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Morgan Kneisky lors des Six Jours de Londres en octobre 2016. | Kieran Galvin / NurPhoto

Morgan Kneisky : "Là, je me suis dit que la piste ne servait à rien"

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Morgan Kneisky est champion du monde de l'américaine (2013 et 2015). Après quatre ans avec l'équipe cycliste de Roubaix Lille Métropole et deux ans chez les Britanniques de Raleigh-GAC, il est à la recherche d'une équipe de route. Une quête difficile malgré son statut de champion du monde.

► Comment ​une saison se partage entre route et piste ? 

Morgan Kneisky : La piste et la route sont deux disciplines complémentaires. L'avantage est qu'elles se pratiquent à des périodes différentes : la piste plutôt l'hiver, les objectifs les plus importants, et la route le reste de la saison. Je me servais de la route pour acquérir du volume et de la résistance, de la force et après je basculais. Les transitions ont lieu au mois d'octobre, à l'approche des championnats d'Europe. Je fais des stages sur piste pour reprendre le coup de pédale. Je fais mon championnat d'Europe et à partir de là, je fais plus de piste que de route jusqu'en janvier. Puis je reprends la route, et la compétition en février. Mars-avril, je repasse sur piste avec les championnats du monde. Je me sers des deux pour obtenir mon meilleur niveau.

► Comment être-vous venu au cyclisme sur piste ?

J'avais un vélodrome à Besançon, détruit en 2000 d'ailleurs. J'ai commencé quand j'étais benjamin (11-12 ans), cela m'a donné le goût. J'ai surtout eu la chance d'avoir un club formateur passionné par la piste, qui m'a permis d'intégrer ça dans ma formation et ma mentalité. J'ai également fait du cyclo-cross. Au moment de choisir, je faisais quasiment autant de piste que de cross. Mes parents m'ont encouragé à tout faire, et le mieux que je pouvais. Il a fallu faire des choix mais j'ai touché aux trois disciplines.

► Comm​ent le choix s'est fait ?

La route et la piste étaient tout simplement plus complémentaires. Je préférais la piste au cyclo-cross. Et j'adore la route. Même si je ne fais pas aussi bien que sur piste, aussi haut. J'ai peut-être moins de capacités ou on m'a moins donné les moyens de m'exprimer.

► Votre carrière de pistard est-elle un avantage ou inconvénient pour trouver une équipe de route ?

En France, c'est un inconvénient. Quand j'ai été champion du monde à 21 ans, cela m'a ouvert les portes alors que j'étais à Chambéry. J'avais fait une très belle saison sur route, il me manquait juste une belle victoire alors que j'avais des deuxièmes places sur des courses comme la Ronde de l'Isard. Cela m'a permis d'atterrir à Roubaix, ils m'ont donné la chance de passer chez les pros. J'ai fait quatre ans là-bas, mais après mon deuxième titre de champion du monde, ils ne m'ont pas conservé. Là, je me suis dit que la piste ne servait à rien. Je ne trouvais pas d'équipe, personne ne voulait m'accueillir. La seule chose, c'était une place à l'étranger (ndlr : chez Raleigh GAC). Donc j'ai fini en Angleterre, où la mentalité est différente. Le pistard est "bien vu", il y a Bradley Wiggins, Mark Cavendish, la piste est forcément perçue différemment. Mais l'aventure s'est terminée cette année, faute de moyens pour l'équipe qui n'a pas été retenu pour le Tour de Grande-Bretagne. Pas de Tour de Grande-Bretagne, pas d'argent des sponsors. Derrière, impossible de trouver une équipe en France.

►Comment se finance-t-on quand on est cycliste sur piste ?

J'ai toujours fonctionné en bénéficiant de la route, pour avoir un salaire, donc je n'avais pas trop de souci. L'américaine est une discipline connue pour des courses particulières, les Six Jours qui permettent tout de même de gagner de l'argent. Même si cela a bien diminué ces trente dernières années. Il n'y a plus que six courses, contre une quinzaine à l'époque avec des rémunérations beaucoup plus hautes. Les Anglais en ont racheté ou recréé plusieurs, ils essayent de relancer l'activité. Ensuite, il faut se débrouiller, trouver des contrats à droite, à gauche, des partenaires financiers.

► En cas de proposition intéressante sur route, pourriez-vous réduire vos activités sur piste ? Ou la piste est-elle votre absolue priorité ?

Non, non, c'est envisageable. On est à quatre ans des Jeux Olympiques, la piste fonctionne par Olympiade. Si une équipe de route est intéressée et me donne la chance de vivre mon rêve... Car comme pour tous les gamins qui font de la route, je rêve du Tour de France, ou plutôt des classiques pour moi, car j'ai plus un profil de classiques. Dans ce cas, je tente l'aventure sans problème. C'est quelque chose que je n'ai pas pu réaliser et qui m'a manqué. J'aimerais bien le réaliser. Les années passent et je vois que c'est difficile. Si j'avais eu la chance plus tôt, je n'aurais peut-être jamais fait de piste, je ne sais pas. J'ai la chance d'avoir fait de la piste à haut niveau, et si on m'avait donné la chance de faire de la route à très haut niveau, je me serais autant investi.

► Surtout que beaucoup de pistards ont réussi le passage de la piste à la route avec succès.

C'est une question de conditions. Quand on met un athlète de haut niveau dans des bonnes de conditions, il s'exprime. En équipe de France, j'ai toujours été dans d'excellentes conditions. Mes années à Roubaix, ils m'ont donné ma chance mais quand il faut se battre contre des équipes World Tour, j'étais à 100 jours de course dans l'année... C'était compliqué de gérer le calendrier route-piste. J'ai sans doute fait des erreurs de jeunesse, j'ai voulu courir après tout et ça m'a peut-être grillé les ailes quelques fois. Si j'ai la chance de faire une saison à bloc dans une grosse équipe et de m'investir dans un rôle précis, je le ferais.

► Vous avez des pistes actuellement ?

Il me reste un contact. Un seul pour garder le pied dans le monde professionnel. J'attends des nouvelles, c'est quelque chose qui serait vraiment bien, un bon contact. Sinon, ce sera la galère. Il n'y a pas de structure adaptée à ma situation, à la piste, dans notre pays. Je ne suis pas le seul, j'espère que cela viendra un jour. On a aucune aide de la Fédération, pas de prime à la victoire, je suis bénévole. Ils payent tout de même les frais de déplacement.

► La France a vécu des Jeux Olympiques de Rio décevants en cyclisme sur piste, alors que la Grande-Bretagne a rayonné. 

C'est toujours une question d'argent. Si on donne un énorme partenaire financier à la fédération française, ils feront la même chose que la Grande-Bretagne. Avec des structures qui permettent de faire évoluer les jeunes jusqu'au haut niveau, hommes ou femmes. L'Angleterre a cela avec Sky, avec leur académie, leur équipement, etc. Aujourd'hui, la fédération française n'a pas les moyens de financer.