Décès de Pierre Cherpin : les malle-motos, aux racines de l'aventure Dakar

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
Un concurrent participant au Dakar 2021 en "malle-motos"
Un concurrent participant au Dakar 2021 en "malle-motos", le format "Original by Motul", le 3 janvier 2021, entre Djeddah et Bisha. | JULIEN DELFOSSE / DPPI MEDIA / AFP

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Décédé jeudi soir lors de son rapatriement en France après une chute, Pierre Cherpin n'était pas n'importe quel motard. Le Français faisait partie des "malle-motos", une race unique d'aventurier. En moto ou en quad, ces pilotes se lancent dans le Dakar sans assistance et avec des moyens très limités. Mais pas sans les risques que comporte le rallye-raid.

Il est des sports où le dépassement de soi, nécessaire à tout athlète, prend son sens absolu. Le rallye-raid est une des disciplines les plus difficiles, et le Dakar une plongée dans l'inconnu. Dans ce sport où l'épreuve et l'aventure ne font qu'un, les malle-motos font figure d'espèce à part. Officiellement baptisées "Original by Motul", ces malle-motos sont le témoin de l'héritage du Dakar sur plus de quatre décennies.

Sans assistance, ces pilotes vivent pour certains l'aventure d'une vie. Au risque de la perdre, comme Pierre Cherpin, tombé sur la route de Sakaka et décédé dans l'avion le ramenant en France jeudi. 

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Le Nordiste était de ces doux dingues, adepte des défis au guidon de sa Husqvarna ou de son voilier, son autre grande passion. Pour Cherpin comme pour les autres malle-motos, prendre part au Dakar, ce n'est pas pour voir son nom dans le haut des classements. "Je suis un amateur, je n’y vais pas pour gagner ou pour monter sur les podiums mais pour vivre une aventure, pour découvrir des paysages que je n’aurais jamais eu l’occasion de voir" évoquait-il sur le site du Dakar. "Je ne suis pas un bon pilote" ajoutait-il au terme d'une première étape galère.

Pour ces concurrents, la traversée de l'Arabie Saoudite, déjà tout sauf une sinécure pour le moindre participant, a des airs des Douze travaux d'Hercule. Car être une "malle-moto", c'est choisir de vivre le Dakar dans son ADN le plus pur mais aussi le plus dur.

"Une solidarité qu'on ne retrouve nulle part ailleurs"

Dans ce format de course, les inscrits moto ou quad s'élancent sans la moindre assistance, à part… leurs collègues. Budget réduit pour s'aligner, pas d'équipe technique à l'arrivée, pas de staff aux petits soins dans le bivouac : seulement leur engin, une paire de roues, une tente, un sac de voyage et une iconique malle de 80 litres avec tout le nécessaire pour l'entretien de la machine et du pilote. Des pilotes navigateurs le jour et mécaniciens le soir venu, qui travaillent ensemble jusque tard pour réparer les dégâts faits en piste.

En désert comme en pleine mer, la course ne se fait pas en solitaire quand il s'agit de sauvetage. "Il y a une solidarité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs", estimait Patrice Carillon, participant de l'édition 2020 à l'AFP. "Si vous êtes avec une assistance, vous restez dans votre assistance, vous n’avez pas de contact avec les autres. Là on peut partager."

31 pilotes (13 nationalités différentes et une femme, l'Espagnole Sara Garcia) formaient cette communauté unique de forçats des dunes en 2021. Parmi eux, Pierre Cherpin, venu pour son quatrième Dakar. Le Nordiste était venu se tester pour la première fois sur le sol d'Arabie Saoudite après avoir parcouru le tracé en Amérique du Sud à trois reprises. Dès la première étape, Cherpin avait goûté pour voir.

"J’ai pris une grosse raclée. Je suis tombé quatre fois ! J’en ai pris une bonne, j’ai même déclenché mon airbag en m’envolant, avait-il raconté au site officiel de l'épreuve. Je n'aime pas les cailloux, les pierres ça me fait peur. Moi ce qui me plaît c’est le sable... Du coup, j’ai fini tranquille, je n’ai même pas voulu m’arrêter pour changer de masque quand la nuit est tombée car je ne voulais pas perdre cinq minutes de plus." Car pour ces galériens encore plus que pour le reste du bivouac, le temps est précieux entre heures de mécanique et un peu de sommeil à trouver avant de repartir le lendemain. "Parfois, [quand] ils arrivent, ce sont des zombies" admettait d'ailleurs Mathieu Marchand, Monsieur malle-moto du Dakar, en 2015 à l'AFP.

Le "Bébé" d'Auriol et une catégorie admirée par Alonso

Cette année-là, on pouvait lire sur la malle de Pierre Cherpin "On est avec toi, la force est en toi", message écrit par les proches du motard. Ce soutien n'avait pas suffi, une casse moteur l'empêchant d'arriver au terme du Dakar alors sud-américain, à Buenos Aires. "J’ai beaucoup d’admiration pour les malle-motos, expliquait l'Espagnol Fernando Alonso en 2020. J’ai eu l’occasion de les rencontrer. Ils sont très courageux et réalisent une vraie aventure." Ce vendredi, la famille de Cherpin a écrit d'autres lignes, cette fois pour confirmer que le Nordiste n'avait pas survécu à ses blessures lors de son rapatriement vers la France depuis l'Arabie Saoudite. 

Dans sa beauté cruelle, le Dakar ne fait pas de cadeau, en particulier aux deux-roues. Depuis la première édition en 1979, 27 participants ont trouvé la mort. 22 d'entre eux étaient motards. Après Paulo Gonçalves et Edwin Straver en 2020, Pierre Cherpin est le troisième motard à avoir perdu la vie en deux éditions sur les pistes d'Arabie Saoudite. Mais aussi le troisième amateur que le Dakar a emporté.

La malle-moto avait été imaginée notamment par l'ancien patron du Dakar Hubert Auriol, qui la considérait comme "son bébé". "L'Africain" nous a quitté dimanche dernier. Le jour où Pierre Cherpin tombait au sol, pour ne plus jamais se relever quelques jours plus tard.