Sara Errani exulte. Elle vient de se payer le scalp de Svetlana Kuznetsova
Sara Errani, en pleine réussite, qualifiée pour la finale | AFp - PASCAL GUYOT

Errani: "je n'avais jamais pensé à cela"

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Sara Errani n'en revient toujours pas d'avoir atteint la finale de Roland-Garros. Elle reconnaît que sans doute, jusqu'alors elle ne s'était pas persuadée qu'elle pouvait battre les meilleures. Elle explique ce qu'elle ressent comme émotion sans perdre de vue que rien n'est fait, et qu'il lui reste encore un match à jouer.

Le début du match a été retardé à cause de la pluie. Qu'avez-vous fait pour rester bien concentrée, car vous ne saviez pas à quelle heure vous alliez rentrer sur le court, comment vous êtes-vous préparée ?
 Sara Errani: Je sautillais un peu, ce n'est pas facile. J'ai écouté de la musique. J'ai essayé de ne pas trop réfléchir au match. Je ne savais pas à quel moment j'allais rentrer sur le court. Si on réfléchit trop au match, on perd de l'énergie, on devient nerveuse. Il faut essayer de penser à autre chose, de se détendre. Je suis restée sur le canapé dans les vestiaires. J'ai écouté de la musique, c'est tout.

Vous avez perdu contre Stosur, il y a peu, à Rome. Son service kické est un coup qui a donné beaucoup de problèmes à de nombreuses joueuses. Aujourd'hui, vous avez joué différemment. Vous rattrapiez la balle sur le rebond un peu plus tôt. Cela a-t-il contribué à votre victoire aujourd'hui ?
Sara Errani: Oui, mais, vous savez, lorsque j'ai terminé le match, j'ai dit que le match a dépendu de moi et pas seulement d'elle. C'est vrai que c'est une bonne chose pour moi. Je n'ai pas forcément joué mon meilleur tennis aujourd'hui. C'est vrai que c'est une énorme serveuse, mais moi j'aime recevoir. Il fallait également très bien servir, parce qu'elle reçoit très, très bien. Ce n'était pas facile. J'ai juste essayé de lire son lancer de balle. Je me suis concentrée là-dessus. En revanche, du fond du court, j'étais en forme. Elle est très, très forte mais j'étais bien. J'étais bien quand je courais. C'était bien. L'important était de savoir bien servir et bien.

Il y a eu plusieurs changements de rythme au cours de ce match. Il y a eu des hauts, des bas. À 4-3, c'était très tendu. Vous avez à maintenir votre calme en général. Une joueuse qui atteint ce niveau-là pour la première fois perd son calme. Pouvez-vous nous nous dire ce que vous pensiez à ce moment -là ?
Sara Errani: En fait,  j'étais très nerveuse, mais en même temps j'étais très, très concentrée sur le jeu. Peut-être avait-elle plus de pression sur les épaules. Moi, je voulais simplement me concentrer sur ce que j'avais à faire. Je voulais oublier tout le reste, oublier où j'en étais et où j'étais. J'étais sans doute plus concentrée qu'à d'autres moments sur ces points très importants. J'essayais de tout oublier et de faire ce que je voulais faire. J'essayais de placer la balle où je voulais l'envoyer. C'est comme cela.

Sara, vous avez dit, dans une précédente interview, que vous aviez changé de raquette, que c'était très important. Qu'est-ce qui a changé ? Le manche plus long ? Le tamis plus large ?
Sara Errani C'est le manche qui est plus long. cela me donne plus de puissance. C'est comme si quelqu'un avait un bras plus long... J'ai allongé mon bras avec la raquette. Cela donne plus de spin et de puissance. Quand on réussit à bien contrôler cela, on a plus de puissance. Et puis, la raquette... On a plus de puissance et plus de longueur.

Sara, c'est votre première finale de Grand Chelem. À partir de dimanche, vous ferez votre entrée dans le Top Ten. Ce tournoi est-il le jackpot pour vous ?
Sara Errani: Peut-être que oui. Je ne sais pas. Je n'avais jamais pensé à cela. C'est incroyable pour moi, je ne m'y attendais absolument pas. J'arrive en finale, je ne sais pas quoi dire. Pour ce qui est des matches, tous étaient très difficiles, peut-être même que c'était le premier tour qui était le plus difficile. Tous les matches que j'ai joués sont des matches que j'ai bien joués. Je pense avoir joué un bon jeu. Mais rien n'est fini. Il faut que j'y pense. J'ai encore un match à jouer. Je ne m'y attendais pas. Je ne me sens pas dans la peau d'une joueuse qui est dans le Top Ten. Très honnêtement, c'est une sensation très bizarre. Après ce tournoi, il va falloir que je me détende, que je réfléchisse. Peut-être que mon problème a toujours été que je n'ai jamais réussi à croire vraiment que je pouvais battre les très grandes joueuses. J'en ai battu trois d'affilée. J'atteins la finale d'un Grand Chelem. Il va falloir que je commence à réfléchir autrement. Je ne sais pas. Je n'arrive pas à l'expliquer.

Sara, après Schavione, est-on en train de créer une tradition italienne à Roland Garros, de ton point de vue ?
Sara Errani: Eh bien, je ne sais pas. Oui, Francesca a remporté le tournoi il y a deux ans. Je suis en finale. Nous sommes également en finale en double. Peut-être que oui. Francesca est montée en puissance pendant tout le tournoi lorsqu'elle l'a gagné. On peut dire qu'elle me motive. Mais moi, je pense surtout à jouer. Le plus important pour moi est de jouer mon jeu, d'essayer de rester dans le court le mieux que je peux, sans trop réfléchir à ce que je fais, parce que cela n'aide pas. J'ai une énorme motivation. Je veux simplement essayer de jouer mon jeu.

Christian Grégoire