Alberto Contador montage joie TDF/tristesse dopage 2010
En 2010, Alberto Contador a connu des hauts et des bas | AFP

Une année mouvementée

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Entre la 3e victoire d'Alberto Contador sur le Tour de France, sa suspension provisoire pour un contrôle antidopage positif, la polémique du vélo mécanique, le doublé Tours des Flandres/Paris-Roubaix de Cancellara, la belle saison de Philippe Gilbert, le décès de Laurent Fignon, le come-back des Italiens et la chasse à l'homme de Landis contre Arsmtrong, l'année cycliste 2010 aura été bien remplie.

Contador, le héros malheureux

Pour sa dernière saison sous les couleurs de la formation kazakh Astana, il avait fait de la Grande Boucle sa priorité. Et en remportant son troisième Tour de France - et un duel somptueux face au Luxembourgeois Andy Schleck - , Alberto Contador a confirmé son statut de grand champion. Mais ce sacre qu'il espérait tant reste encore suspendu à la décision de l'Union cycliste internationale (UCI). Suspecté de dopage, suite à un contrôle positif au clenbutérol (bêta-stimulant) lors de la deuxième journée de repos du Tour à Pau, l'Espagnol, suspendu provisoirement, pourrait en effet se voir déchu de son titre si l'UCI, en partenariat avec l'Agence Mondiale de l'Antidopage, parvient à prouver scientifiquement une éventuelle tricherie du Madrilène. Mais au-delà de ce nouveau coup du sort porté à un sport qui depuis 10 ans est régulièrement frappé par les affaires de dopage, on préfèrera se souvenir de l'impressionnant mano à mano entre Alberto Contador et Andy Schleck, départagés de seulement 39 secondes à Paris, de cette ascension du Port de Balès et de son désormais mythique "coup du dérailleur" qui avait permis à Contador de repasser devant son principal adversaire au classement général et de remonter les Champs-Elysées avec le maillot jaune sur le dos. Pour la troisième fois de sa jeune carrière.

Cancellara envers et contre tous

Le dopage, lui aussi a dû y faire face cette année. Mais mécanique celui-là ! Un peu avant le Tour de France, Fabian Cancellara a été au coeur d'une polémique tout à fait inattendue : sur internet et à la télé défilaient les images du Suisse effectuant lors de Paris-Roubaix une remontée plus que fulgurante. Il n'en fallait pas plus pour que "Spartacus" soit suspecté d'avoir installé un moteur dans le cadre de son vélo. De ces accusations, Cancellara a fait fi et s'est soumis sans broncher à plusieurs contrôles (notamment le scanner !). Et après avoir réussi l'exceptionnel doublé Tour des Flandres/Paris-Roubaix, il a poursuivi sur sa lancée portant le maillot jaune du Tour durant six journées avant de terminer l'année comme en 2006, 2007 et 2009, par un titre mondial en contre-la-montre. Comme un pied de nez à tous ses détracteurs ! Auréolé d'un tel palmarès et en l'absence de Contador suspendu, il a - sans surprise - reçu le Vélo d'Or mondial qui récompense le meilleur coureur de l'année.

Gilbert, toujours plus haut

S'il n'a pas obtenu de récompense internationale comme Fabian Cancellara, Philippe Gilbert peut lui aussi se targuer d'avoir réalisé une saison magnifique . Le coureur belge de 29 ans, membre de l'équipe Omega Pharma-Lotto, a terminé 9e de Milan-San Remo avant de prendre la 3e place du Tour des Flandres. Victorieux de l'Amstel Gold Race, il a poursuivi sa campagne ardennaise avec une belle 6e place sur la Flèche Wallonne et une 3e place sur Liège-Bastogne-Liège. Pour la deuxième année consécutive, il a également remporté le Tour du Piémont et le Tour de Lombardie, après avoir porté 5 jours durant le maillot rouge de leader sur la Vuelta. Un bilan - très prometteur -  qui se passe de commentaires et pour lequel il a, une fois encore, été élu meilleur sportif belge de l'année.

Hushovd, un viking champion du monde

"Il s'est beaucoup parlé dans le final (ndlr : championnat du monde), se répétant qu'il était le plus fort et qu'il pouvait devenir champion du monde", confiait récemment Atle Kvalsvoll, dans Vélo Magazine, au sujet de son "petit" protégé Thor Hushovd. Sa  détermination et sa force de caractère se sont finalement révélées payantes puisqu'à  l'issue de la course, le géant blond aux yeux clairs déployait sa grande carcasse (1,83 m - 80 kg) pour enfiler ce maillot arc-en-ciel qu'il convoitait tant. Cette victoire donne plus de relief à la belle carrière du Norvégien qui, cette saison, a également fait parler de lui sur deux des trois grands Tours (victoires de la 3e étape du Tour de France et de la 6e étape de la Vuelta).

Une année tricolore honorable

Avec six étapes remportées sur le Tour de France, le cyclisme tricolore a connu de belles heures cette année. Sylvain Chavanel (Quikstep) a vu ses efforts récompensés par deux victoires d'étape sur la Grande Boucle, Anthony Charteaux (BBOX) a crée la surprise en endossant le maillot du meilleur grimpeur et Thomas Voeckler (BBOX) a fait honneur à son titre de champion de France en remportant une étape du Tour ainsi que le Grand Prix cycliste de Québec. A 39 ans, et après seize années professionnelles, Christophe Moreau (Caisse d'Epargne) a lui estimé qu'il était temps de passer à autre chose. Et c'est avec un joli palmarès qu'il quitte le peloton (deux victoires sur le Critérium du Dauphiné Libéré, un titre de champion de France et une victoire d'étape sur le Tour de France).

