont eu aucun mal à franchir le cap, comme ne l'indique pas le score de la rencontre (1-0).

Souvent donnés favoris en compétitions internationales ces dernières années, les Portugais n'étaient pas franchement attendus dans cet Euro. Alors qu'elle retrouve ses voisins espagnols, qui l'avaient vaincu en 8e de finale du dernier Mondial (1-0), la Selecção devra réaliser une performance de haut vol si elle veut rallier la finale de l'Euro une nouvelle fois après celle de 2004 perdue à domicile.

Un ogre rouge

En effet, la Roja fait figure d'ogre pour les protégés de Bento. Outre leur unique but encaissé depuis le début de la compétition, les Espagnols surfent sur une série de 17 victoires lors de leurs 18 derniers matches en compétitions officielles. Depuis la Suisse qui les avait dominés en ouverture du Mondial 2010, seule l'Italie est parvenu à accrocher les hommes de Vicente Del Bosque lors du premier match de cet Euro (1-1).

Autre statistique ahurissante, les champions d'Europe en titre n'ont plus encaissé un but dans un match à élimination directe d'un tournoi majeur depuis la Coupe du Monde 2006, soit huit rencontres. La France et Zidane tenaient le rôle des bourreaux dans un 8e de finale où les Espagnols avaient pêché par arrogance (3-1).

"On valorise moins nos succès..."

Malgré ces chiffres vertigineux, les coéquipiers de David Silva peinent à convaincre, comme le confiait le milieu offensif de Manchester City. "On dirait qu'on les valorise moins (nos succès, ndlr) (…), que c'est presque normal d'arriver en demi-finale d'un tournoi de ce niveau". Pour certains médias notamment italiens, un comble, le jeu des Espagnols serait ennuyeux, basé sur une forte possession de balle stérile. Des critiques toutes relatives auxquelles répond sans détour le sélectionneur Del Bosque. "A chaque match on essaie, on pense toujours à attaquer pour marquer. Mais notre volonté, notre ambition est de conserver en permanence un équilibre idéal entre la défense et l'attaque, une assise solide qui nous permette de développer notre jeu fondé sur la conservation du ballon". "Quoi que disent les gens, je ne pense pas que nous allons changer", ajoute plus mordant son joueur Xabi Alonso.

Malgré ces débats stériles sur le beau jeu, un chiffre doit trotter dans la tête des Portugais. Ils n'ont vaincu les Espagnols que six fois au cours des trente quatre rencontres les ayant opposés. Mais un autre peut les rassurer. Leurs adversaires comptent deux jours de repos en moins et viennent d'enchaîner quatre matches en quatorze jours. Sachant que l'ancien entraîneur du Real Madrid a peu fait tourner son effectif durant la compétition, cette donnée pourrait avoir son importance. Pour la Roja, il faudra également déjouer la malédiction de Kircha, logis occupé par l'équipe de France avant son élimination...

Ronaldo, le facteur X

Toutes les analyses se heurtent néanmoins au facteur X de cette demi-finale : Cristiano Ronaldo. Depuis l'ouverture de l'Euro, le capitaine portugais a soufflé le froid et le brûlant. Après deux matches manqués contre l'Allemagne puis le Danemark le Ballon d'Or 2008 a retrouvé sa géniale inspiration pour marquer trois buts et toucher quatre fois les montants en deux matches! Face aux Pays-Bas et à la République Tchèque, le Madrilène a mené les siens à la victoire sans trembler. Si Xabi Alonso assure qu'il n'y a "pas de plan anti-Ronaldo", les défenseurs espagnols seraient bien inspirés de lui laisser la portion congrue, faute d'être punis.

"Dès qu'il prend la balle, il se passe quelque chose (…). Il accélère le jeu d'une manière incroyable, avec cette capacité tout de suite à gagner 30-40 mètres dans la profondeur. Personne à l'Euro n'a un joueur comme ça", détaille avec admiration Laszlo Bölöni qui l'a fait débuter au Sporting Portugal. Avec un tel leader dans ses rangs, la sélection portugaise paraît bien mieux armée que les années précédentes pour aborder sa troisième demi-finale européenne depuis 2000. " Techniquement elle est moins forte que celle qu'on avait jouée en 2000, affirme Robert Pirès. Mais collectivement c'est plus fort. Et mentalement, c'est très, très fort!". Pour Gérard Houllier, "elle possède plus d'appétit de victoires", sans oublier une forte expérience internationale, puisque l'équipe-type cumule 45 capes de moyenne. Avec des joueurs comme Nani ou Raul Meireles, le danger peut effectivement venir d'autre part que des pieds de la star gominée.

L'arbitre fait déjà polémique

Comme tout bon duel entre voisins, ce match n'a pas échappé à la polémique d'avant-match. Cette fois, c'est la désignation de l'arbitre turc Cuneyt Cakir pour diriger la rencontre qui a fait jaser. En effet, le président du Comité d'arbitrage de l'UEFA Angel Villar dirige également la Fédération espagnole de football et son vice-président Senes Erzik est turc et un "ami du FC Barcelone et de l'Unicef" puisqu'il aurait participé aux négociations qui ont fait de cette agence le sponsor du  club catalan, selon la presse portugaise.

Malgré ce climat tendu, l'Espagne tentera de rendre hommage au Saint nommé Iker qui garde ses cages depuis 2000. En cas de victoire ce soir Iker Casillas remporterait son 100e match international en 132 sélections, un record. Son partenaire en club Cristiano Ronaldo, fera tout pour le crucifier. Ainsi va la vie d'un homme dont les miracles sont légion.

 

Jerome Carrere