Obry Hugues joie 2004
Hugues Obry, lors des Championnats d'Europe 2003 | AFP-Jocard

Obry: "Aux jeunes d'écrire leur histoire"

Publié le , modifié le

Champion du monde et d'Europe en 1998, médaillé d'argent aux JO de Sydney, sans compter des titres par équipe, Hugues Obry apporte désormais tout son savoir à l'équipe de France d'épée en tant qu'entraîneur adjoint. L'ancien champion nous explique la manière dont il a vécu ce changement de carrière, et le regard qu'il porte sur l'escrime de 2010, n'hésitant pas à rappeler aux jeunes qu'ils ne doivent pas se reposer sur les performances du passé.

Vous êtes désormais entraîneur adjoint de l’équipe d’épée, n’est-il pas trop difficile de passer de l’autre côté de la barrière ?
- Non quand c’est bien préparé, prendre sa retraite sportive ne représente pas une difficulté particulière. Après, ce qui est difficile, c’est d’être un bon entraîneur. Il s’agit d’un travail de longue haleine, et pour l’instant cela ne se passe pas trop mal. On pourra voir à la fin de ces Championnats du monde si cela est bien parti ou pas.

Vous avez reçu une formation spéciale pour devenir entraîneur ?
- En fait j’ai commencé dès 2000 cette préparation. Et après ma carrière d’athlète, je suis vraiment rentré dedans, sur le terrain. J’ai donné beaucoup de moi entre 2005 et 2008 et je suis arrivé au poste d’entraîneur adjoint en étant suffisamment au point pour pouvoir aborder correctement ce poste.

L’adrénaline, rentrer sur la piste, cela ne vous manque pas ?
- Ce qui est bien c’est que l’adrénaline est toujours là et qu’elle est même quintuplé, voire sextuplé vu que l’on a huit à dix athlètes à s’occuper. Donc l’adrénaline est bien là. Je vis beaucoup avec mes tireurs, et c’est ce côté aussi qui est très passionnant. Dans ce métier, ce qui est dur c’est qu’il faut se mettre au niveau de chacun de nos tireurs. Ils ont des jeux différents, une approche différente, des personnalités différentes, ce qui est à la fois enrichissant et très prenant.

Vous ne regrettez pas votre carrière d’athlète ?
- C’est complètement différent. Je ne regrette pas ce que j’ai déjà vécu en tant que compétiteur. C’est clair que j’aurais bien voulu être à leur place aujourd’hui. Mais j’ai vécu ma vie d’athlète, et maintenant je donne autre chose. Je donne ce que je veux avant tout donner c’est du plaisir à mes athlètes. J’essaie de faire en sorte qu’ils ressentent autant d’adrénaline que j’ai pu ressentir, et une partie du boulot sera effectuée.

Votre expérience, votre palmarès vous ont-ils permis d’être plus reconnu par les athlètes ?
- Cela peut aider, mais les médailles ne font pas la fonction. Cela peut donner une légitimité quand on se trouve au bord de la piste, lors des entraînements. Mais on peut être un très bon tireur et un très mauvais entraîneur. J’essaie donc de devenir à présent un bon entraîneur, c’est mon but.

Quel regard portez-vous sur l’escrime d’aujourd’hui ?
- L’escrime a beaucoup évolué ces dernières années. De nombreuses nations ont émergé comme les pays asiatiques, l’Amérique, et il faut donc que nous soyons vigilants pour l’avenir, car si l’on reste sur nos acquis, on risque de déchanter assez rapidement. C’est pas parce que l’on a gagné des médailles il y a dix ans que l’on va encore en gagner aujourd’hui, et ça c’est un vrai travail à faire auprès des jeunes. Les jeunes peuvent exister car ils ont le vent dans le dos, mais aujourd’hui ils n’ont encore rien montré. Ils ne peuvent pas vivre avec le passé des autres. C’est à eux d’écrire leur histoire, d’aller chercher des médailles.

Vous auriez aimé concourir dans un tel cadre ?
- C’est clair que cela donne envie, on a l’impression de se retrouver aux Jeux Olympiques. Cet aspect prestigieux, c’est beau, grand, il est évident que j’aurais aimé être là en tant qu’athlète. Être au milieu de la piste, gueuler et savourer un titre ici, cela doit procurer de belles sensations. Quant à la pression, qu’elle soit à Paris ou ailleurs… A Londres (ndlr ; lors des JO 2012) il y aura beaucoup plus de pression.

Romain Bonte

Championnats du Monde d'Escrime