Bradley Wiggins
Bradley Wiggins | LUC CLAESSEN / BELGA / AFP

Paris-Roubaix : "Sir" Wiggins rêve d’une der royale

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Avant de mettre un terme à sa carrière sur route, Bradley Wiggins (34 ans) s’est fixé un dernier pari fou : remporter Paris-Roubaix, ce dimanche. Le Britannique rêve de terminer par un sacre sur la reine des classiques, là où il a toujours échoué.

Paris-Roubaix n’est pas une course faite pour les anciens vainqueurs du Tour de France. Trop différente, trop exigeante, trop réservée aux spécialistes de l’exercice, comme Tom Boonen et Fabian Cancellara (sept victoires à eux deux ces dix dernières années). En cela, Bernard Hinault, Greg Lemond ou Laurent Fignon sont, parmi les exemples les moins anciens, des exceptions : ils n’ont jamais tourné le dos à l’Enfer du Nord – même si "le Blaireau" est le seul des trois coureurs cités à avoir réussi à le dompter, en 1981. Ce dimanche, Bradley Wiggins rêvera de l’imiter et d’intégrer un cercle très fermé où figurent notamment Eddy Merckx, Fausto Coppi ou Louison Bobet. Et il en rêvera d’autant plus qu’il s’agira de sa toute dernière chance.

Roubaix, un "rêve d'enfant"

Au début de la saison, "Sir" Wiggins avait en effet annoncé qu’il achèverait sa carrière sur route par la reine des classiques, avant de retourner à son premier amour, la piste. Sur les anneaux, il a tout gagné (quatre titres olympiques, six titres mondiaux) et compte prouver qu’il a encore de beaux restes en vue des Jeux de Rio, l’an prochain. Le Britannique fera une petite entorse à sa promesse puisqu’avant de lancer sa quête, il s’offrira un baroud d’honneur au Tour du Yorkshire, début mai. L’occasion de se montrer une dernière fois à la maison… et sous les couleurs de sa nouvelle équipe (Team Wiggins). Une conclusion purement symbolique. Son ultime défi sportif sur route, le barbu se jouera dimanche, sur les pavés de Roubaix. Son "rêve d’enfant".

Bradley Wiggins n’a aucun mal à admettre qu’une victoire sur Paris-Roubaix lui procurerait plus de plaisir que celle acquise sur les Champs-Elysées il y a trois ans. "Je suis tombé amoureux de cette course quand j’étais gamin, a-t-il admis cette semaine au Telegraph. C’est une course chargée d’histoire". Lors de ses débuts pro, il y a participé à quatre reprises (entre 2003 et 2006) sans jamais réussir à tirer son épingle du jeu. Absent jusqu’en 2009, où il a terminé à un encourageant vingt-cinquième rang, le Britannique n’a pas confirmé dans la foulée, où concentrant son énergie sur les grands tours, il a enchaîné trois impasses entrecoupée d’une édition 2011 décevante.

"Un bonhomme différent"

L’an passé, alors que Chris Froome avait définitivement pris sa place sur le trône du Team Sky, le coureur anobli par la Reine d’Angleterre herself a repris du poil de la bête sur les pavés du Nord. Au Carrefour de l’Arbre, il était toujours dans le coup. Il a même tenté de sortir à moins de dix kilomètres de la ligne, parce qu’il savait qu’il n’avait rien à perdre. Résultat : une très belle neuvième place au vélodrome de Roubaix, qui le convainc de viser sérieusement la gagne sur l’édition 2015. Et ce n’est pas le titre de champion du monde du contre-la-montre acquis en septembre dernier qui a calmé ses ardeurs. Ni les absences conjuguées de Tom Boonen et Fabian Cancellara, qui augmenteront considérablement les chances des outsiders – si ces derniers ne se font pas encore piéger par un Alexander Kristoff en état de grâce depuis le début de l’année.

Wiggins s’élancera, dimanche à Compiègne, en tant que leader à part entière, au même titre que son équipier Geraint Thomas en grande forme ces dernières semaines. En retrait sur le Tour des Flandres, peu en vue sur Paris-Nice, absent du GP E3, le Britannique ne pense qu’à Roubaix. Décrit par un Christian Prudhomme comme "un champion d'exception, un bonhomme différent, un coureur atypique", ‘Wiggo’ espère tenir sa réputation jusqu’au bout. Il n’acceptera pas de s’en aller sur un échec. Il a une angoisse : rater sa fin de carrière et quitter le peloton "sonné comme un vieux boxeur". Si la piste lui permet de remonter sur le ring, le phénomène frapperait bien un dernier grand coup. Sur les pavés nordistes, il s’agirait du plus beau K.O de sa carrière. 

Gaétan Scherrer @GaetanScherrer