Thor Hushovd et Fabian Cancellara Paris-Roubaix 2011
Thor Hushovd | AFP - Lionel Bonaventure

Où étaient les favoris ?

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Après une victoire écrasante de Fabian Cancellara en 2010, tout le monde se demandait qui allait être en mesure de le battre lors de la 109e édition de Paris-Roubaix. Tom Boonen, Thor Hushovd, Juan Antonio Flecha, Alessandro Ballan, Filippo Pozzato ou encore Sylvain Chavanel avaient la faveur des pronostics. A tort puisque c'est le Belge Johan Van Summeren qui s'est imposé, laissant les favoris un peu désoeuvrés.

Tous contre Cancellara

Que s'est-il passé ? C'est la question qui a traversé tous les esprits, dimanche, lors de la victoire du Belge Johan Van Summeren sur le vélodrome de Roubaix. Le coureur de Garmin-Cervélo succède au Suisse Fabian Cancellara que beaucoup donnait pourtant gagnant avant le départ. Et ceux qui ne croyaient pas en un doublé de Spartacus ne juraient que par quelques cadors pour triompher de l'Enfer du Nord. Porteur du maillot arc-en-ciel de champion du monde, le Norvégien Thor Hushovd (Garmin-Cervélo) semblait un candidat à la victoire plus que crédible."Je sais que je peux gagner, déclarait-il il y a quelques jours. Je suis prêt, je suis bien dans ma tête, je sais que la forme est là. Je vais tout faire pour réussir. Ma motivation est grande."Au final, Hushovd s'est contenté d'une 8e place, lui qui avait fini 3e en 2009 et 2e en 2010. "J'avais deux coureurs devant (Van Summeren et Rasch, ndlr). Pour nous c'était parfait, je ne pouvais pas rouler derrière eux, je devais rester dans la roue de Cancellara, il l'a compris, a tenté d'expliquer le Norvégien. Il était peut-être déçu mais le cyclisme, la course, c'est comme ça." Et d'ajouter, un brin déçu : "Je me sentais assez fort pour gagner, oui. Mais j'étais sans doute un peu passif lorsque Cancellara a attaqué dans le final. J'aurais vraiment dû être là".

Sans doute eux aussi refroidis par l'humiliation que Cancellara leur avait infligé l'an passé, Alessandro Ballan (6e) et Juan Antonio Flecha (9e) ont joué la carte de la non-collaboration, refusant de prendre les relais. "Il s'est presque mis en colère parce qu'on ne passait pas, s'étonne Ballan dans les colonnes de L'Equipe. Mais Quinziato était devant, je n'allais tout de même pas rouler derrière un équipier". Dans un élan de franchise, l'Italien a également abordé l'aspect tactique : "Cancellara était le plus fort, pour nous en tant qu'équipe, nous devions essayer de l’empêcher de gagner. (...) Je pense avoir tout de même fait une très bonne course, je méritais un podium". De son côté, Flecha s'est caché derrière l'excuse Hayman, son coéquipier qui était à l'avant, pour ne pas rouler. Présenté comme un des grands favoris pour la victoire finale, l'Italien Filippo Pozzato (abandon) a pour sa part connu une journée de galères. Le coureur de la formation Katusha a subi de nombreux incidents qui l'ont contraint à l'abandon après une ultime chute du côté d'Orchies. "J'ai eu un problème auquel nous ne pouvions remédier car la voiture était à l'arrière pour aider quelqu'un qui avait crevé, je ne pouvais donc pas changer mon vélo.", explique-t-il sur Cyclingnews.

Avalanche d'ennuis

Dans le genre galères en série, l'équipe belge Quick Step, et ses deux leaders Tom Boonen (abandon) et Sylvain Chavanel (38e), a elle aussi connu une journée difficile. Alors qu'on attendait beaucoup des deux coureurs, ces derniers ont enchaîné chutes et crevaisons. "C'est tellement gros qu'on ne peut même pas être déçu, a déclaré un Patrick Lefévère parfaitement désabusé. Franchement, je n'ai rien à reprocher à mes coureurs. Une chute sur Paris-Roubaix, c'est déjà difficile à récupérer, mais deux et trois c'est dur, plus autant de crevaisons et de vélos cassés, c'était vraiment le KO total". "Je suis tombé une seule fois sur Paris-Roubaix, c'était en 2003. Aujourd'hui, la malchance était sur moi, a déclaré Boonen sur Sporza. Dans la forêt de Wallers, j'ai eu un ennui mécanique avec ma chaîne, ce qui m'a fait perdre 1'45. J'avais peu d'espoir de revenir avec les favoris." Un espoir d'autant plus maigre que le triple vainqueur de Paris-Roubaix a attendu longtemps avant de voir arriver une voiture d'assistance.Tout comme son coéquipier et co-leader, Sylvain Chavanel n'a pas eu de veine : "J’ai eu deux crevaisons. J’ai essayé de bien passer la tranchée d’Arenberg et j’ai crevé juste après. J’ai essayé de rester concentré mais ce n’est jamais facile sur Paris-Roubaix, surtout quand tous les favoris sont devant. C’est dur. Je me suis battu au courage jusqu’au vélodrome."

Entre le manque de chance des uns et la volonté de faire perdre Cancellara des autres, la course a quelque peu perdu en intensité. Au grand dam du leader de Leopard Trek qui aurait bien accroché son nom au palmarès pour la seconde année consécutive. "C’est vraiment trop facile de se réfugier comme ils l’ont fait derrière des alibis, a estimé Cancellara. Et puis je n’allais pas les traîner derrière moi. (...) J'étais là pour la gagne mais je me suis trouvé très vite esseulé."Et d'ajouter avec pas mal d'ironie aux sujets de ses rivaux : "Je me serais arrêté boire un café, ils auraient fait pareil". Si Spartacus a bien quelques regrets, il préfère néanmoins voir le verre à moitié plein : "J'ai beaucoup travaillé aujourd'hui donc cette deuxième place est une récompense tout de même de mon travail. (...) Je suis fier de moi et de l'équipe même si c'était une journée très difficile". Ce qui est sûr, c'est qu'à jouer le "tous contre Cancellara", les cadors ont beaucoup à perdre. Après Milan-San Remo (victoire de Goss) et le Tour des Flandres (victoire de Nuyens), Paris-Roubaix en est une nouvelle preuve. Il va donc falloir se ressaisir. Et vite.

Isabelle Trancoën