Alberto Contador, la résurrection avant la légende ?

Alberto Contador, la résurrection avant la légende ?

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Alberto Contador vient de remporter la troisième Vuelta de sa carrière. Arrivé sur la pointe des pieds au départ de Jerez de la Frontera, El Pistolero est monté en puissance pour arriver au top de sa forme en troisième semaine. Après quelques années de doute, il revient au premier plan. Avec six grands tours à son actif, il confirme son statut de meilleur coureur de sa génération et pourrait s’imposer un peu plus, dans les années à venir, comme un grand de l’histoire du cyclisme.

Il est redevenu humain. Sa chute et son abandon sur le Tour de France ont ébranlé un mythe déjà touché par plusieurs saisons difficiles. Il aura fallu deux ans pour qu’ « El Pistolero » ne fasse mouche à nouveau. Comme en 2012 (et en 2008), il remporte son tour national. Une course qu’il a souvent ignorée à l’ombre de ses ambitions sur le Tour de France. Il aurait pourtant tort de se priver : chacune des participations à la Vuelta ont été couronnées de succès. Cannibale ? Non loin de là. Depuis l’affaire dite du « clenbutérol », c’est un Contador nouveau qui évolue sur les routes mondiales. Le coureur, capable de remporter quatre grands tours (2 Tour de France, 1 Giro et 1 Vuelta) en trois saisons n’est plus. Il montre des signes de faiblesses. Entre le Tour de France 2007 et le Giro 2011 (il sera finalement déchu de son Tour 2010 et de son Giro 2011), le Madrilène remporte toutes les courses de trois semaines auxquelles il participe. Depuis, aucun podium sur la Grande Boucle et deux victoires sur le Tour d’Espagne. Oui, Alberto Contador a changé.

Est-ce négatif pour autant ? A l’évidence non. Plus humain à l’heure où la machine Froome a écrasé le Tour de France 2013, Contador jouit aujourd’hui d’une cote de popularité que son style spectaculaire entretient à la perfection. Certains diront que les amoureux de la petite reine ont la mémoire courte, oubliant un peu vite ses relations avec Johann Bruyneel, son contrôle positif au Clenbutérol (sur cette affaire, des voix s’élèvent en faveur de l’Espagnol), ou encore sa nomination dans l’affaire Puerto (blanchi, Alberto Contador n’en est pas moins innocent si l’on en croit l’expert allemand Werner Franke ou son ancien coéquipier chez Liberty Seguros, Jörg Jaksche). Toujours est-il que dans les faits, Alberto Contador apparaît comme l’anti Chris Froome. Le romantisme face à la machine. Alberto Contador c’est l’histoire de la résurrection permanente. En 2004 déjà, il avait côtoyé la mort. Suite à une chute sur le Tour des Asturies, provoquée par un début de rupture d'anévrisme (d'où les impressionnantes convulsions bien que certains les attribuent à un abus de produits dopants), il est plongé dans le coma pendant trois semaines et se réveille avec 70 points de suture. Sept mois plus tard, il est sur le vélo.

Le coup de bluff d'avant Vuelta

Un petit bond dans le passé nous plonge à nouveau dans le Tour de France 2014. Le 14 juillet dernier, Vincenzo Nibali est à la fête et endosse un maillot jaune qu’il ne quittera plus. Les Français brillent aussi. Alberto Contador lui chute dans la descente du petit ballon. Une chute à 77 km/h qui le laisse groggy sur le bord de la route et une vilaine blessure au tibia en guise de souvenir. Il abandonnera vingt minutes plus tard. Une fracture du tibia est d’abord évoquée. Elle se transforme plus tard en un trait de fracture en haut du tibia. Le 23 juillet il annonce sur son compte twitter qu’il ne participera pas à la Vuelta.

Le 14 août, coup de tonnerre. « El Pistolero » poste une vidéo sur Youtube dans laquelle il annonce qu’il participera bien au Tour d’Espagne : « Je sais que c'est un Tour d'Espagne que je vais devoir prendre d'une façon très différente de celle que j'avais pensé en début de saison, mais je pense que ça peut être une bonne chose pour moi pour la fin de la saison et le début de la prochaine » détaille-t-il. Habile bluffeur ? Un mois plus tard, on aurait tendance à dire que oui. Maître tactique, Contador ne serait jamais venu sur la Vuelta sans ambition. Pas un coureur de sa trempe, de son caractère. Ses adversaires avaient vu clair dans son jeu. Las, ils n’ont rien pu faire face à sa puissance.

Un coeur énorme

Discret pendant dix jours, il a profité de l’abandon de Naïro Quintana sur chute pour récupérer le maillot rouge de leader. Dès lors, l’affaire était déjà entendue. Quand Alberto Contador prend le maillot de leader sur un Grand Tour, il ne le lâche jamais. La Vuelta 2014 n’a pas dérogé à la règle. En troisième semaine, Contador s’est même permis le luxe de frapper deux fois. Deux uppercuts dont il avait le secret jadis, lors de sa "première carrière". Vers le Lac de Somiedo et sur le terrible Puerto de Ancares, Chris Froome a tenté. Il a payé pour voir. Sa pédalée frénétique n’aura pas suffi à mettre à terre un Contador qui a parfois semblé au bord de la rupture. Au bord seulement. Il apparaît facile de ressortir la célèbre maxime de Rudy Tomjanovich, le légendaire coach NBA ("Ne sous estimez jamais le cœur d’un champion"). Elle colle pourtant à la peau d’Alberto Contador.

Avec ce Tour d’Espagne, ce sont donc deux ans de disette auxquels met fin le coureur de la Tinkoff-Saxo. Bien sûr entre temps il avait remporté Tirreno-Adriatico ou le Tour du Pays Basque. Quand on s’appelle Contador, qu’on est le meilleur coureur de sa génération, on ne peut se satisfaire de ça.

La légende l'attend

Alberto Contador a 31 ans (il en aura 32 le 6 décembre prochain). Avec ce nouveau grand tour, il porte son total à 6 (2 Tour de France, 1 Giro et 3 Vuelta). Il arrive au sixième rang dans l’histoire (Merckx 11 GT, Hinault, 10, Anquetil 8, Indurain et Coppi 7). Jusqu’où peut-il monter dans la hiérarchie ? Merckx et Hinault sont quasiment intouchables mais le voir dépasser Coppi, Indurain (la symbolique serait belle) et Anquetil est loin d’être incongru. Se placer derrière les deux monstres que sont le « Cannibale » et le « Blaireau » feraient de Contador une légende du cyclisme mondial. Le veut-il vraiment ? La réponse est oui. Spectaculaire, offensif, Contador est un homme de défi.

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Il pourrait même dépasser Merckx en remportant un second Giro. Deux victoires (au minimum) sur chacune des courses de trois semaines, le Belge ne l’a jamais fait, seul Bernard Hinault a réalisé cette performance incroyable. A 32 ans, la concurrence est sans doute plus forte qu’elle ne l’a jamais été. Froome va revenir, Quintana est plein de promesses, Nibali a franchi un cap. Avec cette Vuelta, Contador est revenu au premier plan. S’il a changé, il y a un point sur lequel il ne bougera jamais : sa soif de victoire. L’histoire passe par là.

Christophe Gaudot @ChrisGaudot