Dans le rétroviseur

Dans le rétroviseur

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Le Dakar 2012 a tenu toutes se promesses en matière d’intensité et d’images spectaculaires, sur un parcours éprouvant où parfois comme les machines, les corps et les esprits se sont ensablés. Retour sur les points forts (et les points faibles) de ces quinze jours au cœur de l’aventure.

Le parcours: de la nouveauté

Les organisateurs ont voulu aller toujours plus haut. Dans le sens de l’altitude bien sûr, de l’autre côté de la Cordillère, mais aussi dans l’idée de hausser la qualité du parcours en proposant d’autres difficultés empruntées à d’autres paysages. La première partie était globalement connue avec toutefois quelques variantes sur des vallées nouvelles, une partie sableuse avec des changements de rythme permanents liés à la variété des pistes. Des terrains un peu fractionnés qui ont peut-être surpris quelques concurrents, en alternant des étapes considérées comme facile avec d’autres où il fallait entrer dans le dur.

Changement de décor après Arica, avec l’entré au Pérou. Là ce fut des dunes, encore des dunes, toujours des dunes. Avec des vraies difficultés pour fixer un cap, un vrai travail de navigation et une prime à l’expérience. Côté météo, une vraie chaleur lourde, rendue encore plus étouffante par la poussière soulevée par les véhicules de tous ordres, et un vent permanent et pénible. Un vent à peine suffisant pour calmer les ardeurs des concurrents, hormis sur les parcours côtiers où l’influence océanique donnait une légère sensation de fraîcheur.

Un univers impitoyable

Le Dakar reste une épreuve unique parce qu'elle développe un imaginaire chez le public, et donne corps à des envies d'aventures à nombre de pilotes potentiels. Mais le Dakar est impitoyable. Ses difficultés sont telles qu'il n'y a encore part à l'improvisation, tant dans la préparation, que dans la façon d'aborder les étapes les unes après les autres. On a vu le soir au bivouac, la déception des coureurs qui ont tout perdu sur une erreur, de ceux qui sont allés au bout d'eux-mêmes pour se sortir des pièges sans y parvenir, de ceux qui ont quitté la course prématurément parce qu'ils sont tombés ou accusaient la fatigue, ceux qui ont vu leurs espoirs s'évaporer lorsque le moteur de leur machine rendait l'âme, ceux qui insultaient leur motos qui refusaient de repartir, ceux qui pleuraient des larmes d'épuisement sur leur visage empoussiérés, ceux se sont faits de belles frayeurs au volant de leurs voitures ou de leurs camions. Enfin bref, des émotions humaines après des efforts presque surhumains.  

Quelques couacs

Du côté des incidents, n’oublions que ce Dakar avait commencé en demi-teinte, avec la mort du motard argentin Jorge Boero à peine passé inaperçue après les clameurs du nouvel an et de la fête populaire que Mar del Plata avait consacrée au rallye. Autre couac, l’étape annulée entre Fiambala et Copiapo avec la neige qui s’était invitée au col San Francisco dans la Cordillère des Andes qui a pris les organisateurs au dépourvu. Ils ont lancé « l’opération Guillaumet » pour finalement trouver des solutions de remplacement pour le transfert vers Copiapo. Mais ce fut très long et très pénible pour tout le monde.

Une machine de plus en plus gigantesque

Au rayon des déceptions:  la fin peut-être d’une belle image populaire qu’avait donnée la venue du rallye en Amérique Latine. Hormis évidemment à Mar del Plata pour le départ et à Lima pour l’arrivée, les bivouacs avaient plutôt des allures de camps retranchés. Le public n’était pas de la partie, repousssé derrière les barrières loin, si loin des pilotes qu’ils étaient pourtant venus voir. La dimension gigantesque dans laquelle est entrée le Dakar aurait-elle tué la proximité avec les autochtones ?

Ce gigantisme on le retrouve dans la professionnalisation à outrances, loin des improvisations et de l’aventure plaisir des premières éditions. Les amateurs purs et durs se font de plus en plus rares. Du fait de l’inflation des budgets, ou du reste, beaucoup reconnaissent que s’est installé un véritable business.

Il serait dommage que, tant en ce qui concerne la passion des motards pour ce grand défi qu’ils aimeraient se livrer à eux-mêmes que pour l’élan populaire, le Dakar en arrive à éteindre les rêves.

Pour 2013, le secret reste évidemment bien gardé. Le directeur sportif David Castera reconnaît beaucoup de contacts: "beaucoup de pays sont intéressés par la venue du Dakar. Tous les voisins d'Amérique du Sud. Il faut creuser les contacts et voir ce que l'on peut faire à l'avenir. Pour l'année prochaine, très rapidement nous allons effectuer des reconnaissances sur les parcours pressentis, pour jauger de la situation sur le terrain, en matière de course, des difficultés dont on peut se servir pour tracer les parcours. Mais aussi voir l'organisation de l'intendance. Seule chose quasi certaine: le Dakar 2013 se terminera au Chili. 

Christian Grégoire