Thomas Voeckler
Thomas Voeckler | AFP

Thomas Voeckler : "Je discute avec mes gars comme quand j'étais sur le vélo avec eux"

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Pour ses premiers championnats du monde en tant que manager de l'équipe de France de cyclisme, Thomas Voeckler a choisi de miser sur un effectif bâti autour de Julian Alaphilippe. Un choix assumé par l'ancien coureur d'Europcar, qui se dit "fier et épanoui" dans son nouveau costume, où il doit savoir jongler entre sérieux et légèreté. "Je discute avec mes gars comme quand j'étais sur le vélo" reconnaît-il.

Quand on voit cette sélection, on se dit qu’elle a été construite pour faire gagner Julian Alaphilippe. C’était l’objectif ?
Thomas Voeckler : "Une sélection se fait en fonction des parcours, et donc des coureurs susceptibles d’y briller. Evidemment, si Julian n’avait pas été là après la saison qu’il vient de vivre, cela aurait complètement changé le visage de l’équipe. J’ai voulu des coureurs pour l’entourer car je veux qu’il soit dans les meilleures dispositions. Je suis convaincu qu’il est notre meilleure chance de remporter le titre. Je tiens à préciser aussi que ça n’a pas été une exigence de sa part d’être leader unique. C’est moi qui ai estimé que ça coulait de source : il est numéro 1 mondial, il a fait une très grosse saison, le parcours lui convient. Objectivement, et aucun autre coureur français ne m’en voudra de dire ça, c’est notre meilleur atout sur un tel championnat".

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 Pas de grosses difficultés mais beaucoup de petites ascensions, et surtout, très peu de plat. Le parcours semble dessiné pour Julian Alaphilippe mais il sera tout de même très exigeant ... 
TV : "Oui, le tracé est vraiment particulier. La seule chose dont on est sûrs, c’est que ce n’est pas un parcours destiné aux purs grimpeurs. C’est pour ça que les Pinot, Bardet, Barguil ou Martin ne sont pas là. Ils auront l’occasion de s’exprimer l’année prochaine et aux JO. Mais il y a quand même quelques ascensions costauds dans la partie en ligne du tracé, qui est très long, pas loin des 300 kilomètres. Ces montées ne seront pas décisives mais pèseront sur les organismes, un peu à l’image de Milan-San-Remo. Les 110 derniers kilomètres créeront des différences. Il faudra prendre cela en compte. Le scénario est beaucoup plus difficile à écrire que sur un parcours de montagne".

C'est aussi pour cela que vous vous donnez des chances de victoire en cas d'arrivée au sprint avec un coureur comme Christophe Laporte ? 
TV : "Christophe sera au service de Julian. Après, il a déjà prouvé lors d’arrivées massives qu’il est tout à fait capable de régler des groupes sur la ligne. Il ne sera pas juste là comme un sprinteur « de dépannage » j’ai envie de dire. Certes, on ne peut pas exclure une arrivée avec des coureurs groupés, mais ce ne sera pas conventionnel. Il y aura eu tellement de débauche d’énergie avant qu’on ne retrouvera certainement pas les sprinteurs classiques à l’arrivée. Donc oui, Christophe Laporte peut être un plan B, mais s’il est là pour disputer le sprint, il y aura aussi d’autres coureurs mondiaux très rapides avec lui, et le pourcentage de chances de victoire sera forcément inférieur à ce que peut nous apporter Julian".

L’an dernier, l’équipe de France a manqué une belle opportunité, avec 3 leaders potentiels (Pinot, Bardet et Alaphilippe). Peut-être trop. Est-ce que vous avez voulu éviter cela en misant avant tout sur de bons lieutenants comme Tony Gallopin, Florian Sénéchal ou Julien Bernard ? 
TV : "L’an dernier, c’était vraiment plus compliqué de dégager un seul nom. Quand vous avez des Alaphilippe, Pinot et Bardet à 100%, difficile de choisir. Là, avec un parcours pour puncheurs comme celui du Yorkshire, choisir Julian était évident. Mais c’est vrai que j’ai une vision des choses où je préfère ne pas trop m’éparpiller. Plus miser sur une stratégie, sur un seul coureur. Mais derrière, il faut assumer l’échec. C’est ce qu’il s’est passé aux championnats d’Europe. Nous avions tout misé sur Arnaud Démare, ça n’a pas marché, c’est comme cela. J’assume le fait d'avoir mis une stratégie précise en place et de ne pas m'être éparpillé".

