Tennis, rugby, JO… Ces sports qui peinent à trouver leur place dans le jeu vidéo

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
Le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros dans la simulation Tennis World Tour 2
Le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros dans la simulation Tennis World Tour 2 |

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En plein Roland-Garros, les fans de tennis et de jeux vidéo voient débarquer la simulation Tennis World Tour 2 en rayons. La petite balle jaune signe son retour dans le paysage vidéo ludique ces dernières années après une longue traversée du désert. Et si ce nouvel opus se montre convaincant, bien que perfectible, de nombreux autres sports ne peuvent en dire autant et ne disposent d'aucune simulation digne de ce nom.

Le sport et les jeux vidéo deux amis, deux frères d'armes souvent. Le monde vidéoludique a rapidement su faire du sport une de ses vitrines favorites, de l'ancestral Pong de 1972, sorte de tennis minimaliste, aux mastodontes FIFA et NBA 2K aujourd'hui, aux moyens colossaux. Et aujourd'hui, le sport fait une large place à ces simulations tant dans les habitudes de la génération actuelle de sportifs que dans les colonnes de recettes des clubs. Mais derrière ce principe générique se cache une réalité plus contrastée. Certaines disciplines se sont pour certaines essayé à l'exercice de la manette ou du clavier/souris, sans franche réussite. D'autres n'ont jamais eu l'occasion de voir naître un jeu digne de ce nom, ni même de vraie tentative aussi poussive aurait-elle pu être.

Fidèle à sa genèse, le monde du jeu vidéo voit ces dernières années le retour du tennis, un des sports les plus populaires au monde. Si ce sport individuel a tout pour être un cadre presque idéal pour des affrontements entre amis face à l'écran en un-contre-un, il a cependant longtemps disparu de la circulation. En 2011 pourtant, l'excellent Top Spin 4 faisait l'unanimité, tant du côté des joueurs que de la critique. Un opus resté sans lendemain à l'image de son rival plus orienté "arcade" et plaisir Virtua Tennis 4, sorti la même année. Il a fallu attendre 2018 et les sorties de AO International Tennis, jeu officiel de l'Open d'Australie et de Tennis World Tour, son pendant pour Roland-Garros (entre autres) pour pouvoir de nouveau se prendre pour le nouveau Roger Federer sans bouger de son siège.

"Le tennis est un entredeux"

Mais qu'est-il donc arrivé au tennis pour ne plus justifier d'exister dans le monde du jeu vidéo, alors que le circuit masculin vivait peut-être ses plus belles heures avec la domination du Big Four, et que le jeu vidéo connaissait un essor constant ? "Ce sont des décisions stratégiques, et c'est la triste réalité pour les sports un peu moins populaires, nous explique Clément Nicolin, product manager chez Nacon, l'éditeur de Tennis World Tour 2, sorti le 24 septembre dernier. Certaines disciplines n'ont pas une popularité suffisante, un marché pas toujours suffisamment grand donc un jeu n'aurait pas vocation à exister.

Malgré son million de licenciés en France et sa place bien établie parmi les sports les plus suivis dans le monde, le tennis a fini par ne plus convaincre 2K Sports, ancien éditeur de la licence Top Spin et qui s'est aujourd'hui focalisé sur NBA 2K, sa série autour du basket nord-américain et du catch. Mais entre une simulation très poussée techniquement et un jeu facile à jouer et amusant (à l'image d'un Mario Tennis, sorti sur les consoles Nintendo), le juste milieu est difficile à atteindre. "Les plus gros studios, dits triple A, comme 2K Sports ou Electronic Arts ont des budgets énormes et potentiellement de très nombreux joueurs derrière eux. Mais le tennis est un entredeux et c'est difficile de faire un jeu là-dessus."

