Jean-Jacques Lozach
Jean-Jacques Lozach, rapporteur de la commission d'enquête sénatoriale sur l'efficacité de la lutte contre le dopage | JACQUES DEMARTHON / AFP

Lozach: "Nous ne sommes pas des moralisateurs"

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"Nous ne sommes pas des moralisateurs", a expliqué à l'AFP Jean-Jacques Lozach (PS), rapporteur de la commission d'enquête sénatoriale sur l'efficacité de la lutte contre le dopage, qui a publié ce mercredi les bordereaux permettant d'identifier des cyclistes dopés à l'EPO lors du Tour 1998.

Pourquoi avoir décidé de publier ces bordereaux ?

JJL: "Nous l'avons fait,  pas du tout par jugement ou appréciation personnelle vis-à-vis des coureurs  concernés. Nous ne sommes pas des moralisateurs ou des donneurs de leçons. Mais  l'intérêt général en la matière fait que l'on doit dépasser ce genre de  situations personnelles pour repartir sur des bases saines. On doit avoir une  connaissance la plus complète possible de la relation entre le sport et le  dopage. Ca concerne les années 90, le Tour de France, le cyclisme, mais ça  aurait pu concerner n'importe quelle autre activité sportive. Et cela après  l'affaire Armstrong. Il n'y aurait rien de pire que de laisser retomber les  choses, comme s'il ne s'était rien passé. Et pas simplement dans le cyclisme,  mais dans tous les sports".

Avez-vous hésité à publier ces documents pour des considérations  "humaines" ?

"On s'est posé la question, mais on a tranché dans un sens très  clair. On a fait preuve de compromis en ce qui concerne la date de publication.  J'ai été très sensible à la position exprimée par les coureurs français  eux-mêmes. Mais il fallait d'abord faire preuve de fermeté. Parce que sinon  c'était la nature même d'une commission d'enquête parlementaire qui était  discréditée."

Mais la présence de ces bordereaux phagocyte vos propositions...

"Ca  forme un tout et c'est maintenant qu'il fallait sortir l'intégralité des  documents. Mais c'est un défi. Le rôle des médias est très important, il faut  que ce soit une préoccupation partagée. Pour nous, ce serait dévalorisant de  voir nos 60 propositions occultées par ces bordereaux. Mais on peut avoir le  raisonnement inverse: il y a eu tellement de passion autour de ces bordereaux  que ça peut permettre à l'opinion publique d'être interpellée. Si notre affaire  se solde simplement par un coup médiatique, tout cela restera frustrant. Il  faut que demain, les Français croient davantage à la réalité de la performance.  On pourra dire à ce moment-là qu'on aura servi la cause du sport".

Quel est l'avenir de ces propositions ?

"Il y aura à la rentrée, je  l'espère, dans le cadre de la semaine du contrôle parlementaire, un débat  public sur le sujet. Une 2e étape va être les rencontres parlementaires sur le  sport, le 26 novembre, à la maison de la Chimie. Le thème sera le dopage, avec  notamment des intervenants qui ont fait partie des personnes auditionnées. Ce  ne sera pas inintéressant d'avoir quatre mois plus tard leurs réactions. Et  puis, il y a l'essentiel, la loi-cadre sur la modernisation du sport pour la  fin de l'année. Certaines propositions nécessitent simplement des décrets  ministériels applicables très rapidement, par exemple le lancement d'un rapport  d'inspection sur l'avenir du laboratoire de Châtenay-Malabry et son éventuel  rattachement à une université."

Pour quelle proposition en particulier allez-vous vous battre ?

"Il y  a les aspects prévention et sanction, indissociables, il faut absolument se  battre là-dessus. C'est, me semble-t-il, au coeur de la prochaine loi-cadre. Et  puis il y a un voeu, c'est que la France, de par son histoire, soit le chef de  file du combat antidopage au niveau européen."

Le sénateur Lozach parle du dopage

 

 

AFP