Coronavirus - Supporters confinés : Ils devaient assister à… l'Euro 2020 (1/3)

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Clément d'Antilles
Clément d'Antibes lors de France-Islande à l'Euro 2016. | AFP

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Cette fois, promis : cet été plus que jamais leurs vacances allaient être sportives. Ou du moins, dédiées au sport. Depuis des mois, ils économisaient et avaient tout planifié pour vivre une compétition internationale au plus près. Mais ça, c’était avant les annulations en cascade. Depuis, ces vacanciers du sport naviguent entre déception, demandes de remboursements et interrogations. Pour ouvrir cette série, focus sur les supporters de l’équipe de France de football qui devaient sillonner l’Europe pour encourager les Bleus à l’Euro.

Pour ses soixante ans, l’Euro devait célébrer l’Europe du football, à travers douze pays du Vieux Continent. Une idée originale signée Michel Platini, qui a vite viré au coup de folie sanitaire face à la pandémie de coronavirus. Logiquement, le tournoi a été reporté à l’été prochain. Si les sélections nationales et villes hôtes vont devoir s’adapter, c’est aussi le cas des nombreux supporters qui avaient articulé leurs vacances de façon à suivre leur équipe. Même si la plupart saluent cette décision, à l’image d’Anne Costes, vice-présidente des Irrésistibles Français : "C’était la meilleure décision à prendre. Ce tournoi aurait été une folie dans le contexte actuel"

On s’était dit rendez-vous dans un an

D’un point de vue sanitaire, le report du tournoi ne laissait aucun doute. Restait la question du "Quand ?" L’UEFA a tranché en reportant le tournoi à l’été 2021, un an pile après ses dates initiales. Là encore, pour Anne, c’était le meilleur choix : "C’est bien mieux de l’avoir décalé d’un an, plutôt que de potentiellement chercher à le reporter de quelques semaines. C’est plus simple à gérer pour annuler même si, évidemment, cela pose beaucoup de problèmes d’organisations". En effet, au même titre que les joueurs et sélections, les supporters qui avaient prévu d’assister à l’Euro doivent revoir leurs plans. Les vacances footballistiques attendront un an, du moins, pour ceux qui peuvent.

Pour Clément d’Antibes, le plus célèbre des supporters de Bleus, ce report est difficile à encaisser : "L’envie était là, montait chaque jour. Dans deux mois, on faisait les valises et on partait à Munich et Budapest, avant d’aller à Bilbao ou même Singapour s’il le fallait. C’est ça un tournoi : c’est l’aventure", assure l’homme qui, depuis 1982, a assisté à 8 Coupes du monde et 6 Championnats d'Europe. Mais à 72 ans, Clément appréhende : "On ne sait pas comment on sera l’année prochaine. Ces voyages, c’est parfois dur physiquement". Mais l’homme aux 278 matches des Bleus en a vu d’autres : "J’ai visité 44 pays pour le foot, en ne connaissant qu’un mot d’anglais : window, pour me mettre à côté du hublot dans l’avion parce que j’ai peur".

D’un point de vue calendrier, les matches se dérouleront aux dates prévues, à un an d’intervalle. Ce qui est plutôt pratique pour se projeter, en témoigne Victor, jeune professeur d’Histoire : "J’avais organisé mon week-end à Budapest, pour voir le match entre la France et le barragiste. Cela tombait pile au milieu des deux semaines du Bac. Mais je sais que je pourrai y aller l’année prochaine, puisque le match change de date, mais sera bien un week-end, comme prévu". Ce quasi copier-coller des dates, une aubaine pour Victor mais ce n'est pas forcément le cas pour les autres supporters. 

Un autre match à gagner

"Chacun a gardé son billet, car les places seront valables l’année prochaine. Mais tous n’auront pas la possibilité de reposer les mêmes congés que cette année", explique Anne, en charge des déplacements pour les Irrésistibles Français. Pour ceux-là, l’UEFA a assuré que les places pourraient être remboursées. Et donc remises en vente, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle pour certains. "La vente par la FFF a été un fiasco. Je n’ai eu que deux places. La plupart des membres de mon association n'en ont pas eues", râle Clément. Et il est loin d’être le seul. "D’ici l’année prochaine, cela me donnera peut-être l’occasion de grappiller des places à droite à gauche, même si c’est triste pour les gens qui devaient y aller cet été".

Au delà des billets, le vrai problème pour ces vacanciers à qui l’on vient d’enlever le ballon, c’est les frais de transports et hébergements. Sans assurance annulation, aucun remboursement possible dans les hôtels. Pour les avions, cela dépend des compagnies mais les vols non annulés officiellement ne sont pas dédommagés non plus. Au meilleur des cas, ils sont valables un an. Du côté des Irrésistibles français, la crise a été évitée : "Depuis plusieurs années, on ne gère plus les transports pour nos adhérents. C’est trop compliqué en cas d’annulation par quelques personnes", explique Anne Costes.

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Elle poursuit : "Là, on gérait le logement de 50 adhérents à Munich, et de 70 à Budapest. Une trentaine restait une semaine en Hongrie pour voir les deux matches des Bleus. Heureusement, on avait une assurance annulation. Le report ne nous a rien coûté en tant qu’association". En revanche, à titre individuel, chaque membre est soumis aux politiques des compagnies aériennes ou ferroviaires.

Une fois tous ces problèmes réglés, ou dans l’attente de réponses, vient la question finale : celle de la présence ou non à l’Euro l’été prochain. Et là, la réponse est unanime, à l’image de Clément d’Antibes : "Bien sûr que j’irai, même à pied s’il faut. Mais pour l’instant, le foot est secondaire, la santé avant tout", rappelle l’emblématique supporter au coq, avant de conclure : "Mais avant, on joue le plus gros match de notre vie contre ce virus. Il faut le gagner. Et on va le gagner". Avant de gagner l’Euro ?