C'est pourtant ce que Nacon, filiale des Français de chez BigBen, a choisi de faire avec Tennis World Tour 2, quelques mois après la commercialisation d'AO Tennis 2, qui s'était montré plutôt agréable. "TWT2" peine à atteindre la hauteur d'un Top Spin 4 mais réussit au moins ce que les fans de ce sport attendaient depuis longtemps : avoir, enfin, une simulation crédible de tennis. "Avec les moyens qui sont les nôtres, la question que l'on s'est posé avant de se lancer est de savoir si on peut faire des jeux intéressants à la fois pour les joueurs de jeu vidéo et les passionnés de sport ? On doit trouver l'équilibre entre quelque chose de précis, mais aussi marrant à jouer. On ne va pas faire du foot, du basket, déjà bien exploités. Et le tennis est un sport évident, populaire."

L'énigme des JO

Nacon s'est fait la spécialité de miser sur des disciplines bien connues du grand public mais "laissées pour compte" des géants du jeu vidéo comme le handball, ou le rugby, sports majeurs dans l'Hexagone. Malheureusement, dans un monde vidéoludique où les simulations de tout et n'importe quoi pullulent - des enfants réduits façon "Chéri, j'ai rétréci les gosses" devant survivre face au danger d'un jardin, à l'incarnation d'une tranche de pain ou d'un cafard – être le nouveau Antoine Dupont ou Nikola Karabatic manette en mains relève plus d'une souffrance que d'un plaisir. Tennis World Tour premier du nom, était d'ailleurs lui aussi assez loin du chef-d'œuvre, avant un deuxième épisode autrement plus sérieux. "Se décider à sortir un jeu comme celui-là, c'est un alignement de plusieurs choses, détaille Clément Nicolin. On est proche de la Fédération Française de Tennis, de Roland-Garros. Pleins d'acteurs nous amènent des signaux positifs autour de l'existence d'un jeu sur leur sport. Mais cela reste un test à chaque fois, on avance sans certitudes."

Sur les vingt sports qui comptent le plus de licenciés en France, plus de la moitié – comme l'équitation, troisième discipline la plus pratiquée - ne possèdent aucune simulation récente digne de ce nom. 2K Sports s'est toutefois lancé dans le golf en obtenant la licence du circuit nord-américain et en sortant PGA Tour 2K21 le 21 août dernier. Mais ni l'éditeur américain ni son grand rival EA Sports n'ont souhaité pour le moment répondre à nos questions sur leurs choix de licences sportives. 

Au milieu de ce grand flou, l'événement sportif le plus suivi au monde brille par son absence. Les JO n'existent dans le jeu vidéo que sous le prisme du fun avec les jeux Mario et Sonic aux Jeux Olympiques. Il faut remonter aux Jeux de Londres en 2012 pour trouver la trace d'une simulation décente, et même franchement plaisante. "Pour les JO, c'est une addition de sports, on est plus sur des mini-jeux que sur des jeux complets, explique Clément Nicolin. Mais on ne peut pas se permettre d'avoir un niveau digne d'un FIFA sur l'athlétisme, d'un NBA 2K sur la natation…" Hama Doucouré, chargé de la communication chez Nacon, abonde : "les JO, entre le temps de discussion, les licences à obtenir, les accords à trouver, les coûts que cela représenterait… Ce serait beaucoup trop compliqué."

Les Jeux Olympiques ont pourtant bien leur jeu officiel. Tokyo 2020 a été annoncé avec un des géants vidéoludiques aux manettes, Sega. Mais l'éditeur japonais reste très opaque sur cet opus. Aucune date de sortie officielle n'est connue sur le continent européen, alors qu'une édition est disponible au Japon depuis… 2019. Sega n'a pas souhaité donner suite à nos sollicitations.

Dommage pour les fans de judo, ou de gymnastique. London 2012 avait pourtant retrouvé un second souffle sur les plateformes de streaming durant le confinement (plus d'heures visionnées sur Twitch en avril et mai 2020 que sur l'ensemble de la période 2017-2019) pour se consoler du report des Jeux de Tokyo. En pleine crise sanitaire et alors que les gymnases sont fermés au grand public, il faudra donc se montrer patient avant de pouvoir s'essayer à ces disciplines olympiques.

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