Marco Pantani
Dix ans après, la mort de Marco Pantani est encore entouré de mystères | PATRICK KOVARIK / AFP

Marco Pantani, entre ombres et lumières

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L’un des plus purs grimpeurs de l’histoire du vélo avait de multiples facettes. Marco Pantani, adepte des coups d’éclats a eu une carrière à son image : entre ombres et lumières. Alors que de nouveaux éléments viennent mettre à mal la thèse du suicide ce fameux 14 février 2004, comme le démontre l'enquête réalisée par Nicolas Geay et Marco Bonarrigo (à retrouver dans Stade 2) retour sur la carrière du « Pirate ».

Marco Pantani n’a jamais été un coureur comme les autres. La belle histoire, il ne la connaît pas. Loin de l’image du bambin heureux comme un jeune premier à côté du beau vélo qu’il a reçu à Noël, l’enfance du natif de Cesena est difficile. C’est sans doute pour ça qu’on ne sait trop où et comment il a enfourché pour la première fois une bicyclette. De sa jeunesse, on retient plus facilement ce surnom disgracieux : « Elefantino » (éléphant en italien) qu’il doit à ses oreilles décollées. Pourtant, il a d'autres fait d'armes. A 11 ans, il fait passer un sale après-midi aux cadors du club cycliste Fausto-Coppi de Cesena. Trois ans plus tard, il remporte sa première course. Très exactement le 22 avril 1984. 

Marco Pantani (à gauche) à l'âge de 13 ans
Marco Pantani (à gauche) à l'âge de 13 ans

Déjà son punch et ses qualités de grimpeur font sensation. Sa victoire sur le Baby Giro (Tour d’Italie espoirs) en 1992 n’est que la suite logique pour ce formidable talent. Durant ces années, un autre grimpeur ailé, Claudio Chiappucci, fait vibrer l’Italie. Annoncé comme son successeur, Pantani va largement dépasser le maître, qu’il rejoint d’ailleurs en août 1992 à son passage chez les professionnels, chez Carrera Jeans.

Ombres et lumières, Marco Pantani n’a jamais connu de longs moments de grâce. A peine a-t-il eu le temps de profiter de son doublé Giro-Tour de France de 1998. Mais la carrière du « Pirate » n’est pas celle d’un coureur lambda. Marquée par les chutes, les coups d’éclats, les défaillances, mais aussi le dopage, son histoire va traverser les années 90 comme un ouragan.

1994, la révélation​

Après une saison et demie à défier régulièrement les meilleurs en montagne, Marco Pantani se révèle véritablement aux yeux du monde en 1994. Sur le Tour d’Italie, il fait mieux que tenir tête à Evgueni Berzin, futur vainqueur, et même au grand Miguel Indurain, alors triple vainqueur du Tour de France, qu’il devancera pour terminer ce Giro sur la 2e marche du podium. Sa troisième place sur la Grande Boucle la même année le fait définitivement passer un cap : Pantani gagnera un jour un Grand Tour. On ne le murmure plus, on le dit. On se demande même quelle place il occupera dans l’histoire. Dans l’histoire du cyclisme d’abord mais aussi dans l’histoire des grimpeurs. Car Pantani est de la race des grands. Son style, son gabarit (1m72 pour 57 kilos) et son tempérament en font l’un des chouchous du public. Quand on veut le comparer, on évoque les adorateurs des maîtres des montagnes du passé : Bahamontes, Bobet, Gaul et même consécration ultime de l’autre côté des Alpes avec Fausto Coppi. L’idole de l'Italie que la deuxième Guerre mondiale a sans doute privé d’un palmarès plus conséquent (cinq Giro dont le premier en 1940 et deux Tour de France quand même). 

Marco Pantani aux côtés de Miguel Indurain sur le Tour de France 1995
Marco Pantani aux côtés de Miguel Indurain sur le Tour de France 1995

Les années 1995 et 1996 sont en deçà de ce que ses fans attendaient de lui. Absent du Giro à cause d’une blessure au genou, tout juste parvient-il à remporter une étape du Tour de France avant de terminer à une anonyme 13e place. Déjà, il est l’adepte des coups d’éclats, comme sa montée de l’Alpe d’Huez (record de l’ascension en 36 min 40 s) et des coups de mou fracassants comme lors de la triste étape vers Cauterets où Fabio Casartelli a trouvé la mort. Sa médaille de bronze au Mondial de Duitama en Colombie est le dernier soubresaut avant une énorme galère : lors de la course Milan-Turin, un chauffard le percute et le laisse avec une double fracture ouverte tibia-péroné. Il tire un trait sur sa saison 1996.

