Gilbert Duclos-Lassalle lors de sa victoire à Paris-Roubaix en 1993
Gilbert Duclos-Lassalle lors de sa victoire à Paris-Roubaix en 1993 | BORIS HORVAT / AFP

1993, quand Duclos donnait la leçon à Ballerini

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Gilbert Duclos-Lassalle, le doyen des vainqueurs de Paris-Roubaix, est âgé de 38 ans et 8 mois quand il se présente le 11 avril 1993 en chasse d'un deuxième succès, un an après son premier triomphe sur le vélodrome de Roubaix.

 "Tout avait mal commencé", se souvient le Français, déjà tracassé par des ennuis techniques avant la course (selle cassée). "A la sortie de la première portion pavée, je suis victime d'une crevaison et d'une chute". Le Béarnais ne peut saisir la roue de dépannage qui lui est lancée. Un autre coureur roule dessus et l'écrase. Ce n'est qu'au ravitaillement de Solesmes que le coureur de l’équipe Gan recolle au peloton, en compagnie de ses coéquipiers Philippe Casado et Greg LeMond (pourtant triple vainqueur du Tour de France).

Mais, quelques kilomètres plus loin, Ballerini passe la vitesse supérieure et entraîne dans son sillage l'ensemble des têtes d’affiche (Museeuw, Ludwig, Cipollini, Van der Poel, Sergeant) dans son sillage. Il ne manque que Duclos. Piégé, "Gibus" a la bonne idée de prendre la roue du Belge Edwig Van Hooydonck, alors en grande condition, et de rentrer grâce à un ralentissement du groupe de tête. Une fois devant, il marque Ballerini "à la culotte".

Duclos fait jouer l’expérience

Et quand le Toscan accélère à 30 kilomètres de l'arrivée, Duclos ne le lâche pas. Plus personne ne reverra le duo. Un peu juste, le Français "bluffe" son compagnon de route faisant mine de ne pouvoir passer un relais. Et sur la piste, si l'Italien est le plus fort physiquement, le Français se montre le plus malin. Duclos reste à la corde, Ballerini remonte vers la  tribune. Sur le moment, le juge d'arrivée et le speaker désignent l’Italien vainqueur.

Duclos, les larmes aux yeux, fait encore un tour en roue libre. Plusieurs minutes s'écoulent. Puis, il entend le résultat qui le désigne vainqueur, pour huit centimètres d'écart. "J’ai finalement gagné en usant d’un sens tactique, démontrant ainsi que je n’en manquais pas et faisant jouer mon expérience", conclut l’homme qui marquera à jamais l’histoire de l’Enfer du Nord.

Gilles Gaillard