Tour des Flandres : Mathieu Van der Poel entre définitivement dans la cour des grands

Publié le , modifié le

Auteur·e : Vincent Daheron
Mathieu Van der Poel
Le Néerlandais Mathieu Van der Poel exulte après sa victoire dans le Tour des Flandres, son premier Monument en carrière. | DIRK WAEM / BELGA / AFP

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Il visait les Flandriennes depuis le début de saison, bien lui en a pris. Le Néerlandais Mathieu Van der Poel fait désormais partie de la caste des vainqueurs de Monuments. De quoi mesurer un peu plus le talent du bonhomme qui rejoint ainsi son papa au palmarès du Tour des Flandres, 34 ans après, mais aussi son grand-père Raymond Poulidor, vainqueur de Milan-San Remo en 1961.

Mathieu Van der Poel est un phénomène. Le talent, l'endurance et la classe du garçon parlaient pour lui mais c'est aussi à son palmarès désormais qu'il faudra se fier. Le Néerlandais est entré dans la caste des vainqueurs d'un Monument et pas n'importe lequel, le Tour des Flandres, si important pour lui qui vit en Belgique depuis toujours. "C'était incroyable quand ils m'ont dit que j'avais gagné, je n'ai pas de mots", s'est-il enthousiasmé à notre micro.

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Moins émoussé que Van Aert

Mathieu Van der Poel avait tout d'un favori avant même le départ de la course. Si Wout Van Aert et Julian Alaphilippe pouvaient bien évidemment contrarier ses plans, MVDP possédait un net avantage sur chacun de ses deux compères. Contrairement au premier, impressionnant dès la reprise de la saison en s'imposant aux Strade Bianche et à Milan-San Remo avant de voler sur tous les terrains au Tour de France, Van der Poel arrivait frais sur une période flandrienne qu'il visait depuis le début de l'année. Sur le deuxième, il possédait la connaissance du terrain et d'une course que Julian Alaphilippe découvrait ce dimanche. Quatrième l'an dernier pour son premier Ronde van Vlaanderen, Mathieu Van der Poel a cette fois-ci transformé l'essai.

Dans une saison si particulière, Mathieu Van der Poel a construit la sienne dans l'ombre de son pire ennemi Wout Van Aert. Pendant ce temps que le coureur de la Jumbo-Visma s'époumonait sur tous les fronts depuis début août, tapi dans l'obscurité, le petit-fils de Raymond Poulidor est monté en puissance au point d'impressionner nombre d'observateurs à l'approche du grand rendez-vous des classiques flandriennes. "J'ai travaillé très dur pour être au niveau que je voulais, se réjouissait Van der Poel, toujours à notre micro. Je voulais être très bien pour Roubaix et les Flandres." MVDP a commencé sa préparation en empochant le titre national sur route d'une attaque Van der Poelienne, sous-entendu à une cinquantaine de kilomètres de l'arrivée sans qu'on puisse le revoir. Il a reproduit ce même plan machiavélique dans les pentes du Mur de Grammont lors du BinckBank Tour, début octobre avant de prendre dès le lendemain une honorable sixième place à Liège-Bastogne-Liège. Sa deuxième place ensuite à la Flèche brabançonne derrière Julian Alaphilippe laissait augurer d'un air de revanche sur ce Tour des Flandres malheureusement démuni de ses fervents supporteurs.

Tombeur de son meilleur ennemi pour son premier Monument

Il a justement profité de la troisième attaque en moins de dix kilomètres du Français pour prendre sa roue à 39 km de l'arrivée à Oudenaarde, rejoint assez rapidement par Wout Van Aert qui a dû faire son retard seul, dans le vent. Julian Alaphilippe a malheureusement chuté en percutant une moto, laissant les deux pires ennemis se disputer la victoire. Toute la semaine, les deux hommes ont alimenté les débats en Belgique après les critiques à chaud de Van Aert contre MVDP à l'issue d'un Gand-Welvegem perdu pour les deux hommes. Le Belge avait reproché au Néerlandais de courir contre lui. Forcés à coopérer, ils ont mis leur rancoeur de côté jusqu'à la flamme rouge. Un face-à-face pour la légende. Mais bon sang ne saurait mentir, surtout quand la victoire se joue pour un boyau. Van der Poel est rapide au sprint, peut-être davantage encore que Van Aert, c'est dire.

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Quelle plus belle issue, d'ailleurs, que cette photo-finish qui vit Van der Poel triompher devant son rival de toujours ? Leur destin est lié depuis leur début sur un vélo et le Néerlandais se souviendra longtemps que c'est au nez et à la barbe du Belge qu'il a remporté son premier Monument. "C'est un nouveau gros épisode dans la rivalité avec Van Aert (sourire), avouait-il. On se bagarre depuis qu'on roule à vélo. Finir au sprint, l'un contre l'autre, ce Tour des Flandres, c'est incroyable."  C'est dans les sous-bois que la rivalité entre Mathieu Van der Poel et Wout Van Aert a pris forme, les deux hommes se partageant les six derniers titres mondiaux en cyclo-cross (trois chacun). Cette concurrence féroce et acharnée s'est ensuite déportée sur la route et dans les médias.

Grâce à sa victoire, il rejoint la caste des détenteurs de Monuments en égalisant Wout Van Aert mais surtout son père, Adrie Van der Poel, vainqueur également au Ronde en 1986, 34 ans plus tôt. Et son grand-père, Raymond Poulidor (Milan-San Remo 1961), décédé voilà bientôt un an, de qui il était très proche. Sa victoire lui est sans aucun doute dédiée.