Sébastien Loeb lors de l'arrivée à Lima
Sébastien Loeb lors de l'arrivée à Lima | AFP

Sébastien Loeb, un Dakar entre regrets et promesses

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Troisième du classement général à l’arrivée à Lima, Sébastien Loeb (PH Sport) ne remportera pas son premier Dakar cette année. La victoire finale est revenue au Qatarien Nasser Al-Attiyah (Toyota), déjà sacré en 2011 et 2015. Un résultat qui peut sembler injuste aux yeux de l’Alsacien, parvenu à s’imposer sur 4 étapes en 10 jours. Mais plombé par des ennuis mécaniques, Loeb n’aura jamais pu rivaliser avec Al-Attiyah, dont la prime à la régularité lui offre un succès mérité.

Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Deuxième du Dakar en 2017 et contraint à l’abandon l’an dernier, Sébastien Loeb doit une nouvelle fois se contenter d’une place d’honneur sur le rallye raid. Troisième du général à 1h54 du vainqueur Nasser Al-Attiyah (Toyota), le nonuple champion du monde des rallyes a souffert, mais aussi brillé sur les routes péruviennes. Il termine d’ailleurs meilleur pilote de cette édition en termes de victoires d’étapes, avec 4 succès, un de plus que son homologue Qatarien (3).

C’est dire si la déception du Français doit être grande ce jeudi, au soir de l’arrivée à Lima. Sébastien Loeb est un compétiteur, et s’il n’avait pas nécessairement affiché ses ambitions de victoire avant le Dakar, l’ancien pilote Peugeot savait qu’il pouvait jouer un rôle majeur au Pérou. "J’y vais avant tout pour participer. Après, je trouve qu’il est difficile de faire un pronostic sur une coure comme celle-là, étant donné que je n’ai pas le droit de rouler avec la dernière version des Peugeot ", avait-admis astucieusement Loeb à quelques semaines du départ.

La raison de ce manque d’optimisme ? Le choix du Français de faire appel à une structure privée pour concourir. Exit Peugeot, Sébastien Loeb et Daniel Elena, accompagnés par des sponsors tels que Red Bull, Bardahl et PH Sport, ont dû apprivoiser un véhicule de deux ans d’âge. Pas simple, quand on a l’habitude d’être suivi par une des plus grosses écuries du plateau automobile (Peugeot, Toyota, Mini, Ford). Mais le binôme n’avait pas vraiment le choix, en raison de l’arrêt du programme d’usine de Peugeot.

Loeb a su rebondir en ouvrant la voie

Malgré un parcours raccourci aux seules frontières péruviennes, Loeb n’a pas débuté cette édition 2019 en pleine confiance. Contraint à l’abandon l’an dernier après plusieurs ensablements, l’intéressé reconnaissait lui-même il y a peu ne toujours pas savoir comment passer une dune. Pourtant, il a rapidement démontré cette année qu’il avait appris de ses erreurs. L’Alsacien a bouclé la première étape entre Lima et Pisco avec 6 minutes de retard sur Nasser Al-Attiyah, avant de se rattraper, et de signer sa première victoire le lendemain, à San Juan de Marcona. S’en est alors suivi une succession de hauts et de bas pour le duo Loeb/Elena, qui a connu ses premières galères lors de la troisième étape péruvienne. Entre soucis de moteur et problèmes de road-book, les deux hommes ont perdu gros, près de 42 minutes sur le vainqueur Stéphane Peterhansel (Mini).

Bis repetita lors de l’étape 4, où trois crevaisons ont de nouveau fait perdre du temps à l’équipe PH-Sport. Autant de pépins qui ont considérablement énervé le copilote du Français, Daniel Elena : "Nous étions dans le coup jusqu’à se retrouver piégés par le road-book (…) On va en parler avec l’organisation du Dakar" tweetait le monégasque le 9 janvier, avant d’enchaîner deux jours plus tard "C’est reparti pour une étape sans motivation. Si je suis dans le baquet, c’est pour Seb, au nom de notre amitié" a enchéri Elena, visiblement désabusé.

