Dopage mécanique : L'UCI recherche moteurs désespérement

Dopage mécanique : L'UCI recherche moteurs désespérement

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Il y a bien eu quelques lanceurs d'alerte. Des vidéos troubles postées ici ou là sur internet. Longtemps le doute a subsisté sur le dopage mécanique avant le 31 janvier 2016. Ce jour-là, la Belge Femke Van Der Driessche est contrôlée avec un moteur dans le cadre lors d'une course de cyclo-cross. L'UCI a-t-elle pris la mesure du phénomène ?

Quelques clarifications et une règle éditée noir sur blanc. C'est désormais officiellement interdit d'utiliser un moteur pour assister le coureur. Ça tombe sous le sens mais l'UCI a longtemps "oublié" de l'écrire dans son règlement. Dans sa version 2016, l'article 1.3.010 est on ne peut plus clair : "La propulsion de la bicyclette est assurée uniquement par les jambes (chaîne musculaire inférieure) dans un mouvement circulaire à l’aide d’un pédalier sans assistance électrique ou autre. Il est interdit d’ajouter un système mécanique ou électrique servant d’assistance au coureur. L’utilisation de groupe électrique pour le changement de vitesse uniquement est autorisée pour autant que leur mise en place sur la bicyclette ne contrevienne à aucune règle." La découverte d'un moteur dans le cadre de Femke Van Der Dreissche est arrivée au bon moment pour démontrer l'existence et l'efficacité des contrôles sur les vélos.

Il semble pourtant peu probable que cette tricherie soit l'apanage exclusif de la jeune belge qui a utilisé une technologie aujourd'hui dépassée. En revanche, cette petite pêche a l'avantage d'envoyer un message aux supposés gros poissons du peloton. Malgré l'absence formelle de preuve, plusieurs sons de cloche ont renvoyé aux instances internationales la présence d'une aide mécanique chez les cadors. Les plus audacieux remontent même jusqu'à Lance Armstrong, docteur es-dopage. En mars 2015, la commission d'enquête sur le cyclisme (CIRC) se montrait notamment affirmative à propos des épreuves sur route : "Diverses tentatives d'infraction au règlement technique ont été rapportées à la commission, y compris l'utilisation de moteurs cachés dans les cadres. Ce problème en particulier est pris au sérieux, surtout par les meilleurs coureurs, et n'a pas été décrit comme un phénomène isolé." Même Marc Madiot y croyait. "Le système des moteurs a existé, existe, mais qui, quand et depuis quand, je ne sais pas", répondait-il l'été dernier le manager de l'équipe FDJ et président de la Ligue française.

Vidéo : Un moteur dans le vélo (sujet Stade 2) 

20 à 80 watts de gain

Trop lourd et facilement repérable avec une caméra thermique, le moteur dans le cadre n'est plus en vogue depuis longtemps pour celui qui souhaite rester discret. Selon les infos de notre confrère de Stade 2 Thierry Vildary, les tricheurs ont opté pour un système électro-magnétique dans les roues arrières en carbone avec une commande via le cardio-fréquencemètre du coureur ou une montre. Le coût avoisinerait les 200.000 euros mais apporterait un 20 à 80 watts. Dès février, la Gazzetta dello Sport évoquait un mystérieux "gourou" bien implanté dans le milieu. Un simple contrôle des cadres avec une mini-caméra comme il était pratiqué l'an passé est donc voué à l'échec. L'UCI s'est associée avec des chercheurs pour trouver la parade et mettre au point des outils fiables. "La technologie nous permet désormais d'effectuer de nombreux tests grâce à des appareils très légers, qui peuvent notamment être connectés à un Ipad, a assuré le président de l'UCI Brian Cookson. Nous procéderons à des contrôles avant et après les courses et, si nécessaire, pendant les courses." Une bonne idée si elle est mise en pratique et si la technologie permet de détecter les champs magnétiques générés par ces roues du futur.

En février, une opération coup de poing a été menée sur la Méditérranéenne. Trois contrôleurs de l'UCI ont scanné au laser la totalité des cadres et des roues appartenant aux formations françaises Delko, Roubaix-Lille Métropole, Auber 93, italiennes Bardiani et Androni Giocattoli et belge Veranclassic. Tous les vélos ont été déclarés conformes. Depuis, les commissaires de l'UCI ont poursuivi leurs contrôles à l'abri des yeux indiscrets et des caméras. Brian Cookson veut étendre le nombre de contrôles dès que possible. "Pour le moment, les contrôles sont aléatoires mais nous ambitionnons de les systématiser à toutes les courses et dans toutes les disciplines, explique-t-il. A court terme, il faut par exemple que tous les vélos des médaillés soient contrôlés". Ce serait le minimum, ne serait-ce que pour éviter de rayer à nouveau lignes sur les palmarès des épreuves.

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