Le come back des Italiens

Cela faisait longtemps qu'on ne les avait plus vu aux avants-postes. 2010 les a remis sous le feu des projecteurs. En remportant respectivement le Giro et la Vuelta, Ivan Basso et Vincenzo Nibali ont refait parler du cyclisme italien. Et pour autre chose que des affaires de dopage comme cela avait été le cas par exemple de Ricardo Ricco, Lorenzo Bernucci ou encore Alessandro Petacchi. Si ce dernier fait actuellement l'objet d'une enquête dans son pays pour utilisation de substances interdites, il a lui aussi remis le cyclisme italien dans la lumière en remportant, en juillet dernier, deux étapes sur le Tour de France et en s'adjugeant le maillot de meilleur sprinteur.

Tout le monde fait rrrrh !

Depuis l'annonce de la création de leur équipe, les frères Schleck faisaient l'objet de toutes les discussions. Les rumeurs concernant notamment le nom de la future formation luxembourgeoise allaient bon train. C'est finalement le coureur danois Jakob Fuglsang qui a lâché l'info : "On se fera appelé Team Leopard". Sans aucun rapport avec l'animal, "Leopard" fait référence à la société de Bryan Nygaard qui a constitué l’équipe. Ce qui est sûr, c'est qu'avec des coureurs aussi prestigieux que Cancellara, Voigt ou encore O'Grady, les amateurs de cyclisme devraient rugir de plaisir !

Les équipes françaises dans la panade

Une licence pour voir les portes de toutes les épreuves s'ouvrir automatiquement. Pour les recalés, reversés en 2e division, il faudra bénéficier d'invitation pour pouvoir participer aux plus grandes épreuves internationales (comme les trois grands Tours), les plus médiatiques et les plus rémunératrices. Voilà les nouvelles règles du Pro-Tour, désormais appelé UCI World Tour. Cette annonce a eu le chic pour en agacer plus d'un. Notamment parmi les équipes françaises qui n'ont pas les critères requis pour faire partie de l'élite. Si AG2R La Mondiale dispose toujours de sa licence Pro Team jusqu'en 2012, le changement de critères contraint Vincent Lavenu à plaider sa cause devant la commission des licences. Son 20e rang pourrait donc la renvoyer en 2e division. Pour la FDJ, c'est déjà certain. "J'ai un partenaire qui me donne plus de moyens, j'ai effectué un bon recrutement, mais je suis moins bien qu'avant", déclare amèrement Marc Madiot. N'ayant pas demandé cette licence, Jean-René Bernaudeau et sa nouvelle équipe Europcar, bâtie sur les cendres de Bouygues Télécom, évoluera également en 2e division, comme Saur-Sojasun et Bretagne-Schuller. Quant à Cofidis, après avoir décidé volontairement d'aller dans le Continental Tour, l'équipe d'Eric Boyer souhaite maintenant réintégrer le premier étage de la fusée internationale. Mais avec son 19e rang, elle n'a que peu de chances de l'obtenir. Si le verdict de la commission des licences de l'UCI confirme l'absence d'équipes françaises au plus haut niveau, le dilemme risque d'être énorme lors du Tour de France.

Armstrong dans la ligne de mire de Landis

Privé de son titre de vainqueur du Tour de France 2006 après un contrôle positif à la testostérone, Floyd Landis a avoué, en mai,  s'être dopé de façon systématique au cours de sa carrière. Un sacré revirement de situation de la part de celui qui avait toujours nié. Il refuse néanmoins d'assumer seul la responsabilité des ses actes et a choisi d'entraîner dans sa chute son ancien coéquipier Lance Armstrong. Selon Landis, c'est l'ancien leader de l'US Postal qui lui aurait fait découvrir les patchs de stéroïdes, le dopage sanguin et les hormones de croissance. Landis s'en est également pris aux instances dirigeantes : "Dans le peloton, tout le monde sait que Pat McQuaid, Hein Verbrüggen ou d'autres dirigeants de l'UCI ont protégé lors des 20 dernières années certains coureurs et pas d'autres. C'était leur façon de créer des stars". Landis travaille désormais aux côtés des enquêteurs fédéraux pour récolter un maximum de preuves à l'encontre d'Armstrong. Si ces dernières sont jugées suffisantes par le grand jury, le leader de l'équipe RadioShack pourrait être poursuivi pour fraude envers l'US Postal, équipe avec laquelle il a remporté six de ses sept Tours de France. Ce serait alors la fin d'un mythe. Affaire à suivre en 2011...

Les adieux à Laurent Fignon

Considéré comme le dernier champion parisien de cyclisme, Laurent Fignon, atteint d'un cancer depuis plusieurs mois, a tiré sa révérence le 31 août 2010. Il a incarné la jeunesse triomphante au début des années 1980. Puis le perdant magnifique du Tour 1989, pour 8 secondes, la plus petite marge de l'histoire, face à son rival américain Greg LeMond. On se souviendra de sa gueule d'ange avec ses cheveux blonds et ses petites lunettes qui lui donnaient un air d'étudiant à peine sorti de l'adolescence. De son caractère bien trempé, digne des plus grands coureurs de l'histoire. Avec 76 victoires, il a profondément marqué son époque. Grand puncheur, attaquant intrépide et généreux, le coureur n'a pourtant jamais fait l'unanimité. Entier et sincère pour les uns, ombrageux et distant pour d'autres, l'homme avait son franc parler, ses maladresses et ses coups de gueule qui le rendaient touchant et attachant. "Je n'ai pas envie de mourir à 50 ans, mais si c'est incurable, qu'est-ce que j'y peux ?" disait-il à Paris Match en janvier dernier. "J'aime la vie, j'adore rigoler, voyager, lire, bien bouffer, comme un bon Français. Je n'ai pas peur de la mort, je n'en ai juste pas envie !"

Isabelle Trancoën