Des difficultés qui n’ont toutefois pas entamé le moral du nonuple champion du monde WRC. Sans jamais perdre espoir, Sébastien Loeb a tout écrasé lors des étapes 5 et 6, qu’il a toutes les deux remportées devant un Nasser Al-Attiyah, modèle de gestion et de régularité. Trois victoires en 6 courses. Le Français signait son retour dans la course pour la victoire finale, même si 37 minutes le séparaient toujours du leader Qatarien.

Une étape 9 cauchemardesque

Pour la première fois sur ce Dakar 2019, Sébastien Loeb parvenait donc à s’imposer en ouvrant la voie, chose qui l’avait pénalisé quelques jours plus tôt, mais aussi en 2018, lorsque le Français avait dû abandonner, coincé dans une dune entre Arequipa et San Juan de Marcona. Un exploit que l’équipe PH Sport n’est pas parvenu à reproduire par la suite, malgré une nouvelle victoire lors de la huitième étape. La veille, Loeb et Elena perdaient 28  minutes en raison d’une nouvelle panne. Mais les espoirs du Français ont définitivement pris fin lors de la neuvième spéciale autour de Pisco. Parti en tête avec une avance portée à 9 minutes sur Al-Attiyah, Sébastien Loeb a dû s’arrêter à quelques kilomètres de l’arrivée, piégé dans une portion de dunes. Résultat, une 17e place et 1h15 de perdu sur le vainqueur du jour.

Cette fois c’en était trop pour l’ancien pilote Peugeot. En fin d’étape, Sébastien Loeb a laissé échapper sa frustration, une première depuis le départ de Lima : "On va prendre l’avion et se casser d’ici" a plaisanté le Français aux côtés d’un Daniel Elena visiblement d’accord. Malgré les déboires, les deux hommes sont repartis, signant deux podiums sur les trois dernières spéciales. Une réaction de champions, qui peut toutefois laisser un goût amer au binôme. "On a perdu trois fois du gros temps. Les deux qui sont devant n'ont pas eu de soucis. Mais, globalement, on était plus rapides sur le terrain, c'est encourageant. C'est sympa. On fait de supers spéciales. C'est toujours un podium mais ce n'est pas une victoire... Après tous les soucis, ce n'est pas si mal" a commenté Loeb lors de l’arrivée à Lima.

Rendez-vous en 2020 ?

Un constat lucide, qui laisse de l’espoir au Français. Comme il l'a lui-même reconnu, Sébastien Loeb était sans doute le pilote le plus rapide sur ce Dakar 2019. Malgré un véhicule moins performant, l’Alsacien a su tirer son épingle du jeu et démontré toutes ses qualités de pilotage dans les dunes. Celles-ci lui ont permis d’enlever 4 étapes et plusieurs podiums, mieux que n’importe quel autre concurrent en autos. Mais on ne remporte pas un Dakar en roulant vite, Nasser Al-Attiyah est bien placé pour le savoir. Le Qatarien a su se montrer le plus efficace, le plus prudent quand il le fallait. Sa régularité lui a permis de l'emporter. 

Quid des prochaines éditions ? Si Loeb n'a toujours pas gagné le Dakar en 4 participations, ses performances en 2019 laissent clairement penser que le Français n'a jamais été si proche de la victoire. Mais il faudra trouver les raisons de revenir. Une équipe, des sponsors, de la motivation ... autant de critères à ne pas négliger. "Ce mois de janvier ne me donne pas trop envie quand même. Je dois repartir direct ce soir pour des essais ce week-end avant le Monte-Carlo. Ce sont des journées bien serrées. Si on pouvait le décaler un peu, ça m'arrangerait. Avant de vendre un nouveau mois de janvier comme ça à mon entourage, il y a du boulot. Je me suis pris au jeu mais je suis parti le 2 et je rentre le 28. Ca commence à faire" a expliqué Sébastien Loeb, emprunté physiquement après 11 jours de course. 

Avant de repenser au Dakar, l'Alsacien devrait donc se tourner vers d'autres objectifs, à commencer par le rallye WRC. Loeb s'est engagé avec Hyundai pour participer à 6 étapes du prochain championnat du monde. De quoi occuper sa prochaine saison, avant de pourquoi pas, tenter de remporter son premier rallye-raid. Celui qui manquerait tant à son palmarès de champion.