Yoann Offredo : "Le Tour de France pourrait redonner le moral aux Français"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Fabien Lévêque
Yoann Offredo
Yoann Offredo | BELGA

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Baroudeur sur les routes mais confiné chez lui en région parisienne, Yoann Offredo (Wanty) a toujours le sens des formules et un certain recul sur les choses. Mais pour lui, une annulation du Tour de France serait particulièrement préjudiciable.

Où êtes-vous confiné ?
Yoann Offredo : "Je suis dans l'Essonne à Montlhéry."

Vous allez pouvoir vous entraîner le 11 mai, c'est une bonne nouvelle !
YO : "Oui. La mauvaise nouvelle, c'est le temps qui se gâte. Mais qu'il vente ou qu'il pleuve je vais sortir le vélo. Comme on dit : la pluie du matin n'arrête pas le pèlerin."

Ça vous démange de reprendre ?
YO : "Oui c'est sûr. En plus le home trainer fait mal aux fesses, je n'ai qu'une envie : me mettre en danseuse dans la vallée de Chevreuse. Je veux parcourir nos belles routes et respirer cet air qui nous manque."

Dramatique qu'il n'y ait pas de Tour de France

Etes-vous inquiet pour le Tour de France ?
YO : "Il n'y aura pas de compétitions jusqu'à fin juillet, ce qui va entraîner une préparation différente. Ça serait dramatique pour le cyclisme en général s'il n'y avait pas de Tour de France. Ça serait toute une économie qui s'effondrerait."

Sera-t-il un Tour différent des autres ?
YO : "Ça reste le point d'orgue de beaucoup de coureurs, je pense à Romain Bardet, Thibaut Pinot ou Julian Alaphilippe. Mais le Tour se prépare quasiment un an avant ! Les coureurs font des reconnaissances des étapes, des stages en altitude. Il y aura une disparité énorme entre les cyclistes qui auront pu s'entraîner et ceux qui seront restés confinés. Mais cela reste anecdotique par rapport au fait de reprendre une vie normale."

Jean Pitallier (ancien président de la Fédération Française de Cyclisme) a déclaré qu'il serait "indécent de courir le Tour cette année ". Qu'en pensez-vous ?
YO : "Indécent", est un terme fort. C'est son avis, je ne le partage pas. Si le gouvernement estime que l'on peut organiser des événements comme le Tour de France, il faut le réaliser. Cela pourrait redonner le moral à beaucoup de Français en se disant que nous sommes revenus à une vie traditionnelle. Cela permettrait aux cyclistes de se pérenniser, c'est très important."

"L'équilibre est très bancal"

Pensez-vous que le cyclisme professionnel serait en grand danger ?
YO : "L'équilibre est très bancal. Lorsque des sponsors investissent dans des équipes de vélo, ils attendent un retour sur investissement et de la visibilité. Nous sommes dans une situation où la priorité sera de sauver le personnel. La saison sera entachée, il y aura des coureurs qui resteront sur le marché. Certains sponsors vont se retirer d'un système économique sur le déclin."

Avez-vous peur pour ton avenir de cycliste ?
YO : "J'ai eu la chance de bénéficier de la fondation de la FDJ me permettant d'étudier et je pense à ma reconversion depuis un moment. Ç'aurait dû être ma dernière saison parce qu'on m'a annoncé une tétraplégie suite à une chute l'an passé. J'ai retrouvé l'usage de mes membres, ça aurait dû être ma dernière saison. Je ne veux pas arrêter comme ça. Je suis forcément inquiet pour l'année prochaine, il n'aura pas assez de places pour tout le monde."

Pourquoi ne voulez-vous pas finir comme ça ?
YO : "Je veux revivre toutes ces émotions que font vivre le sport. Ce n'est pas juste gagner ou perdre. J'ai vécu un Tour de France exceptionnel l'an dernier dans la difficulté. J'ai  la chair de poule rien que d'en parler."

Serez-vous plus sur un coup de cœur ou un coup de gueule en mot de la fin ?
YO : "On va dire coup de gueule. Sur les propos de notre ministre des sports Roxana Maracineanu. Le sport est vraiment quelque chose d'essentiel, il rythme la vie de beaucoup gens. Il faut juste en parler aux supporters de football, de cyclisme, de rugby… Le sport est le centre de notre vie."

Fabien Lévêque FabLeveque