Nacer Bouhanni
Nacer Bouhanni s'est relevé de ses chutes, et il veut le prouver sur la Vuelta 2015 | DE WAELE Tim / TDWsport Sarl / DPPI media

Nacer Bouhanni, plus belle sera la victoire

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Une lourde chute l’avait privé du titre de champion de France, fin juin ; une autre l’avait forcé à quitter la Grande Boucle dix jours plus tard. Mais Nacer Bouhanni n’est pas du genre à s’apitoyer. Moins d’une semaine après son abandon, le sprinteur spinalien reprenait déjà l’entraînement en se projetant vers la Vuelta qui débute ce samedi. Ne lui demandez pas s’il a digéré cet été chaotique : il l’a déjà oublié.

Il avait fait "la course parfaite". Un final de rêve, seul dans la roue de son équipier Julien Simon, au sein d’un groupe d’une quinzaine de coureurs nettoyé de ses principaux rivaux au sprint. "Mais à 300 mètres de la ligne, se remémore Nacer Bouhanni, tout s’écroule". Devant lui, Anthony Roux se déporte et touche involontairement sa roue avant. Le favori des championnats de France s’écrase lourdement contre le bitume, sur le flanc droit. A terre, il assiste au loin à la victoire de Steven Tronet, puis se relève et passe la ligne d’arrivée à pied, en poussant son vélo. "En toute humilité, je me dit que si on pouvait refaire dix fois ce sprint-là, dans ces conditions-là, c’est Nacer qui gagne", nous assure Yvon Sanquer, patron de la formation Cofidis. Le soir même, Bouhanni poste sur Twitter une photo de ses séquelles. Il évoque une côte fêlée ou cassée et un probable forfait pour le Tour de France. "Dégoûté, fulmine-t-il aujourd’hui encore. J’étais dans un sale état". 

Il se présente tout de même au départ du Tour "très, très affaibli, à 70% de mes capacités environ", mais la malchance s’en mêle à nouveau. Bouhanni tombe lors de la deuxième étape, sans gravité. Puis il est pris dans une nouvelle chute massive, trois jours plus tard. Celle de trop. Il est touché au poignet, aux côtes, aux hanches. "C’était un moment très difficile à surmonter, retrace Sanquer. Il avait bien débuté le Tour, il arrivait à maîtriser sa douleur aux côtes. Les choses allaient de mieux en mieux". Le Français n’a d’autre choix que d’abandonner pour la deuxième fois en autant de participations à la Grande Boucle.

"Je ressens toujours une douleurs aux côtes"

D’après son entraîneur Jacques Decrion, l’une des principales qualités de l’homme aux cinq victoires d’étapes sur les Grands Tours l’an passé (trois sur le Giro, deux sur la Vuelta) est sa capacité à "aller de l’avant : ce qui n’a pas bien marché, il l’oublie parce qu’il est toujours dans une optique de progrès". L’homme doute peu : une semaine après son abandon, il remontait déjà sur un vélo. "Après le Tour, j’ai coupé six jours, puis je suis rentré chez moi dans les Vosges pour m’entraîner", nous explique-t-il. Pourtant, même s’il n’aime pas y consentir ("ça fait partie du métier de cycliste", élude-t-il), le mauvais mélodrame estival dont il a été l’acteur l’a marqué, dans la tête comme dans la chair.

"Nacer est quelqu’un de solide qui, mais là, c’était deux coups très durs, reconnaît Sanquer. Il avait fait beaucoup de sacrifices, il s’était tellement investi... Quand on touche du bout du doigt l’accomplissement de son travail, et que tout est remis en cause en une fraction de seconde, c’est pénible à encaisser. Il a dû trouver des ressources pour se retourner vers l’avenir. Même après la reprise, la douleur était bien présente et a nécessité des soins réguliers". Cela ne limite pas ses performances en course, mais au toucher, le coureur reconnaît qu’il ressent "toujours une douleur aux côtes".

Retour en trombe

Malgré le manque de réussite, Bouhanni ne s’est pas longtemps morfondu dans l’amertume. "On a pu rapidement discuter programme, retour à la compétition, en étant positif dans le discours et la vision des choses", se félicite Sanquer. Initialement prévue le 2 août à la Polynormande, la reprise du sprinteur est avancée à la fin du mois de juillet, au Grand Prix Getxo. Un retour en fanfare. Vingt-trois jours après son abandon, Bouhanni devient le premier Tricolore à inscrire son nom au palmarès de la course du Pays Basque. "Cette victoire a prouvé que j’avais réussi à tourner la page", se réjouit-il.

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Sur le tour de l’Ain, sa dernière course avant la Vuelta, le natif d’Épinal a rappelé qu’il était bien le meilleur sprinteur de l’Hexagone en remportant sans trembler les première et deuxième étapes – ses huitième et neuvième succès depuis le début du mois d’avril. "Le bilan chiffré est bon, souligne Sanquer. Ses deux victoires sur le Dauphiné, ce n’est pas rien. Et il a obtenu des bonnes deuxièmes places, comme sur Paris-Nice. Sur Milan San Remo, s’il anticipe un peu son sprint, il est sur le podium ce jour-là".

"En décrocher une, et vite"

Sur la Vuelta, il sera - comme depuis son départ de la FDJ fin 2014 - le pilier du groupe Cofidis, avec quatre hommes à son service (Geoffrey Soupe, Julien Simon, Dominique Rollin et Cyril Lemoine). "Je suis content des gens qui m’entourent. Il y a eu un certain temps d’adaptation en début de saison, mais aujourd’hui tout le monde a compris que c’est en courant collectivement qu’on peut faire de belles choses", expose Bouhanni. Face à Peter Sagan et John Degenkolb, mais en l’absence de quelques-uns des plus gros sprinteurs du moment (Greipel, Kristoff, Kittel et Cavendish ne seront pas de la partie), le Français a un joli coup à jouer.

"C’est important d’en décrocher une, et vite, soutient son manager. Il y a vraiment de quoi faire sur la première partie de la course. Si cette victoire arrive rapidement, ça ouvrira de nouvelles perspectives au niveau du classement par points, par exemple". Sanquer situe aujourd’hui Bouhanni parmi "les cinq ou six meilleurs sprinteurs mondiaux", certain qu’il possède encore une marge de progression. "C’est un travailleur insatiable, exigeant avec lui-même, avec une grosse faculté de concentration. Ça peut le faire paraître un peu revêche, abrupte, et en même temps c’est sa qualité : cette volonté farouche de vouloir gagner, à tout prix. Celle qui fait les grands coureurs".