La dernière victoire française aux Mondiaux remonte à 1997, avec Laurent Brochard. L’objectif, c’est de mettre fin à cette longue disette avec Julian ?
TV : "Je n’attends pas de lui qu’il soit champion du monde. C’est mon espoir, oui, mais il a déjà tant donné cette année que je ne lui en voudrai pas s’il ne gagne pas. Après, il faut bien reconnaître que la France dispose aujourd’hui d’un vivier de coureurs unique. Avoir 3 Français parmi les 7 coureurs de tête avant l'arrivée comme ce fut le cas l’année dernière n’est pas anodin. Ça montre que c’est faisable. Il est temps de mettre fin à cette disette, oui, d’autant que nous avons en France des coureurs pour pouvoir s’imposer sur tous les terrains. Voir Julian champion du monde ferait du bien au vélo. Avec tout ce qu’il a réalisé sur le Tour et sur les classiques, c’est son année. Donc on y croit".

Il y aura tout de même une forte concurrence. On parle beaucoup des Pays-Bas avec Mathieu Van der Poel, mais aussi de Peter Sagan (Slovaquie), qui a axé toute sa préparation sur les Mondiaux. Qui vous fait le plus peur dans la perspective d'une victoire ?
TV : "Vous citez, Sagan, Van der Poel, évidemment. On pourrait aussi citer d’autres noms. L’Italie a Sonny Colbrelli et Matteo Trentin. Le parcours leur convient bien. Trentin est bien plus qu’un sprinteur, il est capable de briller dans le Yorkshire. Du côté de la Belgique, Greg Van Avermaet et Jasper Stuyven peuvent aussi faire quelque chose. Ils aiment ce genre de routes. L’Australie dispose d’un atout de poids avec Michael Matthews, et je dois dire qu’Alexey Lutsenko me fait très peur sur ce parcours. Il n’a pas le meilleur effectif derrière lui mais c’est un maître à courir. Après, je n’aime pas trop penser à la concurrence car cela peut mettre en doute la stratégie mise en place. Je préfère garder mon scénario et m’adapter en fonction avant la course. Je n'ai pas fait bâti cette effectif en fonction des adversaires".

Est-ce que ce sont ses bonnes performances sur le Tour d’Espagne qui vous ont convaincu de retenir Rémi Cavagna ? Ou il était déjà dans votre liste avant cela ?
TV : "J’avais pensé à lui, c’est clair. Mais honnêtement, la France avec Julian avait besoin d’un coureur capable de faire des efforts dès le début de course. Je sais que Rémi à l’habitude de le faire pour son équipe (Deceunick Quick-Step), qui est la plus grosse du monde. Donc je savais qu’il serait dans des conditions optimales avec la Vuelta. Ses récentes performances m’ont conforté dans cet état d’esprit, même si j’avais pensé à lui avant".  

On vous sent épanoui dans ce nouveau rôle de manager de l’équipe de France. À titre personnel, qu’est-ce que cela vous fait de diriger des coureurs avec lesquels vous avez couru ?
TV : "C’est drôle. Quand j’appelle les gars, je suis leur manager, mais évidemment je prends de leurs nouvelles et je discute avec eux comme quand j'étais aussi sur le vélo. C’est particulier mais c’est bien. Je change un peu de ton quand il faut donner des consignes ou parler de stratégie de course, mais j'apprécie beaucoup ce contact avec eux, plutôt que si je ne les connaissais pas du tout. Je suis bien au courant des contraintes du cyclisme moderne. Il y a d’autres modes de fonctionnement qu’à mon époque et c’est top de pouvoir savoir de quoi on parle avec eux. En plus, quand une consigne est bien expliquée, elle est bien acceptée en général".

Vous prenez du plaisir, donc...
TV : "C’est plus que du plaisir, c’est de la fierté. Certes il n’y a que trois échéances dans l’année, mais il y a tout un travail derrière, au quotidien, pour suivre les coureurs, savoir qui s’entend avec qui…etc. Et je vois les gars toute l’année, sur les courses, quand je suis sur la moto ou ailleurs. C'est important. J'aime tellement le vélo que je suis au courant de tout ce qu'il se passe et évidemment, c'est essentiel". 

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