Pourquoi AG2R La Mondiale a décidé de faire sa mue

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Auteur·e : Théo Gicquel
L'équipe AG2R La Mondiale lors du Critérium du Dauphiné 2020.
L'équipe AG2R La Mondiale lors du Critérium du Dauphiné 2020. | Anne-Christine POUJOULAT / AFP

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En laissant partir Pierre Latour et surtout Romain Bardet, ses deux leaders pour le Tour de France, AG2R La Mondiale a entériné un glissement vers une équipe dédiée aux Classiques. Un choix lié aux résultats récents de ses leaders, à une concurrence toujours plus féroce et un effectif tourné de moins en moins vers un leader unique.

C’est plus qu’une page qui se tourne pour AG2R La Mondiale. Huit ans après ses débuts chez les professionnels, Romain Bardet va quitter le cocon savoyard, tout comme Pierre Latour. Les deux leaders pour les classements généraux s’en vont (Bardet chez Sunweb, Latour chez Total-Direct Energie), et avec eux s’évaporent les espoirs pour AG2R d’exister en haut des classements. Mais le divorce est réfléchi et mutuel. "C’est une décision mûrie au fil des années", précise Bardet dans un entretien accordé à L'Équipe.

La fin de l'ère Bardet

Il résulte aussi pour l’équipe de Vincent Lavenu d’un constat : là où un Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) semble être dans ses meilleures années, et touche du doigt une victoire sur le Tour de France, Romain Bardet est à la recherche d’un second souffle. Le natif de Brioude aura 30 ans en novembre, et ne vise plus nécessairement un nouveau podium sur la Grande Boucle. Avec cet énoncé, c’est toute la construction de l’équipe AG2R qui est remise en question. 

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Se séparer de son leader unanime depuis six ans, lorsqu’il avait terminé 6e du Tour de France à seulement 23 ans, c’est perdre bien sûr la vitrine médiatique et populaire des Ciel-et-Terre, mais aussi enterrer l’idée de jouer avec les meilleurs en haut des cols de juillet. "Il a longtemps été partagé entre deux idées, rester ou découvrir quelque chose de nouveau. Il a fait son choix et nous le respectons. La vie ne s’arrête pas là. Il faut continuer à regarder l’avenir avec sérénité et enthousiasme", constate son manager Vincent Lavenu.

Face à la concurrence toujours plus florissante personnifiée par Ineos et Jumbo-Visma, Vincent Lavenu a tranché. Bardet officiellement parti pour la saison 2021, le virage à 180 degrés est enclenché. "En 2021, on s'oriente vers les classiques. Car c'est une année de transition. On ne peut pas parler de changement de culture chez nous. On écrit l'après-Bardet et c'est un défi passionnant à relever", précise le manager à France Bleu.

Deceuninck, une recette qui fait saliver

Exit, au moins temporairement, la recherche frustrante des cimes du Tour, AG2R La Mondiale a choisi sa mue en équipe polyvalente. La recette Deceuninck - Quick-Step, avec ses 68 victoires en 2019 (meilleure équipe World Tour), fait saliver plus d’un manager du peloton : pas de grand leader pour le général, mais des sprinteurs qui font mouche et un favori sur chaque classique (Alaphilippe, Jakobsen, Viviani, Gilbert ou Stybar dans l’effectif 2019). Le modèle a été repris par d’autres comme Bora - Hansgrohe (Sagan, Schachmann, Bennett, Ackermann) ou Mitchelton - Scott (les frères Yates, Trentin, Impey, Mezgec), toutes deux également parmi les cinq équipes les plus prolifiques l’année passée.

Grâce à ses recrutements, mais aussi et surtout à son effectif actuel, qui regorge davantage de profils d’hommes de coup que de grimpeurs au long cours, AG2R a tous les ingrédients pour passer l’après-Bardet sans (trop) le regretter. Avec Alexis Gougeard (27 ans), Oliver Naesen (29 ans, 2e de Milan - San Remo 2019), Nans Peters (24 ans, vainqueur d’une étape sur le Giro 2019) et surtout Benoît Cosnefroy (24 ans, une étape sur la dernière Route d’Occitanie, 10e du GP de Québec 2019), la formation française a des bases solides pour entamer sa métamorphose. 

Benoit Cosnfroy lors de sa victoire sur la Route d'Occitanie.
Benoit Cosnfroy lors de sa victoire sur la Route d'Occitanie. © Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP

Un recrutement de choix pour les courses d'un jour

Avec l’arrivée de Citroën en 2021 - qui va injecter plusieurs millions d'euros - la structure a pu mettre la main sur un vétéran avec de l’expérience à revendre en la personne de Greg Van Avermaet. A 35 ans passés, le champion olympique ne pouvait refuser un contrat de trois ans. "Mon but est toujours le même : remporter des courses comme le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix, des étapes du Tour de France ou porter le maillot jaune le plus longtemps possible", ambitionne-t-il. Il est accompagné du vétéran Michael Schär, également en provenance de CCC, de Damien TouzéStan Dewulf et de Gijs Van Hoecke. La rumeur menant à Lilian Calmejane, vainqueur d’une étape sur le Tour 2017 et d’une sur la Vuelta 2016, donnerait, elle, une nouvelle carte sur des profils de moyenne montagne si elle se concrétise.

Sans avoir besoin de se préoccuper du classement général, AG2R a également choisi de renforcer son pôle sprint qui comptait déjà Clément Venturini et Andrea Vendrame, auteurs d’accessits intéressants. Avec Marc Sarreau, cinq fois victorieux l’an passé, les Ciel-et-Terre se dotent pour deux ans d’un vrai sprinteur n°1 à même de leur amener les victoires annuelles qui leur manquent très souvent. En 2019, AG2R La Mondiale n’a ramené que 14 bouquets, soit le 13e total parmi les 18 équipes World Tour. Un tâche rendue difficile avec un leader Romain Bardet, qui n’a rapporté que trois victoires depuis 2016.

La piste Jungels pour conclure ?

Si AG2R met en pause ses ambitions de classement général, c’est a priori loin d’être définitif. D’une part car les places laissées vacantes pourraient rapidement être occupées par les prometteurs Aurélien Paret-Peintre et le néo-pro Clément Champoussin, quatrième du dernier Tour de l’Avenir. "A l'avenir, on ne s'interdit pas de revenir en force sur les grands tours. On a des jeunes qui ont de grandes qualités de grimpeur. Notre force, notre ADN, ça a toujours été la formation. La preuve avec Romain", conclut Vincent Lavenu

D'autre part, car la possible arrivée de Bob Jungels, bridé dans ses ambitions de classement général chez Deceuninck - Quick-Step et dont l’arrivée pourrait se préciser, offrirait un compromis idéal avec un homme capable d’aller chercher un top 10 sur un Grand Tour presque seul. Avant de relancer un nouveau cycle vers le Tour de France dès 2021 ?

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