Bleus : passe ton bac d'abord !

Bleus : passe ton bac d'abord !

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Thèse, antithèse... Alors que les épreuves du célèbre diplôme scolaire se déroulent en ce mois de juin, les joueurs de l'équipe de France ont passé, à leur façon, leur premier examen de passage. Au terme de ce premier tour, et avant d'attaquer la phase décisive, dès dimanche prochain à Lyon pour les huitièmes de finale, retour sur ce qui a fonctionné et sur ce qui inquiète autour de la formation dirigée par Didier Deschamps. Un bulletin scolaire plutôt passable ?...

Les encouragements

• Une défense centrale pas si mal : avec les forfaits avant l'Euro de Mamadou Sakho, Raphaël Varane et Jérémy Mathieu, on s'inquiétait forcément du potentiel du duo Rami-Koscielny, rarement éprouvé au niveau international par le sélectionneur. Beaucoup d'observateurs et même le grand public doutaient des performances du Sévillan. Finalement, les Bleus n'ont encaissé qu'un but au cours de ce premier tour. Et encore, c'était à la suite d'un penalty concédé contre la Roumanie. Laurent Koscileny tient son rang, alors qu'Adil Rami a su élever son niveau de jeu, se permettant même le luxe d'assurer une passe décisive à Marseille, face à l'Albanie, sur l'ouverture du score signée Griezmann. Seul hic : les joueurs ont tous deux été avertis et risquent une suspension en quarts, en cas de nouvel avertissement.

• L'assurance Kanté : la blessure de dernière minute de Lassana Diarra en a plongé plus d'un dans le désarroi. Sans la sentinelle marseillaise, le risque était grand de voir ces Bleus gênés aux entournures dans les phases de repli. Que nenni ! Le champion d'Angleterre avec Leicester a plus qu'assuré dans un rôle qui n'est pas naturellement le sien. N'Golo Kanté irradie encore plus le jeu dans une position de relayeur qu'il affectionne. Avec beaucoup d'humilité, l'ancien Caennais a relevé le défi et a su colmater les brèches, non sans un certain talent et une sobriété de tous les instants.

• Payet nous fait briller : on le supputait, mais cela s'est confirmé dès le coup d'envoi de cet Euro, Dimitri Payet marche sur l'eau cette saison. Comme avec son club de West Ham, le Réunionnais peut à tout moment débloquer une situation compromise. Par un geste de classe, une frappe dont il a le secret et un sens chirurgical du but, l'ancien Marseillais est le joueur providentiel des Bleus. Il pourrait même être le meilleur buteur de la compétition si sa somptueuse reprise, en fin de match contre la Suisse, n'avait pas percuté la transversale. Indispensable !

• Un mental fort : même dans la difficulté, et si rien n'est parfait dans leur jeu, les Tricolores peuvent toujours s'en sortir grâce à leur capacité à apporter le danger parfois là où on les attend le moins. Dans l'animation offensive, Didier Deschamps possède toute une palette de talents pour faire sauter le verrou adverse. De Giroud, dans son rôle de pivot, à Coman, intenable quand il accélère, on ne s'ennuie pas devant. Reste aux Bleus à se lâcher. Mais, avec les matches à élimination directe qui se profilent, on peut désormais se passer de tout calcul.

Les avertissements

• Des latéraux en question : Bacary Sagna et Patrice Evra ont de l'expérience. On ne peut pas leur enlever ça ! Mais le rendement des deux défenseurs sur les côtés est nettement insuffisant. Soit trop bas, soit rarement dans le bon timing, tous deux ont tendance à ralentir les incursions offensives ou leurs appels sont vains. Leurs centres finissent, la plupart du temps, dans les pieds adverses et l'apport technique paraît bien insuffisant à ce niveau. Seulement, Deschamps n'a guère le choix : le football français semble négliger ce poste très spécifique et manque d'éléments performants. Donc, il faudra faire avec Sagna et Evra...

• Pogba pioche encore : en un seul geste, le Bianconero, déconcertant de facilité, peut sortir le grand jeu. Pour autant, son premier tour fut passable et ses prestations d'ensemble laissent un goût d'inachevé. La “pioche" nous doit une revanche ! Repositionné à gauche contre la Suisse (pour permettre à un Matuidi entamé de souffler), là où il adore évoluer, Pogba a illuminé le jeu en première période, avant de s'éteindre par la suite. Il doit encore apprendre à simplifier son jeu, pour éliminer toutes les scories qui finissent d'ailleurs par le fatiguer au fil des minutes. Le beau geste, c'est bien... L'efficacité, c'est encore mieux !

• Inquiet pour Griezmann : c'était le risque... Après sa saison chargée sous le maillot de l'Atlético de Madrid, le Mâconnais semble tirer la langue. Au fil des prestations, on ne retrouve pas le lutin magique qui a séduit depuis quelques saisons le public français. En manque de fraîcheur, "Grizou" n'a évolué que par intermittence. Buteur providentiel contre l'Albanie, il ne s'est, en fait, montré efficace que dans un rôle de joker puisque, ce jour-là, il avait été placé sur le banc en début de rencontre par le sélectionneur. Cette semaine pleine de préparation, sans match programmé, devrait lui faire un bien fou pour trouver son second souffle.

• Déficit dans la créativité : rarement une équipe de France à domicile avait eu si peu la possession de balle que lors du match contre la Suisse... Certes, la volonté de préserver la première place de ce groupe A, avec un match nul suffisant, sautait aux yeux. Cependant, dans l'animation offensive, hormis les déboulés d'un Moussa Sissoko intenable, jamais les Bleus n'ont rendu de copie propre. Beaucoup de ballons perdus, des choix pas toujours judicieux et cette tendance à s'enferrer dans la ligne défensive sans pouvoir décanter la situation, tel est le bilan contrasté des Bleus. Pour l'instant, les adversaires ne sont guère cotés et les Bleus s'en sortent. Mais qu'en sera-t-il face au prochain ténor qui se présentera sur la route de cette équipe de France encore en rodage ?

Nicolas Gettliffe