Moins de coureurs au départ des courses, bonne ou mauvaise idée ?

Moins de coureurs au départ des courses, bonne ou mauvaise idée ?

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Huit coureurs sur les Grands Tours, sept sur les classiques et compétitions importantes : cette nouvelle, annoncée par les organisateurs ASO, RCS et Flanders Classics, a fait l'effet d'une bombe. Cette mesure, plutôt bien accueillie par le grand public, n'a pas fait que des heureux.

La semaine dernière, Amaury Sport Organisation (ASO), son homologue italien RCS et Flanders Classics s’unissaient pour diffuser un communiqué inédit, annonçant la réduction du nombre de coureurs sur leurs épreuves. A savoir, huit coureurs au lieu de neuf sur les Grands Tours, et sept au lieu de huit sur les autres épreuves, comme Milan-San-Remo, le Dauphiné, ou encore Paris-Roubaix…

Plus de sécurité et de spectacle ?

Le but de cette mesure choc : améliorer la sécurité des coureurs. Forcément, avec plus d’une vingtaine de coureurs en moins sur chaque épreuve, certaines chutes (notamment sur les routes escarpées) pourraient être évitées. L’autre intérêt de cette annonce se trouve également du côté des scénarios de course. L’objectif est bien entendu de rendre les courses plus spectaculaires, attrayantes. On a tous en mémoire cette formidable épreuve en ligne lors des derniers Jeux de Rio, considérée comme l’une des plus belles courses de l’année.

Le fait que les équipes soient moins fournies permet de moins cadenasser la course, ce qui a souvent été reprochés lors des derniers Tours de France, notamment avec l’ultra-domination du Team Sky. Ces derniers, ou les autres grosses équipes telles qu’Astana ou Movistar, ne pourront plus suivre leurs plans (ennuyeux certes mais terriblement efficaces), ou chacun des huit équipiers avait un rôle prédéfini pour servir le leader. Avec un coureur en moins, les relais en tête de peloton reviendront plus souvent, et il sera plus difficile de contrôler la course, permettant ainsi aux attaquants de tenter leur chance. Romain Bardet, deuxième de la dernière Grande Boucle, s’était déjà montré favorable à cette réduction des effectifs au départ des Grands Tours.

Un souci pour certaines équipes

Le hic, c’est que pour certaines équipes, cette nouvelle intervient trop tard, alors que l’ensemble des effectifs ont été bouclés, et la plupart des programmes sont d’ores et déjà faits, avec des recrutements en conséquence. Ce qui fait que certains coureurs ont coché des courses telles que le Tour ou encore Paris-Nice, mais qu’ils ne sont plus assurés d’y participer avec cette réduction de coureurs. Jim Ochowicz, le manager de BMC, s’est plaint de la situation à Velonews : « Je suis incrédule que ce type d’action soit prise en cette fin d’année. Nous planifions nos équipes et notre entraînement depuis des mois déjà, afin d’élaborer une stratégie pour nos coureurs, au niveau de leur entraînement, de leur préparation et de leur course. Nous sommes prêts à courir dans six semaines, et voilà qu’on nous balance ça ? »

Patrick Lefevere, le patron d’Etixx Quick Step, équipe la plus prolifique en 2016, s’est également insurgé contre cette nouvelle : « Pourquoi devrions-nous prendre 30 coureurs par équipe en 2018? Pour qu’ensuite vous puissiez continuer avec cinq coureurs en moins par équipe. Il y aura une centaine de coureurs supplémentaires à la rue, ils ne pourront pas courir. Plus vingt-cinq autres employés de soutien parce qu’ils ne seront plus nécessaires ».

L’UCI n’a pas dit son dernier mot​

Mais cette mesure, plutôt bien accueillie du côté du public, n’est pas encore sûre d’être appliquée. L’Union Cycliste Internationale a en effet diffusé un communiqué samedi, afin de rappeler qu’une telle décision ne dépendait pas que des organisateurs. « Même si une réduction potentielle de la taille des équipes peut refléter l'opinion de certaines parties prenantes, y compris certains organisateurs de courses, toute modification de la réglementation régissant le cyclisme professionnel masculin doit être approuvée par le Conseil cycliste professionnel (PCC), dans lequel les organisateurs de course sont pleinement représentés », peut-on ainsi lire dans ce communiqué.

«Le sujet a fait l'objet de discussions lors de la dernière réunion du PCC en novembre 2016, et il a été décidé de considérer en détail les conséquences d'une telle réduction pendant les prochaines mois, avec aucun changement pour 2017», a tenu à préciser l'UCI.

Reste à savoir, alors que la saison redémarre dans moins de deux mois, qui aura le dernier mot entre l’UCI et les organisateurs…

Mathilde L'Azou @MathildeLAzou