Tour d'Espagne : Primoz Roglic, irrésistible et paradoxal

Publié le , modifié le

Auteur·e : Théo Gicquel
Primoz Roglic sur le podium de la Vuelta.
Primoz Roglic sur le podium de la Vuelta. | OSCAR DEL POZO / AFP

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Désormais double tenant du titre sur le Tour d’Espagne, Primoz Roglic a écrasé les courses par étapes cette année. Mais il a également failli quand personne ne l’attendait sur le Tour, avant de conclure son année avec une grande maîtrise alors qu’il était bousculé par un Richard Carapaz indomptable jusqu’à la fin. Un bilan statistique au presque parfait, et une impression visuelle paradoxale.

Quand on s’arrête sur les chiffres de la saison de Primoz Roglic, le constat est implacable : le Slovène n’a achevé qu'une seule course au delà de la sixième place cette année, le championnat du monde (6e). Sinon ? Champion national, vainqueur de l’anormalement relevé Tour de l’Ain, et de la Vuelta, un premier Monument sur Liège-Bastogne-Liège. Au rang des déceptions (pour lui), une deuxième place sur le Tour et sur le chrono national. Il n’y a presque rien à jeter de la saison 2020 de Primoz Roglic.

Avant ou après arrêt des compétitions, la Covid-19 n’a pas suffi à bousculer l’imperturbable Slovène. Courir toujours, gagner si possible, il n’y a que ça qui l’intéresse. "Je suis un gars qui veut courir. Sur les quatre derniers mois, je ne suis rentré chez moi que pendant dix jours. C'était un très gros bloc, et je suis reconnaissant du soutien que j'ai eu. Je suis super fier de cette saison, de tout ce qu'on a fait", se félicite celui qui rejoint Chris Froome (7), Vincenzo Nibali (4) et Nairo Quintana (2) parmi les multiples vainqueurs de Grand Tour en activité.

Impassible et imprévisible

Une année faste et un trou noir, voilà comment on pourrait résumer laconiquement l’année 2020 de Primoz Roglic. Douze victoires sur une année écourtée de plusieurs mois, seul Arnaud Démare a fait mieux (14). Pourtant, et c’est malheureux, c’est son principal échec qui viendra pour beaucoup en premier dans les têtes : son "jour sans" sur la Planche des Belles Filles, synonyme d’adieu à un Tour de France qui lui tendait les bras. C’est tout le paradoxe de Roglic, capable de flancher au moment le plus inattendu, et de rester placide au bord du gouffre. 

Bousculé comme rarement par Richard Carapaz sur cette Vuelta, le Slovène n’a jamais semblé s’affoler. Il était moins fort que l’Equatorien dans les cimes, mais il en a pris acte : il a construit sa victoire grâce au chrono et aux bonifications. Et lorsque le spectre du Tour de France s’est réveillé samedi, lors de l’avant-dernière étape où Carapaz est un instant revenu à une dizaine de secondes, Roglic ne s’est pas affolé. "La situation n'était pas tout le temps sous contrôle, mais il faut rester calme et faire ce qu'on a à faire", analysait-il à l'arrivée. Il a trouvé un soutien de circonstance, et a assuré sa victoire finale en contrôle. Son poing serré mais pas rageur à l’arrivée exprimait d’ailleurs plus une sérénité qu’un soulagement. "Il est toujours relax", confirmait son coéquipier Sepp Kuss avant le départ de la dernière étape.

Le cauchemar du Tour déjà oublié

Sans vraiment d’émotion ni de coup d’éclat sur le bitume, Roglic brille par son fair-play et son autosatisfaction. Là où beaucoup auraient ruminé toute leur carrière un tel échec en septembre, Roglic l’a immédiatement dédramatisé. "Ma deuxième place sur le Tour de France, j'ai dû l'accepter, avancer, mais c'était déjà une belle réussite", dévoilait-il il y a quelques jours. Il congratule toujours ses adversaires, dans la victoire comme dans la défaite, et n'oublie jamais ses coéquipiers, encore si précieux en Espagne. Ce qui est pris pour de l'arrogance chez certains est pris pour de l'humilité et de la discrétion chez les autres.

C’est cette impression paradoxale que donne Roglic, que tout glisse sur lui, les victoires comme les défaites. Certains y verront un manque de charisme, d’autres une force mentale inédite, lui qui s'est frayé en quelques années un chemin jusqu'au sommet du cyclisme mondial. "Je ne sais pas si je suis le meilleur coureur, j’étais simplement le meilleur sur cette Vuelta. Il me reste encore des challenges à relever, il y a des choses que je n’ai pas encore gagnées", expliquait-il dimanche à l’arrivée, interrogé sur son statut de meilleur coureur de Grand Tour. Savourer une nouvelle grande victoire, mais vite passer à autre chose.

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