Grèce - 2012
La rencontre entre l'Allemagne et la Grèce dépasse l'enjeu purement sportif | AFP - ANDREAS SOLARO

Allemagne-Grèce : le "derby de la dette" ?

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La rencontre Allemagne-Grèce en quart de finale de l'Euro, vendredi, à Gdansk, anime plus les débats pour son aspect extra-sportif que son enjeu réel. Le climat est houleux entre les deux nations et le raccourci rapide entre l'affrontement et le sauvetage de la Grèce dans la zone euro. Les joueurs allemands, comme grecques, veulent éviter l'amalgame.

Quand la politique prend le pas sur le foot... Le quart de finale entre l'Allemagne et la Grèce, qui se disputera vendredi à Gdansk, déborde de son cadre purement sportif. Depuis la qualification surprise de la sélection des hommes de Fernando Santos face à la Russie, la presse grecque place cette rencontre sur un piédestal. Le choc qui oppose l'Allemagne, responsable de tous les maux de l'île, et la Grèce, prête à tout pour sauver sa place dans la zone euro, a hérité de ce nom annonciateur : "le derby de la dette".

Bien sûr, il est légitime de crier à l'amalgame et à l'exagération mais le problème est réel. Pour un pays traversé par l'une de ses plus graves crises sociales et économiques de ces dernières années, cette rencontre est perçue comme une bouée de sauvetage, l'occasion de prendre sa revanche face aux grandes nations de la zone Euro. En effet, la presse et la tendance générale en Grèce présentent l'Europe, et l'Allemagne d'Angela Merkel plus particulièrement, comme responsables des plans d'austérité qui sont appliqués au pays.

Metro Sport : "Vous nous imposez le FMI, nous mettons en pièces votre Euro"

Le match est donc l'occasion de remettre à sa place l'ennemi honnis. Sitôt la qualification de son équipe assurée, le journal Goal News titrait : "Donnez-nous Merkel". Avant d'ajouter dans ses colonnes : "Vous ne pourrez jamais bouter la Grèce hors de la zone Euro, l'Europe délire de nouveau sur une banqueroute de la Grèce". L'idée est la même dans le reste de la presse. Sport day menaçait : "Angela, tenez-vous prête ! Vous avez vu comment vos débiteurs se sont qualifiés ?". Et Metro Sport de surenchérir : "Vous nous imposez le FMI, nous mettons en pièces votre Euro. Et notre pays est parcouru par une vague de bonheur infini"".

Si la réaction populaire est vive, et compréhensible, celle des joueurs est plus modérée.
"On ne peut pas mêler le football et la politique. Le football est un jeu  et nous allons jouer pour prendre du plaisir", a déclaré l'attaquant Giorgos  Samaras mardi en conférence de presse. "Nous ne jouons pas seulement pour nous-mêmes mais pour les 11 millions de  Grecs à la maison. Nous avons réussi à leur apporter de la joie en battant la  Russie et nous espérons faire la même chose vendredi", a poursuivi le joueur.

Löw : "Contre la Grèce, nous ne voyons que l'aspect sportif"

La tendance est aussi à l'apaisement côté allemand. Quand on lui demande de donner son opinion sur les relations tendues entre Grèce et Allemagne, le sélectionneur Joachim Löw préfère répondre par une pirouette. "La situation politique... Vous savez qu'entre Angela Merkel et nous, il  y a une très bonne relation. On s'est fixé une règle, elle n'essaye pas  d'influencer ma composition d'équipe et mes orientations tactiques et moi je ne  me mêle par des déclarations politiques." Certainement la meilleure des réponses. Si l'ironie de la rencontre dans le contexte actuel doit être soulevée, elle ne doit pas prendre le pas sur l'enjeu de la rencontre. Une demi-finale d'Euro. Rien de plus. "Pour nous c'est un quart de finale  tout à fait comme les autres, contre la Grèce et nous ne voyons que l'aspect  sportif". Pas besoin de dépasser le simple cadre sportif.

Même son de cloche du côté de Lars Bender, auteur du but de la victoire face au Danemark (2-1) : "On connait tous la situation dans ce pays où les élections ont eu lieu dimanche. Mais il n'y aura aucune arrière-pensée le jour du match. Il faut oublier tout ça et se concentrer uniquement sur le football." Si les joueurs semblent prêts à ne pas tout mélanger, on espère que les supporteurs des deux nations seront au diapason. Pour éviter une autre crise, footballistique cette fois…