Dakar : les cinq dates à retenir dans la carrière d'Hubert Auriol

Publié le , modifié le

Auteur·e : Théo Gicquel
Hubert Auriol en tant que directeur du Dakar lors de l'édition 2000.
Hubert Auriol en tant que directeur du Dakar lors de l'édition 2000. | AFP

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Deux fois vainqueur du Paris-Dakar en moto en 1981 et 1983 puis en auto en 1992, Hubert Auriol est décédé ce dimanche 10 janvier à l’âge de 68 ans. Celui qui était surnommé "l’Africain" avait ensuite rejoint l’organisation du mythique rallye-raid entre 1995 et 2004. Retour sur les cinq moments qui ont marqué sa carrière.

• 1981 : première victoire sur le Dakar

Il n’a fallu que deux galops d’essai à Hubert Auriol pour saisir toutes les arcanes d’une course aussi incertaine que le Paris-Dakar. Pour sa première participation en 1979 au guidon d’une Yamaha 500 XT, le natif d'Addis-Abeba se classe douzième du général. Fort de sa première convaincante dans le désert, il remet ça l’année suivante mais est disqualifié pour avoir eu recours à un taxi-brousse pour rallier l’arrivée. 

C’est finalement en 1981, l’année où un certain Claude Brasseur (et Jacky Ickx) découvre le mythique rallye-raid, qu’il rejoint Dakar à la première place. Sur une moto BMW, le Français de 29 ans évite les pièges du désert. A l’arrivée, à peine son casque enlevé, il sabre le champagne et se jette dans l’océan Atlantique. Une légende de la course est née.

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• 1984 : duel fratricide chez BMW

Contraint à l’abandon l’année suivante en 1982, Hubert Auriol double la mise en 1983, enfourchant toujours sa moto BMW. En 1984, un duel mémorable l'oppose à son coéquipier Gaston Rahier. Déjà au coude-à-coude l’année précédente jusqu’à l’abandon de Rahier, les deux hommes vont cette fois se livrer une bataille jusqu’à l’arrivée au Sénégal. En pleine confiance, le Français fait la course en tête et ouvre la voie entre les dunes. 

Séparés seulement de quelques minutes, les deux rivaux se livrent une guerre interne comme on peut le voir en Formule 1, tempérée par l’écurie qui veut éviter la catastrophe. "A quelques jours de l’arrivée, tout est encore possible car nous n’avons que quelques minutes d’écart, racontait le Français dans un sourire crispé. Le plus important est d’amener les deux BMW à l’arrivée. L’ordre est important pour les pilotes, pas pour l’écurie." C’est finalement le Belge qui remporte l’épreuve, frustrant le Français, dépassé par la vitesse de pointe de son coéquipier adversaire qui n’a pris que peu d'initiatives avant le final. 

• 1987 : le mano a mano épique avec Cyril Neveu

C’est sans doute l’image qui vient immédiatement pour ceux qui ont connu les exploits d’Hubert Auriol sur le Paris-Dakar. L’année 1987 marque l’apogée de la dramaturgie que seul le Dakar peut offrir. En tête avec seulement 12 minutes d’avance sur Cyril Neveu la veille de l’arrivée, Hubert Auriol est  tout proche de faire basculer de son côté une course qui a déjà connu de nombreux soubresauts. 

Lors de la spéciale au Sénégal, il rate une trajectoire et est désarçonner par une souche. Il parvient finalement à rallier l’arrivée avec encore trois minutes d’avance sur Neveu. A peine arrivé, le pilote Français s’effondre en larmes dès la moto stoppée : "J’ai les deux chevilles cassées !", martèle-t-il. La blessure est profonde, l’os est apparent, Auriol doit abandonner à un jour de l’arrivée, laissant la victoire à Cyril Neveu après un duel au sommet. "Des moments forts, il y en a eu beaucoup mais celui-là l'était particulièrement parce qu’il y avait une intensité dramatique et un mano a mano incroyable entre Cyril Neveu et moi", racontait-il début 2020.

• 1992 : une victoire en auto pour l’Histoire

Convalescent plusieurs mois après cet épisode, Hubert Auriol ne peut pas résister bien longtemps à l’appel du désert et revient sur le Dakar l’année suivante. Mais pas en moto, encore traumatisé par son abandon l’année précédente. En 1988, Auriol ajoute donc deux roues à son véhicule pour tenter cette fois l’aventure en catégorie auto, au volant d’un buggy Kouros. 

Il attendra finalement quatre ans pour goûter à la victoire dans une autre catégorie puisque c’est en 1992, au volant d’une Mitsubishi, qu’il s’impose en Afrique du Sud, la course arrivant désormais au Cap. Il remporte sa troisième victoire en onze ans sur le rallye-raid et devient surtout le premier à le remporter dans deux catégories différentes. Seuls Stéphane Peterhansel (2004) et Nani Roma (2014) sont venus lui succéder, signe que l’exploit n’a encore aujourd’hui rien d’évident.

• 2000 : risque terroriste et pont aérien

Le dernier épisode marquant de la fastueuse carrière d’Hubert Auriol intervient une fois passé de l’autre côté de la barrière. En 1995, l’ancien pilote devient l’organisateur de la course qui a fait de lui un champion. Lui qui, comme pilote, pensait avoir affronté toutes les embûches du terrain, en découvre de nouvelles, plus inquiétantes encore : une menace terroriste plane au Niger sur la suite du Dakar. Les organisateurs ne font pas repartir l’épreuve de Niamey, la capitale, après avoir été informés par le ministère français des Affaires étrangères de l'existence d'une "menace terroriste extérieure avérée"

Directeur de la course pour ASO (qui a pris la suite de Thierry Sabine Organisation, du nom du créateur du Dakar), Hubert Auriol décide alors d’organiser un pont aérien vers la Libye avant de transférer les 1 500 personnes et les véhicules afin que l’épreuve puisse se poursuivre. Une organisation gigantesque qui mobilise en urgence trois avions gros porteurs. Bilan : 18 vols de transfert et un coût de 30 millions de francs. "Mais je ne veux pas parler d’argent. Nous avons décidé de poursuivre la course", affirme-t-il alors. Un déplacement très mal reçu par les autorités nigériennes qui seront ensuite brouillées avec le Dakar. Hubert Auriol avait pourtant dû se résoudre à suivre les recommandations du Quai d’Orsay : "En 22 ans d’existence, le Dakar avait déjà dû faire face à des menaces mais celles reçues en début de semaine sont les plus graves jamais enregistrées", avait justifié le porte-parole du ministère.