Warren Barguil (Aros-Shimano)
Warrren Bargui, symbole de la réussite française sur la Vuelta | JAIME REINA / AFP

Vuelta: Ciel Bleu sur l’Espagne

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Une présence constante à l’avant, quatre victoires d’étapes, un maillot de meilleur grimpeur et une 7e place au général, on peut dire les Français ont réussi leur Vuelta. En l’absence des têtes d’affiche, c’est la nouvelle génération qui a brillé en Espagne. Un vent d’air frais agréable pour un cyclisme français décomplexé.

Qu’il est loin le mois de juillet. La « faillite » du cyclisme français (une seule victoire d’étape et le meilleur Français 15e au général) sur les routes du Tour de France aurait pu laisser croire qu’entre les vieux briscards (Chavanel, Voeckler) et la jeune génération (Pinot, Rolland), le passage de relais n’était pas encore pour tout de suite. Hors du coup, Chavanel et Voeckler sont passés à côté de leur Tour quand Pinot et Rolland décevaient les espoirs placés en eux. Oubliez juillet, septembre est là pour vous redonner le sourire.

Barguil, chef de meute

Dans ce feu d’artifice tricolore qu’ont été la deuxième et la troisième semaine de course, un nom sort du lot : Warren Barguil. LA révélation de ce Tour d’Espagne 2013. A terre dès le kilomètre zéro de la 10e étape, le Morbihannais s’est relevé. Et de belle manière. Vers Castelldefels, le jeune (21 ans) coureur de l’équipe Argos-Shimano a maté des gros bras. Nocentini, Mollema, Scarponi ou encore Egoï Martinez, Barguil les a tous battus à la pédale. Ou plutôt à la tête et à la pédale. Car ce qui frappe chez Barguil, c’est son sens de la course et sa confiance en son potentiel. Le tout à 21 printemps, c'est seulement Bluffant. Quand vers Sallent de Gallego, il a vu revenir Rigoberto Uran sur lui à la flamme rouge, il n’a pas paniqué. Il a même répondu à l’attaque immédiate du 2e du Giro en mai dernier pour s’en aller le coiffer d’un cheveu sur la ligne. A couper le souffle.

Cela faisait bien longtemps qu’un Français n’avait pas frappé aussi fort pour son premier Grand Tour. Il y a bien eu le maillot jaune de Virenque en 1992, alors chez RMO, dès la deuxième étape de son premier Tour de France mais réaliser un tel doublé, c’est encore un cran au-dessus. La comparaison avec Richard Virenque n’est d’ailleurs pas anodine, on dit de Barguil qu’il a « les jambes de Virenque et la tronche du Blaireau ». Comprenez que cette graine de champion est de la catégorie des grands grimpeurs et qu’en plus il y a ajoute le tempérament et le sens de la course de Bernard Hinault. A n’en pas douter, Barguil a pris rendez-vous.

L’exploit d’Elissonde

Coureur de poche (1m69), Kenny Elissonde n’en a pas moins réalisé un exploit de géant sur cette Vuelta. Le grimpeur de la FDJ.fr a dompté le terrible Angliru, aux pentes vertigineuses atteignant les 23% par endroits, et considéré par beaucoup comme le col le plus dur d’Europe. Ce qu’a réussi Elissonde sur l’avant-dernière étape de ce Tour d’Espagne, est ni plus ni moins que l’une des plus belles victoires françaises sur un Grand Tour. Il n’y a qu’à regarder la liste des vainqueurs en haut de l’Angliru pour apprécier la grandeur de l’exploit. Aux côtés des Jimenez, Simoni, Heras, Contador et Cobo, trône désormais un petit français. En France, il y a L’Alpe d’Huez et le Ventoux, en Espagne, il y a l’Angliru. Voilà pour le prestige. Acquise au forceps, dans un brouillard dense et avec 26 secondes d’avance sur la fusée Horner, cette victoire fait passer le coureur formé au CC Etupes dans une autre dimension. A 22 ans, Elissonde fait lui aussi partie de cette nouvelle génération tricolore qui n’a pas froid aux yeux. Grimpeur de poche, il avance dans l’ombre de Thibaut Pinot qui capte l’attention des médias au sein de son équipe. Ce, désormais relatif, anonymat, convient parfaitement au natif de Longjumeau (Essone) qui franchissait patiemment jusqu’ici les paliers. En haut de l’Angliru, Elissonde s’est paré des bottes de sept lieux pour avancer à pas de géant.

Au sein de la FDJ.fr, on peut être fier de sa Vuelta. Si le Tour avait été difficile, les hommes de Marc Madiot se sont bien rattrapés sur les routes espagnoles. Outre, Elissonde, Alexandre Geniez est lui aussi aller décrocher le bouquet en montagne. C’était à Peyragudes, en France, au soir de la 15e étape. Un peu plus vieux (25 ans) que ses deux comparses, Geniez peut toujours être considéré comme un espoir du cyclisme bleu. Et s’il tarde à répondre aux attentes placées en lui, il reste un excellent équipier pour ses leaders. Vers Peyragudes, c’est un Geniez décomplexé qu’on a trouvé. Finis les problèmes de confiance pour ce grimpeur grand format (1m83). Parti dans un groupe de 29 coureurs, Geniez n’a pas hésité à s’esseuler loin du but pour s’adjuger la victoire avec plus de trois minutes d’avance sur Scarponi.

Pinot meilleur en Septembre

Décomplexée. C’est l’adjectif que l’on retiendra pour qualifier la nouvelle génération bleue sur les trois dernières semaines. Jamais les coureurs Français n’ont douté de leur capacité à gagner. C’est aussi vrai pour Nicolas Edet. Le coureur de la Cofidis, 25 ans, a perpétué la tradition des maillots de meilleur grimpeur sur la Vuelta, prenant la suite de David Moncoutié. C’est peut-être ça qui a changé par rapport à la génération précédente, exceptés Chavanel, et encore, et Voeckler. Ces jeunes ont les dents longues. Et s’ils sont sérieux et travailleurs, ce dont on ne doute pas, on devrait les revoir au plus haut niveau.

A la rue en juillet sur le Tour de France, Thibaut Pinot avait choisi de se mesurer une nouvelle fois à quelques-uns des meilleurs coureurs du monde. Bien lui en a pris. Malgré quelques relâchements coupables sur deux étapes de plaine, ce qui lui coûte sans doute un Top 5 à Madrid, Pinot a réalisé une Vuelta pleine. A la lutte avec les meilleurs en montagne, Pinot a été discret mais au final, il s’adjuge une très belle 7e place, son meilleur résultat sur un Grand Tour. De quoi lui redonner le sourire et le moral, lui qui était sorti du Tour la tête basse et la confiance en berne.

Aujourd’hui, Thibaut Pinot doit être un coureur qui compte dans les courses par étapes. Un temps seul tête d’affiche de la nouvelle génération française, il a la chance aujourd’hui de voir éclore des talents à ses côtés. Si Barguil ou Elissonde se sont révélés sur cette Vuelta, on n’oubliera pas Tony Gallopin, vainqueur de la Clasica San-Sebastian en aout dernier, ou encore les Bouhanni, Coquard et Démare, appelés à briller dans les sprints massifs. Aujourd’hui, c’est toute une nuée de jeune français qui déboule dans le peloton World Tour. Oui les Français peuvent rivaliser avec ce niveau-là. S’ils n’en étaient pas conscients avant l’été, leur mentalité doit changer.