Patrick Miette
Patrick Miette s'apprête à traverser l'Europe à vélo | DR

Transcontinental Race : Les nouveaux forçats de la route

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Plus de 4 000 kilomètres à vélo, entre la Belgique et la Turquie. Plus de 40 000 mètres de dénivelé. Aucun itinéraire officiel. Assistance interdite. Tel est le concept de la Transcontinental Race, dont la troisième édition débute la semaine prochaine au pied du mur de Grammont. Francetvsport a rencontré Patrick Miette, l’un des 16 baroudeurs français qui participeront à cette folle aventure.

Il y a deux ans, ils n’étaient que 34 au départ de la première Transcontinental race. La seconde édition avait rassemblé 88 coureurs : 64 étaient arrivés jusqu’à l’arrivée à Istanbul. Dans la nuit du 24 au 25 juillet prochain, à minuit pile, ils seront cette fois-ci 165 forçats à se lancer dans la traversée de l’Europe, seuls, sans assistance, sans itinéraire. Deux obligations : ne pas s’arrêter plus de 48 heures, sous peine d’abandon, et passer par quatre check-points (mont Ventoux, Sestrières, Vukovar, Kotor). "Nous serons livrés à nous-mêmes", sourit Patrick Miette, dossard 32, qui participera à l’événement pour la première fois.:

"L'objectif : arriver au bout"

L’aventurier de 44 ans est tombé sous le charme de l’esprit de cette course, où "l’objectif n’est pas de gagner mais d’arriver au bout, de se nourrir, de boire, de palier à toutes sortes de conneries". Un rêve pour lui, qui "adore régler les problèmes" au moins autant qu’il affectionne ses longues sorties à travers la France, débutées il y a cinq ans seulement, après avoir "oublié (son) corps entre 20 et 40 ans". Elles lui permettent de s’évader du matin au soir en décelant "des coins insoupçonnés, même à 20 kilomètres de Paris". Ses premières promenades dépassent vite les 100 bornes. Aujourd’hui, il engloutit facilement 250 kilomètres en une journée.

Fin mai, en guise de préparation à la Transcontinental, le cycliste parcourt plus de 1000 kilomètres en quatre jours, entre Paris et la Provence, avec l’ascension du mont Ventoux pour corser le tout. Il comprend que pendant la course, "la performance, ça sera l’endurance, réussir à supporter toutes ces heures du vélo", ces "dizaines de milliers de mètres de dénivelé", le passage du Ventoux à Sestrières ou l’interminable ascension du col de l’Assiette utilisé en partie par le Giro cette année. "Nous, ça sera pareil mais pendant plus 40 kilomètres, sur la crête".

Le prof de maths qui boucle le tracé en 7 jours

Mais le plus dur, craint Patrick Miette, collaborateur à la rédaction de France 2, ne surviendra pas sur les routes hexagonales. Il redoute ainsi "la chaleur et les plaines" en Slovénie, en Croatie, en Bosnie ou en Albanie, ou le comportement des automobilistes en Bulgarie et en Turquie. Les organisateurs les ont aussi mis en garde contre les meutes de chiens errants. "C’est une course d’échange : on se donne des conseils entre participants, tous sont humbles, aucun ne cherche à se mettre en avant". Ce qui n’empêche pas certains phénomènes de réaliser des performances ahurissantes. L’an passé, Kristof Allegaert, un prof de maths belge, a bouclé la distance en 7 jours et 23 heures. "Il dort à peine et s’impose un régime alimentaire extrêmement strict, avec beaucoup de gras pour faire des réserves et puiser là-dedans pendant la course. C’est un phénomène". Patrick Miette espère lui relier les Flandres à Istanbul en 16 jours, soit 265 kilomètres quotidiens.

Il a débuté sa préparation matérielle il y a un an, a construit un vélo pour l’occasion, et a même trouvé un sponsor : Myog, l’entreprise d’un Lillois qui lui a fabriqué des sacoches sur mesure. Reste à régler le problème de la selle : à un mois du départ, il en avait déjà testé 12, sans conviction. Il a préparé son itinéraire, mais se laisse la liberté de le modifier au dernier moment selon les conditions ou les conseils des habitants. Il envisage de rouler souvent de nuit, surtout quand il fera trop chaud, pour ne pas "se flinguer à 45 degrés au soleil". "Il faudra toujours conserver de l’énergie pour écouter mon corps dans ces conditions tellement intenses, tellement extrêmes. La plus grande compétition, elle sera contre moi-même". 

Vous pourrez suivre la progression de Patrick Miette, ainsi que celle de tous les autres aventuriers, sur le site officiel de la Transcontinental Race mais aussi sur son blog, où il va publier dès que possible ses impressions, ses photos et l’itinéraire de ses étapes quotidiennes.