Cyril Desprès maculé de boue
Cyril Desprès (KTM) maculé de boue | PHILIPPE DESMAZES / AFP

Une histoire à dormir de boue

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Coma et Desprès ne passeront pas leurs vacances ensemble. Ils n'iront pas en thalassothérapie non plus. Si les deux leaders avaient enterré la hache de guerre avant ce Dakar 2012, l'épisode boueux de lundi a replacé la relation des motards en eaux troubles. En cause la décision du jury des commissaires de recréditer le pilote français et les autres victimes d'un bourbier non indiqué par le road-book. En redonnant 9'14" à Desprès le Dakar est relancé. Coma enrage !

Il y a deux ans, Marc Coma avait été pris par la patrouille en flagrant délit de changement de roue pendant une étape. Les deux premières années du Dakar Sud-américain, la fiabilité des mousses laissaient grandement à désirer. Nombreux y avaient laissé une roue et leurs espoirs de podium. "Balancé" par son coéquipier de KTM et trahi par les images de FranceTélévisions, l'Espagnol avait écopé d'une lourde pénalité ne lui laissant aucun espoir de victoire finale. Desprès s'était donc imposé assez facilement.

Hier, les commissaires ont à nouveau volé au secours du triple vainqueur du Dakar. Le leader du classement ouvrait "tranquillement" route quand, au km 11, il a planté sa KTM dans un océan de boue. Premier sur les lieux, Desprès n'avait aucun repère visible pour éviter le piège. Pas de blessure malgré la chute mais une moto complètement engluée et impossible à sortir seul. "Entre la voiture d'ouverture qui est passée il y a deux jours et aujourd'hui il y a eu un torrent de boue. Ce n'était donc pas signalé par le road-book, et j'ai été le premier à me faire piéger." Derrière, Coma comprenait vite la situation en arrivant sur ce 11e kilomètre de la spéciale et prenait la route à droite. Il évitait le traquenard et pouvait ouvrir à fond les gaz pour accentuer son avance. Ullevalseter et Gonçalves n'avaient pas cette chance et rejoignaient Desprès dans le bourbier.

Dans sa mésaventure, Cyril Desprès perdait gros. 17'20" de retard à l'arrivée sur Coma et quasiment le Dakar. Décapité, le suspense de la course moto allait reprendre vie de longues minutes après l'arrivée. Les commissaires considéraient que le road-book n'avait pas pu être mis à jour par les ouvreurs passés deux jours plus tôt et qu'en conséquence il fallait redonner du temps aux motards pris au piège par la boue. Desprès récupérait 8'6". S'il abandonnait la tête à Coma, rien n'est perdu car l'Espagnol n'a qu'une minute 1'26" d'avance au général. Chez KTM, les sentiments étaient partagés... "Pendant que KTM accueillent avec plaisir la décision des officiels de réhabiliter les motards touchés et les recréditer en temps, la compagnie pense que Coma aurait lui aussi dû être crédité en temps car il a été affecté, même si c'est à un degré moindre que son coéquipier, a indiqué Alex Doringer, le team Manager for de KTM Factory Team. Si cette décision est basé sur un fairplay sportif, alors le temps de Marc doit lui aussi être ajusté".

En passant à travers la boue et en attaquant pour accentuer son avance, Marc Coma pensait en tirer un grand bénéfice. C'est pourquoi la décision des commissaires l'a mis dans un grosse colère. "Les risques que nous prenons sur la moto sont très élevés et les décisions des commissaires très faciles", a-t-il indiqué sur le site espagnol As. "L'esprit du rallye, c'est tout cela : traiter et surmonter les difficultés de la route aussi rapidement que possible. Je comprends parfaitement les intérêts de Desprès et je n'ai rien contre lui. Mais c'est comme si vous restez accroché sur une dune et vous récupérez le temps perdu. Cela va contre l'esprit de la course. J'espère que ASO va réfléchir un peu. La décision le directeur de course n'est pas la bonne décision." L'Espagnol ne mâche pas ses mots. La bataille en piste n'en sera que plus belle pourvu qu'aucun incident ne vienne la contrarier.