Roger Legeay, le 6 avril 2010
Roger Legeay, le 6 avril 2010 | Maxppp

Roger Legeay: "Il faut encore durcir les règles" dans la lutte contre le dopage

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Ancien coureur puis directeur sportif, Roger Legeay est l'une des grandes figures du cyclisme français. Depuis plus de dix ans à la tête du Mouvement pour un Cyclisme Crédible (MPCC), ce Sarthois est en guerre ouverte contre le dopage, au risque de parfois fustiger la position des instances telles que l'Agence Mondiale Antidopage (AMA), ou l'UCI (Union cyclisme internationale). Après l'annonce du cas de dopage de l'Autrichien Georg Preidler, le président du MPCC ne rend pas les armes, bien au contraire.

Avez-vous été surpris par ce nouveau cas de dopage ?
Roger Legeay : "Dans la lutte antidopage, il faut rester modeste. On ne sera jamais à 100% à l'abri de voir apparaître de nouveaux cas. Mais des dérives, il y en a dans toutes les professions. Pourquoi certains piquent dans la caisse, pourquoi certains sportifs se dopent… Pourquoi il y a des pédophiles, pourquoi certains roulent à 180 km/h ? Difficile de l'expliquer, mais on va tout faire pour que cela n'arrive plus. Et si ça arrive, on doit pouvoir dire: voilà ce que l'on fait, on a des règles très strictes. On voit bien avec cette affaire de l'Autrichien Preidler, qu'il y en a toujours qui pensent qu'ils vont passer au travers. Alors qu'il y a un médecin dans l'équipe, il va trouver un autre médecin. C'est un coup dur pour Marc Madiot. Il a toujours prôné ce discours de zéro tolérance. Mais il s'agit d'un cas isolé. L'équipe Groupama-FDJ n'a rien à voir, on ne peut pas lui faire le reproche de ne pas faire ce qu'il faut. Et le coureur a démissionné."

Quel est le rôle du MPCC vis-à-vis de ces instances ?
RL : "On n'est pas en concurrence avec l'UCI et l'AMA. Nous sommes lanceurs d'alerte. C'est ce qui est par exemple arrivé en 2012, lorsqu'un médecin d'équipe nous a indiqué qu'il y avait une problématique avec le tramadol, qui est un antidouleur dérivé de l'opium et qui s'avère dangereux pour la santé des coureurs. Le MPCC alerte sur des produits tels que les corticoïdes depuis 2007 déjà. Notre crédibilité et notre sérieux ne sont plus à démontrer."

Que peut-on faire de plus pour lutter contre ce fléau dans le cyclisme ?
RL : "D'abord, on n'est pas mieux ou pire que d'autres sports. Au MPCC, on fait beaucoup plus que le règlement de l'AMA et de l'UCI. Si un cas de dopage est avéré, vous ne courrez plus. Si vous êtes sanctionné, nous vous licencions. Et l'équipe d'à côté dit "je ne l'engage pas". Plus de 60 % du peloton mondial fait partie du MPCC. Et notre discours c'est que tout coureur positif doit disparaître du cyclisme. L'UCI pourra prononcer une suspension de deux ans. Chez nous, nous disons, premièrement, tu ne cours plus, deuxièmement tu es licencié et troisièmement les autres équipes ne te recrutent pas. Il faut attaquer au porte-monnaie, qu'ils sachent que l'on ne va rien laisser passer. Mais s'il y a d'autres idées, on est preneur ! Aujourd'hui, les seuls qui peuvent faire plus, ce sont les manageurs. Ce qui est dommage c'est qu'il n'y ait pas un engagement de tous les manageurs et des coureurs. Le volontariat est une vraie piste."

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Comment expliquez-vous que lorsque l'on retrouve deux fois la dose autorisée de salbutamol dans les urines de Chris Froome, il n'y a à ce jour, aucune sanction ?
RL : "Je n'ai pas d'explication. Nous avons justement rendez-vous à l'AMA mardi prochain et je leur poserai cette question : je veux savoir quelle est la règle quand un garçon a 2000 nanogrammes de salbutamol (par millilitre dans les urines), soit le double du plafond autorisé ? Pour des raisons qu'ils ont développées (notamment la mise en cause du test et la limite fixée à 1000ng/ml, ndlr), Froome n'a pas été sanctionné. Ce sera l'une de mes questions, car oui, il y a des coureurs qui ont été sanctionnés de neuf mois alors qu'ils avaient 1600 nanogrammes…"

Pourquoi avez-vous demandé la démission du président de l'AMA, Sir Craig Reedie ?
RL : "Je ne le connais pas personnellement, mais en tant que président, il se doit d'être intraitable. Dans l'affaire Puerto, tous les cyclistes ont été recherchés. 13 ans plus tard, 50% de cette affaire n'est pas réglée. Je ne sais pas s'il y a du lobby ou de la politique comme avec le cas du dopage d'Etat avec la Russie, mais le président de l'AMA, doit être au-dessus de ça. C'est lui qui donne le tempo. L'AMA a été créée après l'affaire Festina (en 1998), parce que les fédérations internationales n'avaient pas les mêmes listes, ni les mêmes sanctions. Et selon les sports, les fédérations étaient plus ou moins laxistes. Il nous faut quelqu'un qui soit au-dessus des fédérations, avec un règlement unique, des sanctions uniques. Pratiquement 20 ans plus tard, a-t-on ces listes uniques ? La réponse est non. L'AMA ne remplit pas son rôle. Il faut admettre que ça a beaucoup progressé, on en n'est pas au même point, heureusement, qu'il y a 20 ans. Après notre demande de démission, 18 agences mondiales antidopage ont demandé son retrait après le scandale russe."

Que doit faire l'AMA ?
RL : "Il faut encore durcir les règles. Les règles ne sont pas suffisantes. Sur les corticoïdes, les micro-doses, les nouveaux produits, elles ne sont pas suffisantes. Oui il faut les durcir, évidemment. Il y a des produits qui ont été identifiés et toujours utilisés dans d'autres sports tels que le tramadol (interdit depuis le 1er mars par l'UCI, ndlr), c'est dangereux pour la santé. On n'en a pas besoin pour faire du sport et ce n'est toujours pas sur la liste des produits interdits par l'AMA. Quand ils font du monitoring, ça veut dire qu'ils ont les éléments. Il faut que l'AMA soit encore plus volontariste. L'AMA doit légiférer. Mais il y a le pendant de ça, c'est le juridique. Même dans un cas de dopage avéré, la justice comme les prudhommes, estiment que l'on est allé trop loin. Je répète souvent qu'il faut rester vigilant. Il faut garder la lumière allumée tout le temps."