Quand le handisport se met au esport

Publié le , modifié le

Auteur·e : Antoine Limoge
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Véritable phénomène ces dernières années, l'esport a séduit la Fédération française de handisport qui a décidé de lancer sa propre ligue virtuelle. Et la crise liée au coronavirus n'a fait qu'accélérer son développement.

7,3 millions de pratiquants réguliers, 14 millions de pratiquants occasionnels en France, l'esport est en plein boum. La fédération handisport a donc réfléchi à mettre place cette pratique esportive. L'idée a été initiée il y a déjà un an avec l'aide de l'association CapGame. Cette dernière facilite l'accès aux jeux vidéos pour les personnes en situation de handicap. "Le rapprochement s'est fait naturellement entre nos deux structures", raconte Jérôme Dupire, président et co-fondateur de Cap Game. "Le combo était parfait puisque nous amenions notre expertise de l'accessibilité aux jeux et la fédération handisport amenait son expérience de l'adaptation ainsi que ses connaissances plus précises sur les personnes handicapées. Il fallait imaginer ensemble un esport accessible à toutes et tous", enchaîne-t-il.

La crise du Covid-19 n'a fait qu'accélérer la mise en route du projet, les compétitions handisport étant elles aussi à l'arrêt depuis le confinement. La fédération voulait donc trouver un moyen d'occuper au plus vite ses licenciés mais pas seulement. En effet, la fédération a décidé d'élargir les inscriptions grâce à des "passeports" pour toute personne n'ayant pas de licence. Ils sont une centaine à être inscrits pour le moment. Mais ce n'est que le début. 

Le esport, un moment bénéfique de partage et d'inclusion 

"On commence petit à petit. On veut d'abord voir les retours qu'on a sur ce projet", explique Mai-Anh Ngo, secrétaire général de la fédération handisport en charge du projet e-sport. "Au sein de la fédération nous proposons quatre types de football (foot fauteuil, foot mal marchant, cécifoot et le foot sourds), mais grâce au jeu de football Pro Evolution Soccer, tout le monde pourra jouer ensemble" s'enthousiasme-t-elle. Le but principal est de permettre à ces licenciés handisport ou non de se retrouver, de partager un moment convivial. Lors des tournois, les participants peuvent passer par l'application Discord pour échanger entre eux. Un vecteur sociale bénéfique pour les personnes en situation de handicap. Mais ce n'est pas le seul effet positif.

Pour Frédéric Rusakiewicz, médecin fédéral de la fédération française handisport, l'esport est bénéfique pour ses patients puisqu'il regroupe les trois domaines de la santé, à savoir le côté physique, moral et social. " Lors de la pratique du esport, les personnes en situation de handicap vont avoir une certaine intensité cardiaque qui leur fait du bien physiquement. Petit à petit, la pratique leur permet une amélioration de leur performance. Alors oui ce n'est pas une activité physique mais c'est déjà positif pour eux." Le retour du plaisir et le partage d'un moment et d'émotions sont aussi des atouts du esport pour donner envie aux sportifs handisport de se lancer dans le grand bain.

Thibault Prin, 18 ans, pratique le basket-ball en fauteuil ainsi que la natation depuis presque 13 ans. Fou de sport, le jeune homme n'a pas hésité lorsqu'il a vu la création du tournoi du célèbre jeu vidéo de football. "J'ai tout de suite été intéressé par le projet étant un grand joueur de jeux de simulations de sport. En cette période compliquée cela me permettait d'avoir des contacts même si ils n'étaient pas physiques, de rencontrer des gens, d'autres licenciés de la fédération handisport. Il y a un sens de la compétition mais il n'est pas exacerbé, il n'y a pas de rivalité. On est là pour rigoler. On est content les uns pour les autres. On peut discuter sur Discord en même temps. Ça fait du bien", confie le sportif, handicapé depuis sa naissance.

Quelle place pour ce esport/handisport ? 

La France du esport accueille très positivement cette nouvelle arrivée. "Plus il y a de joueurs mieux c'est pour le esport", explique Nicolas Besombes, vice président de France esport, une association qui a pour but de rassembler les acteurs de sport électronique dans l'Hexagone. " Il y a toujours eu des personnes en situation de handicap qui ont pratiqué du jeu vidéo en compétition. C'était toujours à eux de s'adapter en jouant, pour certains avec leurs bouches ou leurs pieds mais ils étaient là", rappelle-t-il. C'est pour cela que l'association a aussi travaillé étroitement avec la fédération française handisport afin de développer une pratique qui soit la plus inclusive possible pour toutes et tous. " C'est un milieu très élitiste. Le but est toujours d'être meilleur que les autres mais ça reste une pratique sociale, il ne faut pas l'oublier. À ce titre-là, le handi-esport a tout à fait sa place dans ce monde", martèle Nicolas Besombes, également chercheur au CNRS.

La difficulté maintenant pour la FFH et sa ligue esport est de se faire connaître. Mai-Anh Ngo souhaite "rendre cette communauté en situation d’handicap visible pour que les grands producteurs de jeux se rendent compte qu’il y a aussi une clientèle derrière. Ils ont un intérêt à développer un jeu qui répond à une conception universelle et qui puisse s’adapter à un panel plus large que les joueurs qui peuvent utiliser leurs 10 doigts." Une loi est même déjà passée aux Etats-Unis obligeant désormais les développeurs de jeux vidéo à rendre leurs produits accessibles à la portée de tous.

Une pratique esportive également comme porte d'entrée au sport 

Les premiers retours sont positifs et la fédération française d'handisport a d'autres objectifs. "On a pour but aussi de se servir de l'esport comme un phénomène d'attraction pour montrer aux jeunes en situation de handicap qu'il y a tout un panel de possibilités pour eux. Souvent ils ont une barrière et se disent qu'ils n'y arriveront pas, on veut essayer de leur montrer que justement tout est possible", nous précise Mai-Anh Ngo, chargée à la fédération du projet esport. Donner envie aux plus jeunes handicapées de rejoindre la fédération à travers une ligue esport, voilà un autre objectif.

" L'esport ne remplacera jamais le sport mais il s'en rapproche et c'est déjà une étape de franchie pour certains. Ensuite cela permettra de les mobiliser à la pratique du sport", assène Frédéric Rusakiewicz, le médecin fédéral de la FFH. Il met quand même en garde face à une pratique excessive des jeux vidéo. "Il faut faire très attention néanmoins puisqu'il y a de forts risques d'addiction. Le temps passé devant les écrans peut aussi être problématique mais tant que c'est bien encadré c'est positif", nuance-t-il. Ce rapprochement entre le handisport et l'esport ne fait que débuter mais il part sur de très bonnes bases.

Antoine Limoge

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