Comment se relève-t-on d’une saison blanche ? Difficilement, surtout quand un chat vous fait chuter et abandonner votre tour national quelques mois après votre retour. Plus encore quand votre nouvel objectif, la Grande Boucle, est entamé en concédant du temps sur vos rivaux à cause de nouvelles chutes. Pourtant, le « Pirate » n’est pas homme à s’avouer vaincu. En montagne, il va s’imposer comme l’homme fort de ce Tour de France 1997. Deux victoires d’étape plus tard, Pantani monte une nouvelle fois sur le podium (3e derrière Ullrich et Virenque). Il n’a encore pas gagné de Grand Tour. Certains déjà s'interrogent: Passerait-il à côté de sa carrière ? Les chutes font-elles de lui un coureur maudit ?

1998, la consécration​ 

Marco Pantani lâche Ullrich et les autres dans le Galibier lors de l'étape Grenoble-Les Deux Alpes (Tour de France 1998)
Marco Pantani lâche Ullrich et les autres dans le Galibier lors de l'étape Grenoble-Les Deux Alpes (Tour de France 1998)

L’année 1998 marquera, comme c’est souvent le cas pour ce genre d’hommes, l’apogée mais aussi le début d’autre chose pour Marco Pantani. « C’est quand le col devient dur que les durs se mettent à jouer », a confié un jour l'Italien à Philippe Brunel, l’ami journaliste de L’Équipe. Dur, le "Pirate" surnommé comme ça à cause de son look bandana et anneau d'or sur l'oreille l’est. Il va le prouver. Mal embarqué sur le Tour d’Italie, « Elefantino » s’envole dans la troisième semaine pour décrocher son premier succès chez lui. Quelques semaines plus tard, la tornade Festina emporte le Tour de France, Jan Ullrich se dirige vers un doublé promis. Pantani réalise son chef d’œuvre. La 15e étape est disputée entre Grenoble et les Deux Alpes, elle emprunte la Croix-de-Fer et le Galibier avant la montée finale. Courue sous un déluge apocalyptique, la journée va entrer dans l’histoire. « C’est un géant » titrera L'Equipe le lendemain magnifiant photo montrant Pantani, rictus de douleur sur le visage, lunettes de soleil sur les yeux et bandana sur la tête, lâcher Jan Ullrich irrémédiablement. A l’arrivée, les écarts sont dignes d’un autre temps : Rodolpho Massi, 2e de l’étape est à 1 min 54, Bobby Julich futur 3e du Tour repoussé à 5 min 43, Luc Leblanc à 6 min 46, Jan Ullrich concède 8 min 57 ! Plus rien ne peut arrivé à l'Italien sur ce Tour 98. Même l'ultime contre-la-montre n'est qu'une formalité.

A ce jour, aucun coureur n’est parvenu à rééditer la performance de Pantani cette année-là, à savoir le doublé Giro-Tour de France. 

1999, la chute​

L’enfant perdu à atteint son Graal. Malheureusement, il aura atteint le sommet de sa carrière. Si parfois, Marco Pantani retrouvera les sommets, il sera dès lors plus habitué aux bas-fonds, les mêmes qui le conduiront dans une miteuse chambre d’hôtel de Rimini en février 2004. Le Tour d’Italie 1999 lui était promis, il est exclu à deux jours de l’arrivée pour un taux d'hématocrite au-dessus de la fameuse limite des 50%. Le « Pirate » crie à la trahison. Le peloton prend parti pour lui, Paolo Savoldelli refuse d’endosser le maillot rose: la cote d’amour de Pantani ne s’est jamais démentie. En 2001, le Blitz de San Remo l’expulse du Tour d’Italie. Une seringue d’insuline est retrouvée dans sa chambre d’hôtel. Une fois encore, il nie. 

Marco Pantani emmené par les Caribiniers à Madonna Di Campiglio
Marco Pantani emmené par les Caribiniers à Madonna Di Campiglio

De son premier contrôle positif (sur Milan-Turin 1995) pour un taux d’hématocrite de 60% en passant par le Giro 99 où l’PEO est encore ciblé, le Blitz de San Remo en 2001 et même l’Affaire Puerto (il aurait acheté, sous le pseudo PTNI 40 000 unités d’EPO au Docteur Fuentes), Pantani se refuse à avouer qu’il s’est dopé durant sa carrière. Sa réputation de coureur sulfureux tranche nettement avec cette défense. Entier, Pantani s’est isolé après sa carrière. Ses détracteurs voient dans sa mort, la fin d’un drogué addictif. Pour d’autres, la vérité est ailleurs.