Peter Sagan
Le nouveau champion du monde de cyclisme, Peter Sagan | AFP - BRYN LENNON

Peter Sagan, une bénédiction pour le cyclisme

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Spectaculaire, espiègle et attachant en plus d’être déjà très fort, Peter Sagan (26 ans) est sans conteste le cycliste le plus populaire de sa génération. Le coureur slovaque de la formation Tinkoff, qui gagne tout en restant fun et accessible, pourrait bien se construire le plus beau palmarès du cyclisme moderne dans les cinq ou six ans à venir. Et dépasser dans les courses d’un jour les Kelly, Argentin, Museeuw et autres Boonen et Cancellara, cadors des classiques de ces quarante dernières années. Portrait d'un monarque pas tyrannique à quelques jours de Paris-Roubaix (diffusé en intégralité sur France 2, France 3 et francetvsport.fr).

Le style, c’est l’homme, assurait Buffon. Peter Sagan a sûrement fait sienne cette maxime, lui qui s’impose avec éclat sur la plupart de ses succès depuis le début de sa carrière.

Le panache en bandoulière

Champion du monde en septembre dernier, le Slovaque au gabarit idéal (1,83 m pour 77 kg) vient de remporter coup sur coup deux classiques prestigieuses, Gand-Wevelgem et surtout le Tour des Flandres qui appartient à la catégorie des Monuments de l’histoire de la petite reine au même titre que Milan-San Remo, Liège-Bastogne-Liège, le Tour de Lombardie ou Paris-Roubaix qui se tient ce dimanche et qu’il aimerait bien accrocher à son tableau de chasse déjà bien garni.

Insatiable, Peter Sagan l’est assurément. Mais la star du peloton ne se contente pas de gagner. Il veut bien gagner. Capable de numéros époustouflants, le soliste slave commet de moins en moins d’erreurs dans le final des courses même si son tempérament lui joue encore des tours comme au Grand Prix E3 fin mars où Michal Kwiatkowski lui a sucé la roue lors des deux derniers kilomètres pour finalement le régler au sprint.

Presque autant de places de 2 que de victoires

Le puncheur pâtit parfois d’une trop grande décontraction. Son talent est tel que son esprit offensif peut lui faire commettre des petites fautes tactiques aux moments clefs. Cela lui a valu de nombreux accessits ces dernières années alors qu’il aurait pu augmenter son total de victoires certes très élevé (77 succès* pour 73 places de 2e depuis le début de sa carrière et seulement 4 étapes sur la Grande Boucle malgré ses quatre maillots verts)

Malgré cela, ou peut-être bien grâce (aussi) à cela, Peter Sagan est LE coureur dont le cyclisme a besoin pour attirer un nouveau public et notamment les jeunes qui se reconnaissent dans ses facéties (la fameuse roue arrière pour célébrer un nouveau triomphe, comme au Ronde dimanche dernier).

En arrivant à sa voiture sur la grande place d’Audenarde, il s’est hissé sur le toit de la voiture de son équipe, le maillot de champion du monde à la main, pour haranguer la foule en délire. Un vrai showman qui se moque des conventions et rajeunit le côté traditionnel de son sport. Sagan, à la différence d’un Christopher Froome souvent sur la réserve, réussit à faire l’unanimité ou presque.

"Je suis content de lire partout que je fais du bien au cyclisme", a-t-il confié dimanche dernier. Un avis corroboré par ses pairs : "C’est un coureur qui va marquer sa génération", dit ainsi Alexander Kristoff, le vainqueur du Tour des Flandres 2015. Toujours dans L’Equipe de mardi, l’ancien lauréat de Paris-Roubaix Andreï Tchmil lui prédit un avenir radieux : "Il arrive au bon moment. Il va profiter d’un vide. La fin de Cancellara et Boonen va laisser un trou d’air parmi les grands spécialistes des classiques, surtout celles du Nord", prévient-il.

Aucun top 5 sur Paris-Roubaix

Après, Paris-Roubaix n’est pas une classique comme les autres. Sagan l’a appris à ses dépens en étant victime de pépins mécaniques ces deux dernières années. Jamais le leader de la formation Tinkoff n’a décroché un top 5 sur l’Enfer du Nord.

Pour relever le challenge de devenir le premier non-Belge a remporter les trois classiques flandriennes la même année (seuls Rik Van Looy et Tom Boonen y sont parvenus respectivement en 1962 et en 2012), Peter Sagan devra s’employer même en l’absence de John Degenkolb (1er l’an dernier) et Greg Van Avermaert (3e).

Mais il sait si bien dompter les pavés que la plus belle des classiques lui tend les bras, ce printemps ou dans les saisons à venir qui seront à n’en pas douter celles du plaisir pour le champion du monde des cœurs. Si le Cannibale Merckx ne laissait que des miettes à ses rivaux, le gentil glouton Sagan a suffisamment lâché de victoires à ses rivaux pour ne plus rater les occasions qui se présentent. L’heure de son hégémonie sur le cyclisme est enfin arrivée.

Peter Sagan et son amie rejouent Grease


*Peter Sagan a remporté quelques grandes courses depuis ses débuts professionnels en 2009 : Gand-Wevelgem (en 2013 et 2016), la Flèche brabançonne (2013), le Grand Prix de Montréal (2013), le Grand Prix E3 (2014), le Tour de Californie (2015), le Tour des Flandres (2016). Il compte aussi 4 étapes victorieuses sur la Vuelta et autant sur le Tour de France. Il a enlevé le maillot vert du classement par points sur la Grande Boucle ces quatre dernières saisons. Il a aussi été champion de Slovaquie cinq fois et champion du monde (2015)

Grégory Jouin @GregoryJouin

UCI World Tour