Mathieu van der Poel
La pression ? Mathieu van der Poel ne connaît pas. | AFP

Yorkshire 2019 : Le triomphe de Mathieu van der Poel est-il inéluctable ?

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Annoncé comme le futur monstre du cyclisme international, Mathieu van der Poel n'a pas fait mentir la prophétie. Parmi les meilleurs et souvent vainqueur lors des rares grosses échéances de sa saison sur route, son nom est cité abondamment ces derniers temps. Le prodige néerlandais est tout simplement considéré comme le favori de la course en ligne des Mondiaux 2019, dont le départ sera donné ce dimanche. Il est en forme, n'a pas encore connu l'échec et le parcours lui convient parfaitement, mais rien n'est encore fait.

Bookmakers, adversaires et grands  noms du cyclisme mondial le disent, Mathieu van der Poel est le favori de la course en ligne des Mondiaux de cyclisme prévue dimanche. L'année 2019 lui a permis de participer pour la première fois à des rendez-vous World Tour et le prodige néerlandais n'a pas fait dans le détail. Vainqueur d'A Travers La Flandre, 4e de Gand-Wevelgem, la terreur du cyclo-cross a décroché la 4e position sur le Tour des Flandres au prix d'un effort solitaire incroyable pour recoller au groupe des meilleurs. Mais en premier lieu, c'est sa victoire sur l'Amstel Gold Race qui a marqué les esprits. Menant la poursuite derrière Julian Alaphilippe et Jakob Fuglsang pendant de longs kilomètres, Van der Poel a lancé un sprint de très loin pour coiffer tout le monde au poteau.

Quatre sorties World Tour en tout, quatre fois dans le Top 4, dont deux victoires, un beau bilan. Et l'on pourrait également évoquer sa forme étincelante sur le Tour de Grande-Bretagne il y a deux semaines. Le coureur de 24 ans y a décroché trois victoires d'étape et remporté le classement général, avec une jolie performance sur le contre-la-montre (6e), une discipline dans laquelle il ne s'était encore jamais essayé au niveau professionnel (il avait cependant déjà disputé 7 prologues).

Jaja vote VDP

Mathieu van der Poel ne s'est que très peu montré (28 jours de course contre 65 pour un Alaphilippe), mais il a répondu présent sur chacune de ses échéances, même quand le niveau de la concurrence s'est élevé. C'est simple, le Néerlandais a convaincu tout le monde : il fait déjà partie des meilleurs coureurs de la planète. Andy Schleck en a fait "l'homme à battre" dans une interview accordée à Cyclism'Actu. Interrogé sur la question, notre consultant Laurent Jalabert ne s'en cache pas, il le voit "champion du monde". "C'est un coureur complet, il sait tout faire. Il a une grosse pointe de vitesse, il peut gagner au sprint dans un petit groupe. Il peut même gagner tout seul. Il est super adroit. Si le temps est mauvais, le parcours sera un peu périlleux et ça lui plait. Les conditions devraient l'avantager et il semble hermétique à la pression", analyse-t-il.

Pour Jalabert, les étoiles sont alignées pour voir Mathieu van der Poel monter sur la plus haute marche du podium des Mondiaux. Sur le contre-la-montre mercredi, une pépite encore plus précoce, Remco Evenepoel, s'est bien offert une médaille d'argent du haut de ses 19 ans... Alors, la prise de pouvoir du petit fils de Raymond Poulidor est-elle inéluctable ? Ne serait-ce pas manquer de respect à ses adversaires de dimanche, pour beaucoup en forme et forts d'un palmarès bien plus fourni ? Car face à Mathieu van der Poel, ils seront pléthore avec le couteau entre les dents. Parmi eux, le polyvalent sprinteur italien Matteo Trentin, qui s'est battu avec le prodige néerlandais en Grande-Bretagne pendant une semaine avant d'abdiquer lors de la 7e étape. "J'ai tenté de faire une Van der Poel, je me suis fait Van der Poelisé", a-t-il posté sur Twitter, ne cachant pas son impuissance.

L'adversaire principal du double champion du monde de cyclo-cross devrait être l'équipe de Belgique, emmenée par Greg van Avermaet et Philippe Gilbert, entre autres. Il surveillera aussi Michael Matthews. Le sprinteur australien sait survivre aux parcours accidentés et il a récemment conservé son titre sur le GP de Québec, sans trop en montrer. N'enterrons pas non plus Peter Sagan. Le triple champion du monde (2015, 2016, 2017) n'a pas réalisé sa meilleure saison, mais dans un bon jour, il est tout simplement indébordable.

Bien sûr, Julian Alaphilippe est un candidat à la victoire finale, mais le Français qui a repris tardivement après son superbe Tour de France, n'a semble-t-il pas encore retrouvé son coup de pédale. A l'attaque sur le GP de Québec, il n'a pas réussi à faire sauter ses principaux adversaires de sa roue, là où il était intraitable depuis le début de la saison. Et dans ses déclarations le Français a semblé avoir coché un monument avant la bataille du Yorkshire. "Je ne connais pas le parcours du Yorkshire, j'ai seulement eu quelques infos alors que je sais que celui de la Lombardie me plaît énormément", a-t-il déclaré dans L'Equipe il y a deux semaines. Vendredi, il a concédé ne pas sa considérer comme "le favori numéro un".Bluff ou non, à vous d'en juger.

Son triomphe n'est pas inéluctable, mais...

En 2019, seulement cinq coureurs ont réussi à terminer devant Mathieu van der Poel sur une course World Tour (Kristoff, Naesen, Degenkolb, Bettiol et Asgreen), et aucun ne fait a priori partie de ses rivaux de premier plan. Seuls trois types de scénario semblent être en mesure d'aboutir sur l'échec du prodige néerlandais : une course stoppée par un ennui mécanique majeur, une attaque lointaine d'un groupe d'adversaires mal contrôlée ou une course pas assez sélective, laissant assez d'énergie à l'un des sprinteurs les plus véloces.

En tout cas, Van der Poel est prêt et il n'est pas là pour rigoler. Lors de sa dernière sortie, la Primus Classic (terminée à la 19e place), il s'est dit que les 197 km de course n'étaient pas suffisants. Alors, il est remonté sur son vélo pour s'infliger 100 bornes de plus. "J’aimerais garder la distance des Championnats du Monde une fois de plus. Ça m’a manqué dernièrement", s'est-il justifié pour Sporza. "Je me suis bien préparé, j'ai tout fait de manière juste. Je vais y aller à l'instinct, je cours toujours comme ça", a-t-il prévenu avant la course. 

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