Le Toyota Hilux de Giniel de Villiers Bolivie
Le Toyota Hilux de Giniel de Villiers dans l'étape marathon d'Uyuni (Bolivie) | FRANCK FIFE / AFP

Le Marathon pour tous

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Plus de mobile-home climatisés, plus d'armadas de mécanos: pendant 48 heures, ce sera "marathon" pour tous pour les concurrents du Dakar 2015, totalement isolés sur le salar d'Uyuni (Bolivie) ou au coeur de l'Atacama chilien.

Le principe de l'étape marathon est simple: un aller-retour, sur deux jours, avec durant la nuit des motards ou pilotes en totale autarcie, sans aucune assistance extérieure. Le retour aux racines du Dakar  en quelque sorte. "Le vrai esprit du Dakar ", selon Stéphane Peterhansel, 11 fois vainqueur, dont 9 fois en Afrique, heureux de retrouver un principe habituel chez les motos mais qui avait disparu chez les autos depuis 2005. En Afrique justement. Pour les voitures et les motos, l'étape marathon les a fait quitter Iquique au bord du Pacifique chilien pour monter sur le salar d'Uyuni et son gigantesque miroir de sel. Pour les camions, c'était également au départ d'Iquique mais l'escale était dans le désert d'Atacama. Retranchés dans un parc fermé, sous la surveillance des commissaires de course, les concurrents sont alors en totale autonomie. A chacun de réparer ce qui a été cassé, comme l'a fait Romain Dumas avec son buggy.

Porteurs d'eau moto

"La seule chose autorisée est l'assistance entre pilotes. A eux de jouer, avec les outils que nous leur mettons à disposition", explique Marc Ducrocq, directeur de la course moto. Ils peuvent même échanger complètement leur moteur entre coéquipiers, comme l'avait fait Cyril Despres, désormais chez Peugeot, quand il était encore motard chez KTM, en 2013. Clefs à molette, air comprimé pour nettoyer les filtres à air, poste à souder: chaque pilote doit se transformer en mécano d'un jour. D'où une stratégie de course à adapter, pour limiter la casse au maximum, à l'aller au moins ! Voire des accords entre pilotes ! "Au sein des grosses écuries motos, les moins bien classés ont souvent consigne de ménager leurs pneus, pour échanger avec leurs leaders lors de l'escale marathon", explique Marc Ducrocq. Chez Honda, on ne cache pas que Joan Barreda et Paulo Gonçalves, 1er et 3e au général, seront prioritaires sur les pneus les moins usés. Avec même la possibilité pour les cinq pilotes officiels de faire appel aux services des trois coureurs de la filiale Honda Amérique du Sud, explique Pep Segales, responsable de presse de l'écurie nippone. "Un peu comme les porteurs d'eau dans le vélo, en fait", explique David Castera, le directeur sportif de l'épreuve.

Etroite surveillance et lits picots

Pour décourager les resquilleurs, tout est soigneusement "marqué" au départ d'Iquique. Chaque roue et chaque pneu des motos et autos au départ sont ainsi tatouées avec un sticker indécollable, une technique importée du moto GP: "Histoire d'éviter qu'un concurrent trouve par miracle une roue au bord de la route!", sourit Marc Ducrocq. De même, lors de l'escale de l'étape marathon, aucune visite n'est possible chez les concurrents, totalement isolés du reste de la caravane du Dakar. Histoire d'éviter les trocs en douce. Et pour les interviews, ils passeront par une zone mixte, où les attachés de presse des écuries seront interdits de séjour. Mais le principe de l'étape marathon, c'est également l'idée d'un confort égal pour tous. A Uyuni par exemple, tous les concurrents, de Marc Coma, quadruple vainqueur moto chez KTM, à Stéphane Peterhansel, désormais au volant du buggy Peugeot, en passant par CS Santosh le bizuth indien ou Jorge Lacunza le benjamin argentin de la course, ce sera le même lit picot, dans les dortoirs de la même caserne de l'armée bolivienne. Même lit donc, et même vêtements! A Uyuni, tous recevront ainsi le même paquetage des organisateurs boliviens, pour pouvoir quitter leurs combinaisons de course durant la nuit: une trousse de toilette, un pyjama, un tee-shirt, un sweat-shirt, un poncho et un chapeau ! Idem pour les camionneurs, dans l'Atacama. "Parfois ils sont à la limite du ridicule, c'est vrai", sourit David Castera: "Mais le principe c'est que ce soit couleur locale !"

AFP